« Pour vivre heureux, vivons cachés ». Cette célèbre expression convient bien au loris lent de Bangka (Nycticebus bancanus). La raison ? Ce primate venimeux originaire d’Indonésie avait disparu des radars scientifiques pendant près de 100 ans.
En réalité, cette espèce arboricole menacée continuait tranquillement sa vie sur une petite île, avec la complicité des villageois.
Une chose est sûre : sa redécouverte réjouit les chercheurs, qui veulent à tout prix trouver un moyen de la protéger de l’extinction, rapporte Re:wild, une organisation internationale de la biodiversité et de la faune sauvage.
Un primate qu’on pensait disparu depuis près de 100 ans refait surface
Considéré comme possiblement éteint, le loris lent de Bangka était en fait bien vivant. Pourtant, les scientifiques sont passés à côté de cette information.
Il faut dire que ce mammifère aux grands yeux n’avait plus été documenté dans la littérature scientifique depuis les années 1930. Résultat : les spécialistes avaient des doutes quant à sa survie, et ce, durant environ un siècle.
Mais une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Spixiana confirme que cet animal, l'un des primates les plus recherchés dans le cadre du programme de Re:wild, survit encore sur une grande partie de l’île indonésienne de Bangka.
Crédit Photo : Timon Glaw, Haus des Meeres Aqua Terra Zoo
Une découverte qui n’est pas sans rappeler celle de cet insecte de l'époque du Jurassique qui est réapparu aux États-Unis, 50 ans après sa supposée disparition.
De leur côté, les habitants étaient bien au courant de son existence. Ils étaient habitués à croiser ce petit primate flânant dans leurs jardins, se déplaçant au bord des routes ou encore agrippé à des lignes électriques.
Les locaux intervenaient également pour secourir un animal en difficulté. Celui-ci était alors pris en charge par le centre de sauvetage de la faune sauvage Alobi.
Comment cela a-t-il pu passer inaperçu ? La raison est simple : ces sauvetages n’avaient jamais été documentés dans une publication scientifique.
Plus de 80 spécimens secourus en Indonésie
Les scientifiques ont eu vent de l’existence de loris lents de Bangka grâce à une discussion entre deux spécialistes de la conservation.
À l’époque, Timon Glaw, un chercheur d’un zoo autrichien, s’est rendu dans un centre de protection animale en Indonésie. Sur place, il a appris que le primate considéré comme possiblement éteint était bel et bien vivant.
Il a alors fait une autre découverte : entre 2015 et 2025, Alobi a recueilli et soigné plus de 90 spécimens. Selon l’étude, ils ont été secourus dans les quatre districts de l'île et dans la ville de Pangkal Pinang.
Crédit Photo : DR
Cette répartition laisse penser que l'espèce est encore présente sur une grande partie du territoire. À noter que 86 des primates ont survécu et ont été relâchés sur sept sites différents à Bangka, en particulier dans les plus grands fragments de forêt de l’île, afin de maximiser leurs chances de survie.
« L’équipe d’Alobi a consacré plus de dix ans à secourir, soigner et relâcher discrètement ces animaux, et c’est grâce à la rigueur de leurs observations que ce primate est enfin de nouveau sous les projecteurs scientifiques », a déclaré Benji Barca, responsable du programme d’exploration de Re:wild.
Avant d’ajouter :
« C’est un rappel supplémentaire que la conservation repose sur le savoir des communautés locales, des peuples autochtones et de tous ceux qui connaissent intimement ces espèces et ces territoires. Une espèce peut disparaître des registres scientifiques sans pour autant disparaître de la vie des populations qui partagent son habitat ».
À peine redécouverte, cette espèce est déjà en danger
Le hic ? À peine redécouverte, cette espèce est déjà en danger critique d’extinction, tout comme cet animal que l’on pensait disparu depuis 80 ans et qui a été filmé dans une vidéo unique.
Le loris lent de Bangka est en effet menacé par la perte de son habitat naturel due en partie à l'exploitation illégale de l'étain et au défrichement massif des terres pour les plantations de palmiers à huile.
Pour préserver cette espèce, les chercheurs recommandent une stratégie regroupant des recensements de population, des études génétiques et, surtout, la protection de son habitat restant.
Enfin, ils préconisent également de poursuivre les réintroductions contrôlées et d’étudier la mise en place d’un programme d’élevage conservatoire.
Crédit Photo : Timon Glaw, Haus des Meeres Aqua Terra Zoo
Les loris lents font partie des primates les plus singuliers de la planète. Ce sont les seuls primates connus pour être venimeux. Cet animal nocturne lèche une glande située à l’intérieur de son bras avant de mélanger sa sécrétion à sa salive. Résultat : sa morsure peut infliger des douleurs et des gonflements.
Il possède de grands yeux ronds pour voir dans l’obscurité et est réputé pour être agile lors de ses déplacements dans les arbres.
Reste désormais à savoir si cette boule de poils aura droit à un avenir !
