Sur le sable de Sorrento Beach, vendredi matin, des policiers se tenaient immobiles à côté d'une planche de surf rouge abandonnée. Au-dessus d'eux, un hélicoptère tournait en rond. Sur le chemin qui longe la plage, une foule s'était massée pour regarder le bateau de la police maritime quadriller l'eau. Quelques minutes plus tôt, un homme qui nageait à une vingtaine de kilomètres du centre de Perth venait d'être attaqué par un requin, devant des dizaines de témoins.
Les secours de St John WA ont reçu le premier appel à 10h15, heure locale. La police d'Australie-Occidentale a confirmé dans la journée qu'un nageur avait été mordu par un requin le long de la côte et qu'il était mort des suites de l'attaque. Les recherches aériennes et maritimes, elles, n'ont donné aucun résultat : aucune trace du nageur n'a été retrouvée. Les policiers n'ont pas voulu préciser s'ils avaient récupéré quoi que ce soit dans l'eau.
Deux hommes à l'eau, un seul revenu sur la plage
Jacqui Rapaic marchait sur la plage avec une amie quand tout a basculé. C'est elle qui a compris la première ce qui venait de se produire.
Mon amie m'a dit : « Jac, je crois qu'il y a eu une attaque de requin », et j'ai regardé vers l'océan et j'ai vu une flaque de sang
Elle raconte à la chaîne publique ABC avoir vu deux hommes dans l'eau, et un seul regagner le rivage. « Je me suis accrochée à mon amie… nous nous sommes senties plutôt traumatisées à ce moment-là », a-t-elle ajouté. « Tout s'est passé si vite. »
Le détail le plus difficile de la matinée concerne précisément ce survivant. Darrel Haythornthwaite, un habitué de la plage présent au moment des faits, a expliqué à la chaîne Nine Network que l'ami du nageur était revenu sur le sable en état de choc, persuadé d'avoir failli.
J'étais juste sous le choc. Je veux dire, je compatis avec son copain. Il s'est excusé et a dit : « Je n'ai pas sauvé mon pote »
« Je lui ai dit : "Tu n'aurais rien pu faire" », a poursuivi le témoin. Auprès de 7NEWS Perth, il a comparé la scène à un film : selon lui, on aurait dit une séquence des Dents de la mer, avec un corps secoué comme une poupée de chiffon.
Une plage de quartier, pas un spot isolé
C'est ce qui rend ce drame si particulier en Australie. Sorrento Beach n'est pas une crique perdue du bush : c'est une plage de banlieue, située à une vingtaine de kilomètres au nord du centre d'affaires de Perth, juste au sud de la marina de Hillarys et de ses restaurants. Une plage où l'on va nager avant le travail, où l'on promène son chien, où l'on emmène les enfants le week-end.
Ryan Rowe, un riverain, est arrivé peu après l'attaque. Un badaud lui a expliqué que quelqu'un venait d'être mordu par un requin. « Je n'arrivais pas à croire qu'une telle quantité de sang puisse sortir d'un corps humain », a-t-il confié au quotidien The West Australian.
Les témoins ont décrit la victime comme un homme d'une soixantaine d'années. La police, elle, n'a communiqué aucune identité ni aucun âge.
Douze kilomètres de littoral fermés et un requin blanc de cinq mètres signalé
La réaction des autorités a été immédiate : près de 12 kilomètres de côte, de Marmion à Iluka, ont été interdits d'accès jusqu'à au moins midi ce samedi, et la commune a fermé l'ensemble des plages de sa juridiction.
Peu après midi, un requin blanc de cinq mètres a été signalé sur le site de surveillance SharkSmart au niveau du récif voisin de Boyinaboat. Rien ne permet à ce stade d'affirmer qu'il s'agit de l'animal responsable de l'attaque. Plus tôt dans la matinée, un membre du public avait par ailleurs signalé un requin de 2,5 mètres au large de la plage.
Autre élément troublant : les patrouilles héliportées anti-requins de Surf Lifesaving WA venaient tout juste de reprendre pour la saison estivale, une semaine avant le drame.
La cinquième attaque mortelle en Australie depuis janvier
Ce décès porte à cinq le nombre d'attaques mortelles recensées en Australie depuis le début de l'année. En janvier, un garçon de 12 ans était mort après avoir été mordu dans le port de Sydney. Entre mai et juin, trois chasseurs sous-marins ont été tués en quatre semaines, dont deux en Australie-Occidentale : Steven Mattaboni, au large de l'île Rottnest, puis Daniel Turpin, près d'Albany. En juin, une enseignante de 34 ans a survécu à une attaque à Coogee Beach, à Sydney, mais a été amputée d'un bras après avoir frappé l'animal à mains nues.
Ce n'est même pas le premier incident de la semaine dans l'État. Lundi, un surfeur a été attaqué près de Geraldton, à environ 400 kilomètres au nord de Perth : il a perdu un pied et souffre de graves blessures à la jambe.
Selon les données compilées par l'ABC, il s'agit de la 24e attaque mortelle de requin en Australie-Occidentale depuis 2000, dont dix dans l'agglomération de Perth, et de la troisième pour la seule année 2026. À l'échelle du pays, l'Australian Shark Incident Database, tenue notamment par la Taronga Conservation Society et l'université Flinders, situe la moyenne entre deux et trois décès par an depuis 2000. Le seuil est donc déjà largement dépassé, alors que la saison des baignades commence à peine dans l'hémisphère sud.
