Plus d'un Français sur deux dort avec son smartphone allumé dans la chambre : voici ce que ce geste fait vraiment au sommeil

Selon l'INSV, 58 % des Français dorment avec leur smartphone allumé dans la chambre. Lumière bleue, notifications : les spécialistes expliquent le problème.

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C'est l'un des chiffres les plus frappants de la dernière enquête de l'Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) : 58 % des Français dorment avec leur smartphone allumé dans leur chambre. Près d'un tiers s'endorment même avec un appareil électronique encore en fonctionnement. Et chez ces derniers, l'hypersomnolence, cette envie de dormir en journée qui trahit des nuits trop courtes ou trop hachées, est plus fréquente.

L'enquête, menée par OpinionWay en décembre 2025 auprès de 1 006 personnes âgées de 18 à 65 ans, a été publiée en mars 2026 pour la 26e Journée du sommeil. Parmi ses cinq gestes pour mieux dormir chez soi, l'INSV en consacre un entier au téléphone : couper les notifications et éloigner l'appareil. Deux raisons à cela, la lumière qu'il émet et les sollicitations qu'il envoie.

Une lumière qui fait croire au cerveau qu'il fait jour

Notre horloge biologique se règle d'abord sur la lumière. Le matin, elle donne le signal du réveil. Le soir, son absence prépare l'organisme au sommeil. Le problème, c'est que les écrans à LED des téléphones, tablettes et ordinateurs émettent une lumière riche en bleu, la composante qui stimule le plus cette horloge.

En 2019, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a tranché la question dans une expertise de plusieurs centaines de pages. Pour elle, la perturbation des rythmes circadiens provoquée par une lumière riche en bleu le soir ou la nuit est avérée. L'agence précise surtout qu'une exposition, même très faible, suffit à dérégler ces rythmes et donc le sommeil : le délai d'endormissement, la durée des nuits et leur qualité peuvent en pâtir. Les enfants, dont le cristallin laisse davantage passer cette lumière, y sont particulièrement sensibles.

Le site public d'information Sante.fr en tire une consigne simple : éviter les écrans à LED avant le coucher et pendant la nuit. Un regard jeté sur l'écran à 3 heures du matin n'a donc rien d'anodin.

Nombre de nos habitudes perturbent le sommeil, via le mauvais réglage de notre horloge biologique

Ce constat est celui du Dr Claude Gronfier, directeur de recherche à l'Inserm et secrétaire général de l'INSV, dans le communiqué de l'enquête 2026.

L'« effet sentinelle » : le cerveau reste de garde

La lumière n'est pas le seul souci. Un téléphone posé à portée de main reste une porte ouverte sur les messages, les alertes et les réseaux sociaux. Une précédente enquête de l'INSV et de la MGEN, publiée en 2020, avait mesuré ce que les spécialistes appellent l'« effet sentinelle » : 16 % des Français, et 28 % des 18-34 ans, reconnaissaient être réveillés la nuit par une sonnerie ou un SMS. Près de la moitié d'entre eux répondaient le plus souvent au message.

La même enquête montrait que près de 45 % des adultes consultaient des écrans le soir au lit, et qu'un quart de ces utilisateurs y passaient plus d'une heure et demie. Pourtant, seuls 39 % des Français estimaient alors que les écrans avaient un effet négatif sur leur sommeil. La majorité n'y voyait aucun impact.

La distance compte. Plusieurs médecins du sommeil américains interrogés récemment l'expliquaient simplement : sur la table de nuit, le téléphone finit toujours par être consulté, alors qu'à l'autre bout de la pièce, il ne l'est plus. C'est d'ailleurs l'un des six objets que ces spécialistes sortiraient de votre chambre.

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Des nuits déjà fragiles

Ces habitudes s'ajoutent à un sommeil déjà sous pression. Selon le Baromètre de Santé publique France 2024, les adultes de 18 à 79 ans dorment en moyenne 7 h 32 sur 24 heures, siestes comprises. Mais 21,5 % sont de courts dormeurs, et un tiers (33,1 %) se plaint d'insomnie. L'agence rappelle que les courts dormeurs ont un risque plus élevé de surpoids, de diabète de type 2, d'hypertension, de maladie cardiovasculaire, de dépression ou d'accidents.

L'enquête de l'INSV, qui mesure seulement les nuits en semaine, dresse un tableau plus sombre encore : 6 h 50 de sommeil en moyenne, soit 14 minutes de moins qu'un an plus tôt. Un quart des personnes interrogées dorment moins de 6 heures et près d'une sur deux se réveille fatiguée. Les troubles du sommeil concernent 38 % des répondants.

Faut-il alors compter sur les lunettes anti-lumière bleue ? L'Anses s'est aussi penchée sur ces protections, verres traités et écrans spécifiques compris. Leur efficacité pour préserver les rythmes circadiens n'est pas prouvée à ce jour, selon l'agence.

Les gestes conseillés par les spécialistes

Les recommandations de l'INSV et des autorités sanitaires tiennent en quelques réflexes :

  • couper les notifications et éloigner le smartphone du lit, idéalement hors de la chambre ;
  • remplacer l'alarme du téléphone par un réveil classique, pour ne plus avoir de raison de le garder à côté de soi ;
  • privilégier le soir un éclairage chaud et tamisé, avec des ampoules de type « blanc chaud », inférieures à 3 000 K selon Sante.fr ;
  • garder la chambre entre 18 et 20 °C, la température idéale selon l'INSV ;
  • s'exposer à la lumière naturelle chaque matin, au moins une heure.

Ce dernier point révèle tout le paradoxe de nos modes de vie. Nous recevons trop de lumière la nuit, et pas assez le jour : d'après l'INSV, 71 % des Français passent moins d'une heure par jour à l'extérieur en semaine.

Source : Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) & Santé publique France

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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