Il a lâché 60 étourneaux dans Central Park pour honorer Shakespeare : 135 ans plus tard, ils sont 200 millions et l'Amérique n'arrive plus à s'en débarrasser

Un passionné de William Shakespeare est allé un peu trop loin dans son obsession pour les oiseaux. En libérant 60 étourneaux, il ne savait pas qu’ils deviendraient une espèce invasive aux États-Unis.

Ajoutez-nous sur Google Commentaires

Tout comme les plantes, certaines espèces d’animaux peuvent être très invasives, notamment les oiseaux. En Australie, par exemple, les soldats ont carrément affronté ces gros oiseaux à l’aide de mitrailleuses pour s’en débarrasser.

Si l’histoire se termine plutôt bien au pays des kangourous, elle est bien différente aux États-Unis à cause de ces oiseaux bien connus chez nous, en Europe : les étourneaux.

Une espèce invasive initiée par William Shakespeare

Ce n’est pas pour rien que certains pays (comme l’Australie donc) sont très stricts concernant l’importation d’espèces. Qui aurait cru que les étourneaux sansonnets deviendraient une espèce invasive aux États-Unis ?

On compte environ 200 millions de ces petits oiseaux noirs aux taches blanches au pays de l’Oncle Sam. Selon le Smithsonian, les étourneaux sansonnets sont présents de l’Alaska jusqu’au sud du Mexique. Sauf qu’il s’agit d’une espèce exotique envahissante.

Tout ce remue-ménage est le fait d’un seul homme : William Shakespeare. Ou plus exactement d’un fabricant de produits pharmaceutiques new-yorkais prénommé Eugene Schieffelin.

Une population toujours plus croissante

Selon Steven Marche, auteur du livre How Shakespeare Changed Everything, Eugene Schieffelin a provoqué, sans le savoir, une catastrophe naturelle le 6 mars 1890. Grand admirateur et lecteur du Barde, le fabricant, qui adorait les oiseaux, s’était donné pour mission d’introduire en Amérique du Nord tous les oiseaux mentionnés par Shakespeare !

L’American Acclimatization Society dont il faisait partie avait elle aussi déjà tenté d’introduire certains oiseaux mentionnés dans les œuvres de William Shakespeare, comme les rossignols et les alouettes. Sauf qu’aucune de ces espèces n’a survécu… à part l’étourneau.

Ainsi, ce matin d’hiver, Eugene Schieffelin a lâché 60 étourneaux ramenés d’Europe dans Central Park. Cent trente-cinq ans plus tard, la population d’étourneaux est de plus de 200 millions d’individus.

La suite après cette vidéo

Les étourneaux causent de nombreux dégâts en Amérique du Nord

Rassemblement d'étourneaux dans le cielCrédit photo : AGD Beukhof/ iStock

Les étourneaux sont les seuls oiseaux à avoir survécu et su s’adapter à l’Amérique du Nord malgré le froid glacial de l’époque. Comme l’explique le Smithsonian, les étourneaux ont fait leur nid sous les avant-toits de l’American Museum of Natural History, situé à côté de Central Park.

Par ailleurs, les muscles protracteurs de leur bec leur ont permis d’explorer les sols et de se nourrir, chose que n’étaient pas capables de faire les autres oiseaux. De cette façon, les étourneaux ont survécu à leur premier hiver, se sont reproduits puis dispersés.

« L’étourneau parvient à trouver des insectes dans des climats plus froids que ne le font d’autres oiseaux ; il n’est donc pas contraint de migrer vers des régions plus chaudes en hiver », écrit Steven Marche.

La présence des étourneaux est un véritable calvaire pour l’écosystème américain : ils chassent les merles bleus et les pics dorés de leur nid ; ils dévastent des champs de blé entiers ; leurs fientes favorisent le développement dans le sol d’un champignon (Histoplasma capsulatum). Ce dernier peut infecter les humains et d’autres animaux par inhalation de ses spores. Ce champignon peut provoquer l’histoplasmose qui peut entraîner la cécité et parfois la mort.

Les Américains ont tout tenté afin de se débarrasser des étourneaux. Mais rien n’y fait, les étourneaux continuent de prospérer, en tant qu’espèce invasive, en Amérique du Nord.

Suivez-nous sur Google

Camille V.

Au sujet de l'auteur :

Titulaire d'un Master en Communication/Cinéma, Camille V. est journaliste spécialisée dans les intersections entre culture et écologie. Auteure d’un mémoire remarqué sur la Cli-fi (Climate Fiction) au cinéma, elle décrypte pour Demotivateur l'actualité du divertissement (films et séries) sous un angle sociétal et environnemental. Passionnée par l'art et la protection animale, elle apporte une expertise académique et critique à la rédaction de ses dossiers.

À lire aussi