Les loutres de mer originaires des États-Unis reviennent de loin.
Après avoir frôlé l’extinction il y a plus d’un siècle, leur population atteindrait aujourd’hui près de 100 000 individus, dispersés le long des côtes américaines, de la Californie à l’Alaska.
Certains spécimens qui ont élu domicile dans le Golden State rendent désormais service à l’écosystème en freinant l’érosion dans un estuaire.
Les loutres de mer d’Amérique du Nord ont failli être décimées
Avec ses petits yeux noirs et son pelage duveteux, la loutre des mers est tout simplement à croquer. Le hic ? Sa fourrure a bien failli causer sa perte aux États-Unis, au XIXe siècle.
Chassé pour son épais manteau, ce mustélidé était sur le point de disparaître du pays. Et pour cause : sa population mondiale, estimée entre 150 000 et 300 000 individus, a diminué pour atteindre moins de 2 000 en 1911.
Fort heureusement, quelques colonies ont échappé à ce massacre et se sont réfugiées dans des zones reculées situées sur la côte ouest de l’Amérique du Nord.
Au fil du temps, leurs descendants ont petit à petit réinvesti leurs anciens habitats. Parmi eux, l’estuaire californien d’Elkhorn Slough, dans le comté de Monterey.
À leur arrivée dans les années 1980, les loutres de mer ont recolonisé l’estuaire. Au début des années 2000, leur population s’est développée à la vitesse de l’éclair. Depuis, les loutres contribuent à préserver l’écosystème en ralentissant l’érosion des berges.
Certaines s’installent dans un estuaire californien
C’est en tout cas ce qu’affirme une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Nature, dirigée par le biologiste américain Brent B. Hughes, également chercheur à l’Université d’État de Sonoma.
Vous l’ignorez peut-être, mais Elkhorn Slough est un estuaire marécageux où se mêlent eau douce et eau salée. Résultat : il abrite une faune et une flore variées, dont des crabes.
Malgré leur taille, ces petits crustacés représentent un véritable danger puisqu’ils creusent les berges et rongent les racines du marais, rendant ces dernières plus vulnérables à l’érosion.
C’est ici que les loutres jouent un rôle clé puisque ces animaux en raffolent. Elles se nourrissent donc des crabes qui creusent des terriers dans ces berges.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que leur régime alimentaire semble avoir un impact sur le ralentissement de l’érosion.
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Les animaux freinent l’érosion en mangeant des crabes
Tout au long de l’étude, treize criques ont été étudiées afin de comparer l’érosion des berges avant et après l’expansion des loutres.
Résultat : le recul des berges serait passé de 23 cm à 12 cm par an en moyenne, soit une diminution de 48 %. Plus impressionnant encore, les loutres auraient ralenti jusqu’à 90 % l’érosion de certaines parties d’Elkhorn Slough.
« Dans les zones recolonisées par les loutres de mer, les marais et les prés-salés se stabilisent à nouveau », avait indiqué Brent Hughes à Sciences et Avenir.
Pour aller encore plus loin, les chercheurs ont empêché les loutres d’accéder à certaines criques pendant trois ans pour savoir si leur présence limitait vraiment l’érosion en mangeant les crabes.
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Le constat est sans appel : la population de crabes a augmenté de 68 % sans les loutres, tandis que « la densité des sédiments a diminué de 8 % et la biomasse des végétaux a chuté de 48 % » dans les zones où elles étaient absentes, détaille le magazine spécialisé. À leur retour, ces mammifères ont pu rétablir l’équilibre dans l’écosystème.
« C’est une démonstration solide, qui montre que les prédateurs réintroduits peuvent jouer un rôle essentiel dans le fonctionnement et la résistance des écosystèmes », a conclu Brent Hughes.
