Il quitte Londres pour un tour du monde sans moteur ni voile prévu en trois ans et demi : il reviendra 13 ans plus tard, après deux jambes cassées et l'attaque d'un crocodile

Sans moteur ni voile, Jason Lewis a pédalé sur deux océans et patiné à travers les États-Unis. En 2007, il bouclait un voyage prévu pour 3 ans et demi.

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Il quitte Greenwich en juillet 1994, sans moteur ni voile. Treize ans plus tard, Jason Lewis franchit la ligne du méridien au même endroit, après avoir traversé l'Atlantique et le Pacifique en pédalo, les États-Unis en rollers et l'outback australien à vélo.

Le 6 octobre 2007, le Britannique de 40 ans termine ce que Guinness World Records reconnaît comme le premier tour du monde accompli sans moteur ni voile. Il a parcouru 74 842 kilomètres, soit près de deux fois la circonférence de la Terre.

Un voyage prévu pour trois ans et demi

L'idée vient de son ami Steve Smith, qui rêve dès 1991 de faire le tour du monde à la seule force humaine. Les deux hommes ont peu d'expérience en mer. Lewis trouve l'aventure follement romantique, et trois ans et demi lui semblent une durée idéale pour souffler loin de Londres.

Les débuts sont chaotiques. Après deux ans de préparation, le duo part en juillet 1994 et se perd en route vers Rye, sur la côte anglaise, où l'attend leur bateau à pédales. Ils traversent la Manche, rejoignent le Portugal à vélo, puis pédalent à tour de rôle sur l'Atlantique à bord de leur bateau jaune d'environ 8 mètres.

La traversée dure 111 jours, dans un espace comparable à un placard à balais. Ils survivent à la rencontre d'un chalutier, d'une baleine et d'une vague géante qui emporte Smith par-dessus bord. Ils arrivent à Miami en février 1995.

Deux jambes cassées, un crocodile et une prison égyptienne

La relation entre les deux hommes se détériore. Ils traversent les États-Unis séparément. Lewis chausse des rollers pour 5 600 kilomètres jusqu'à San Francisco. À Pueblo, dans le Colorado, une voiture le percute. Il a les deux jambes cassées, manque perdre l'une d'elles et passe neuf mois à récupérer.

Smith et lui se retrouvent à San Francisco et pédalent jusqu'à Hawaï, où ils se séparent pour de bon. Lewis continue vers l'Australie. D'après le site de l'expédition, il devient le 18 août 2000 le premier à traverser le Pacifique à la force des pédales, de San Francisco à Cairns, en 178 jours.

En Australie, pendant qu'il traverse la Grande Barrière de corail en kayak, un crocodile l'attaque et arrache un morceau de sa pagaie.

Il esquive les superpétroliers dans le détroit de Singapour, randonne dans l'Himalaya et traverse le Tibet à vélo, de nuit, pour éviter les barrages chinois. Depuis Mumbai, il pédale jusqu'à Djibouti. En passant du Soudan à l'Égypte, il est jeté en prison par l'armée, soupçonné d'espionnage. Il pédale ensuite à travers le Sinaï, la Jordanie, la Syrie et la Turquie, puis traverse l'Europe pendant l'été.

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13 ans, 2 mois et 24 jours

Les dépêches de l'époque parlent d'environ 74 000 kilomètres. La fiche officielle de Guinness World Records donne un chiffre plus précis : 74 842 kilomètres, alors que la Terre mesure 40 075 kilomètres de circonférence. Le parcours passe par des points antipodaux, comme l'exigent les règles de cette catégorie. Entre le départ, le 12 juillet 1994, et l'arrivée, il s'est écoulé 13 ans, 2 mois et 24 jours.

Lewis a découpé le périple en 16 étapes, avec des pauses de quelques semaines à plusieurs mois pour trouver de l'argent. Chaque étape avait ses sponsors. D'autres ont tenté l'aventure à pied, comme le Britannique Karl Bushby, parti du Chili en 1998.

À l'arrivée, Lewis ramène son bateau jaune jusqu'à Greenwich et le pousse de l'autre côté de la ligne du méridien. Sa famille, ses soutiens et le duc de Gloucester, parrain britannique de l'expédition, l'attendent. Il déclare à l'Associated Press (traduction) :

Il y a eu de nombreux moments où le voyage aurait dû échouer.

Lewis espérait que cette expédition permette de financer des causes humanitaires et d'attirer l'attention sur les questions d'environnement.

Source : Guinness World Records & The Spokesman-Review (AP)

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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