Voici l'histoire méconnue du « Schindler Polonais », héros de l'ombre, qui a réussi à sauver plus de 8 000 juifs des camps de la mort grâce à... une fausse épidémie de typhus !

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« Je n’ai jamais su me battre, que ce soit avec un pistolet ou avec une épée… Mais j’ai trouvé le moyen d'user de mes compétences pour flanquer une frousse terrible à l’occupant Allemand ».

Voilà ce que raconte Eugene Lazowski, un docteur Polonais né en 1913, qui a réussi à sauver des milliers de juifs des camps de la mort… en fomentant une fausse épidémie de typhus, qui a permis de placer une ville entière en quarantaine. Ils furent ainsi protégés des griffes des soldats Nazis, qui n'osaient pas rentrer de peur d’être contaminés !

La vie de celui que l’on appelle le « Schindler Polonais » est malheureusement plutôt méconnue en Francela preuve, son histoire est expédiée en à peine 4 lignes sur la page Wikipédia qui lui est consacrée ! 

Pourtant, cet homme fascinant fut un véritable héros de l’ombre, et il mérite que l’on s’intéresse de près à lui…

Eugene Lazowski @Wikipedia Commons


Voici donc l'histoire de ce tout jeune médecin, prénommé Eugene Lazowski. À peine sorti de la faculté, à l’aube de ce que l’on appellera plus tard la Seconde Guerre Mondiale, il finira par devenir un héros de la résistance contre les Nazis, pourtant longtemps oublié après la fin du conflit.

Son doctorat en médecine en poche, il se rend compte que ses compétences de sauveur de vies sont on-ne-peut-plus cruciales, en temps de guerre. Dès le début du conflit, il s’engage aux côtés de la Croix Rouge. Puis, il rejoindra la Résistance Polonaise, l’Armia Krajowa, comme médecin de guerre.

Lorsqu’Hitler envahit la Pologne, les juifs furent séparés des autres Polonais par un mur, afin qu’ils restent confinés dans des quartiers et dans des périmètres définis. Du côté juif du mur, faute de structures adéquates, beaucoup mouraient de faim et surtout, de maladies…

Lazowski vit la détresse de ces gens et décida de mettre en place un système pour aider les juifs de son quartier qui auraient besoin d’un médecin. Ceux qui nécessitaient des services médicaux devaient accrocher un bout de tissu blanc à la fenêtre de leurs maisons, afin de signaler leur problème. Une fois la nuit venue, dans le plus grand secret, Lazowski franchissait le mur et se mettait en quête de patients à soigner… Bientôt, des files d’attente entières se formaient dans certains lieux, afin d’obtenir des consultations du docteur clandestin.

Mais ce n'était que le début ! En 1940, il s’installe dans la petite ville de Rozwadów, située à l’est de Varsovie, avec plus de la moitié de la population juive. Jusqu’ici, les soldats Allemands n’étaient pas encore arrivés dans cet endroit pour organiser des rafles, mais Lazowski savait que ce n’était plus qu’une question de temps…

Pologne en temps de Guerre, scène de vie quotidienne, 1940 @Wikimedia Commons


Que pouvait-il faire ? Lazowski ne sait pas se battre, il ne sait manier ni l’épée, ni les armes à feu. Il n’était après tout qu’un simple médecin, un homme de science, pas un soldat... Mais justement, à défaut de défendre son pays par la force, il avait le moyen d’user de ses compétences en médecine pour faire trembler l’occupant Nazi !

Stanislaw Matulewicz, l’un des amis de la faculté de Lazowski, avait fait une découverte étonnante, dont il lui avait fait part, sans savoir qu’elle serait un jour très utile : il s’était rendu compte que, si l’on injecte certaines bactéries mortes dans le corps d’un patient, ce dernier sera testé positif au typhus dans le cadre d’une prise de sang conventionnelle…

Les bactéries sont en effet reconnues par le test, sans pour autant causer aucun symptôme de la maladie chez le patient… puisqu’elles sont mortes !

Et cela tombe bien, les Allemands avaient, justement, une peur bleue du typhus ! Il faut dire que cette maladie, hautement contagieuse, avait déjà causé de terribles épidémies meurtrières en Europe. Les zones infestées étaient systématiquement évitées par l’armée Allemande et aucun soldat Allemand n’avait le droit de se rendre trop près d’un périmètre contaminé, de peur que la maladie ne se répande dans toute l’armée Nazie et ne décime ses rangs !

Lazowski décide de tenter l’expérience avec l’un de ses amis, qui venait d’être appelé de force à servir dans les rangs de l’armée Nazie, et qui voulait justement échapper à la conscription. L’aspirant déserteur fut donc ravi de jouer les cobayes : Lazowski lui injecta une dose de bactéries du Typhus neutralisées au préalable, juste avant qu’il ne passe à la visite médicale… Résultat : non seulement l’armée Allemande le renvoya aussi sec chez lui, mais ils lui firent également cadeau d’une interdiction formelle de se rendre dans le territoire Allemand !

Une fois l’efficacité du subterfuge vérifiée par la pratique, Lazowski pouvait commencer son opération de grande ampleur. Il a injecté le typhus (ou plutôt une forme inoffensive de la maladie) à plus de 8 000 personnes à Rozwadów et dans les petites bourgades alentour. Il savait que, les Nazis craignant la contamination, les juifs infectés par le typhus n’étaient pas envoyés dans des camps de concentration, et les non-juifs n’étaient pas non plus envoyés dans des camps de travail.

Au lieu de ça, ils étaient regroupés, puis la zone entière était placée en quarantaine. Aucun soldat n’avait le droit de pénétrer dans cette zone : bref, un havre de paix pour les personnes persécutées, parfait pour qu’on leur fiche la paix !

Mais il ne pouvait pas faire passer directement les juifs pour des malades du typhus, car les Nazis les auraient alors exécutés sauvagement : il administrait les bactéries à des personnes non-juives qui se trouvaient dans les zones entourant les ghettos juifs. De cette manière, la population entière était protégée (les Polonais non-juifs étaient eux aussi victimes de la barbarie nazie, et notamment envoyés dans des camps de travail)
Zone déclarée en quarantaine, Wikimedia Commons 

Lazowski avait pris toutes les précautions pour rendre son épidémie « réaliste », autant que possible : il commença à « infecter » quelques personnes, puis de plus en plus, tout en tenant des registres afin de donner l’illusion que la fausse épidémie se propageait de plus en plus vite. Il n’en fallut pas plus pour que la zone soit vite placée sous quarantaine par l’occupant Allemand.

Après un certain temps, cependant, des médecins Allemands vinrent visiter la zone afin de voir comment la situation évoluait à Rozwadów. Lazowski les reçut à l’extérieur de la zone de quarantaine, avec tous les égards : un bon repas bien copieux, et surtout, des boissons qui coulaient à flots ! Il n’en fallait pas plus : emportés par l’ambiance chaleureuse du festin, les médecins les plus âgés et expérimentés du groupe envoyèrent les plus jeunes recrues faire le sale boulot seuls, tandis que, le taux d’alcoolémie montant, ils s’embarquaient dans une discussion animée autour des reliefs d’un copieux repas.

Les jeunes médecins, peu expérimentés et pas très rassurés de s’aventurer dans cette ville contaminée par le typhus, n’osèrent pas s’aventurer trop loin, et ne firent qu’une poignée de prises de sang avant de partir. Dans leur rapport, ils déclarèrent que la ville devrait rester sous quarantaine.

56 plus tard, Lazowski est retourné dans la ville de Rozwadów @Ryan Bank

Au total, ce sont près de 8 000 Juifs qui furent sauvés grâce à l’action de ce seul homme, sans compter tout le reste de la population Polonaise qui a échappé à l’oppression et au travail forcé. Après la guerre, Lazowski s’est installé aux États-Unis, dans l’Oregon, pour fonder une famille. Il fit toujours très attention à ne rien dévoiler de ce qui s’était passé, même après la guerre, par peur des représailles et habitué qu’il était à travailler dans l’ombre et dans la discrétion.

Selon la fille de Lazowski, sa femme n’a jamais su ce qu’il avait fait durant la guerre, et elle ne s’est jamais rendu compte qu’elle était mariée… à un Héros.


Eugene Lazowski a quitté ce monde en 2006. Il avait 92 ans.

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