Même passée au micro-ondes, votre éponge garde autant de bactéries : des chercheurs conseillent de la remplacer chaque semaine

En 2017, des microbiologistes allemands ont constaté que les éponges de cuisine désinfectées régulièrement ne contenaient pas moins de bactéries que les autres.

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Un passage au micro-ondes ou un bon rinçage à l'eau chaude savonneuse, et l'éponge repart pour quelques jours de vaisselle. Ce réflexe rassure beaucoup de monde. Une équipe de microbiologistes allemands a pourtant constaté tout autre chose : dans son étude publiée en juillet 2017 dans la revue Scientific Reports, les éponges que leurs propriétaires désinfectaient régulièrement ne contenaient pas moins de bactéries que celles qui n'étaient jamais nettoyées.

Pire, certaines bactéries proches d'espèces potentiellement pathogènes y occupaient une place plus importante. D'où la recommandation des chercheurs : plutôt que de s'acharner sur une vieille éponge, mieux vaut la remplacer régulièrement, par exemple chaque semaine.

Jusqu'à 54 milliards de bactéries par centimètre cube

L'étude a été menée par Markus Egert, microbiologiste à l'université de Furtwangen, dans le Bade-Wurtemberg, avec des collègues de l'université de Giessen. À l'automne 2012, l'équipe a récupéré 14 éponges usagées auprès de foyers de la région de Villingen-Schwenningen. Chacune a été coupée en deux, ce qui a donné 28 échantillons.

Le séquençage de l'ADN a révélé 362 types de bactéries différents, appartenant à 118 genres. Les chercheurs ont aussi observé l'intérieur des éponges au microscope, grâce à des marqueurs fluorescents. Les bactéries tapissent les parois des petites cavités de la mousse et forment par endroits des amas comparables à des biofilms. Dans les zones les plus colonisées, leur densité atteignait 54 milliards de cellules par centimètre cube.

Ce chiffre ne correspond pas à une moyenne sur toute l'éponge, mais aux points les plus chargés. Il a suffi à frapper Markus Egert, qui l'a comparé à un repère peu ragoûtant auprès du New York Times :

« C'est la même densité de bactéries que dans des échantillons de selles humaines. »

Propos traduits de l'anglais, recueillis par le New York Times en août 2017.

Pourquoi le micro-ondes ne règle pas le problème

Les foyers participants avaient indiqué s'ils nettoyaient régulièrement leur éponge. Les méthodes citées étaient le passage au micro-ondes et le rinçage à l'eau chaude savonneuse. Au microscope, les éponges ainsi entretenues ne comptaient pas significativement moins de bactéries que les autres.

Le micro-ondes tue pourtant bel et bien des bactéries. En laboratoire, il réduit leur nombre de façon spectaculaire. Le problème vient de ce qui se passe ensuite. Selon les auteurs, les bactéries les plus résistantes survivent au traitement, puis recolonisent rapidement l'espace libéré, jusqu'à retrouver une abondance similaire. Les chercheurs comparent ce mécanisme à l'effet d'un antibiotique sur la flore intestinale.

En 2020, la même équipe a poussé l'enquête plus loin avec 20 éponges utilisées pendant quatre semaines, certaines passées régulièrement au micro-ondes, d'autres non. Chez les éponges traitées, la communauté bactérienne était différente et présentait davantage de gènes liés à la fabrication d'une capsule et d'une paroi cellulaire. Markus Egert y voit une forme de défense :

« On peut interpréter cela comme un mécanisme de protection contre le stress du micro-ondes. »

Propos traduits de l'anglais, extraits du communiqué accompagnant l'étude de 2020.

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La bactérie soupçonnée derrière l'odeur de vieille éponge

Parmi les bactéries favorisées par le nettoyage figure un proche parent de Moraxella osloensis. Cette espèce est connue pour provoquer la mauvaise odeur du linge mal séché. Les chercheurs estiment qu'elle pourrait aussi expliquer l'odeur des éponges usagées. Comme le nettoyage augmentait sa part, les éponges entretenues pourraient paradoxalement sentir mauvais plus souvent. Les auteurs précisent toutefois qu'aucune étude ne l'a encore vérifié.

Côté santé, le tableau mérite d'être nuancé. Cinq des dix bactéries les plus abondantes étaient étroitement apparentées à des espèces classées dans le groupe de risque 2 en Allemagne, celui des micro-organismes capables de provoquer des infections. Les salmonelles et les campylobacters, souvent cités à propos des éponges, n'ont en revanche pas été détectés. Les chercheurs reconnaissent aussi ne connaître aucun cas d'infection par ces bactéries clairement attribué à l'environnement domestique.

Leur inquiétude porte surtout sur le rôle de l'éponge : elle collecte les bactéries, les fait prospérer, puis les redépose sur la vaisselle, le plan de travail, les mains ou les aliments. Ils jugent cette vigilance particulièrement importante dans les lieux qui accueillent des personnes fragiles, comme les hôpitaux, les crèches ou les domiciles de patients soignés à la maison.

Une éponge neuve chaque semaine, et l'ancienne loin de la cuisine

La solution proposée par les auteurs est simple et peu coûteuse : changer d'éponge régulièrement, par exemple chaque semaine. Pour ceux que ce rythme dérange, Markus Egert a suggéré au New York Times une seconde vie : laver l'éponge en machine au programme le plus chaud, avec de la lessive en poudre et de l'eau de Javel, puis la réserver à un usage moins sensible, comme le nettoyage de la salle de bains.

L'étude a ses limites, que ses auteurs soulignent eux-mêmes : 14 éponges seulement, des habitudes de nettoyage déclarées par les utilisateurs et non contrôlées, et un besoin d'expériences plus encadrées pour confirmer l'effet de la désinfection. L'éponge n'est pas non plus le seul objet à surveiller : l'évier et le plan de travail figurent aussi parmi les nids à microbes de la cuisine.

Un dernier détail en dit long. Pour comparaison, les chercheurs ont analysé des éponges neuves achetées en magasin. Ils n'y ont détecté aucune bactérie. Pour l'essentiel, tout ce petit monde s'installe donc dans l'éponge pendant son utilisation, au cœur même de la cuisine.

Source : Scientific Reports (étude de 2017) & Microorganisms (étude de 2020)

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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