Seize ans après la catastrophe de Deepwater Horizon, l’écosystème marin continue d’être impacté par l’explosion monumentale de la plate-forme pétrolière en 2010.
Une nouvelle étude publiée dans la très sérieuse revue PNAS révèle qu’un effondrement écologique se produit sans même que l’on s’en rende compte.
Une population marine en déclin jusqu’à 1500 mètres de profondeur
L'étude menée par la Nova Southeastern University et des chercheurs de la Florida International University (FIU) dresse un constat alarmant. La population d’espèces de poissons, de crustacés et de calmars vivant en eaux profondes a décliné considérablement à la suite de la marée noire de Deepwater Horizon en 2010.
Pour dresser ce triste constat, l’étude a analysé 2 000 échantillons collectés par des « filets, des relevés acoustiques et des analyses génétiques », renseigne le site de la FIU. Il s’agit ainsi de l’évaluation à long terme la plus complète de la vie marine dans les eaux profondes du Golfe du Mexique depuis la catastrophe.
Les conséquences de cette marée noire sont immenses puisque le déclin de ces populations touche les zones à la surface de la mer et va jusqu’à l’écosystème pélagique profond, soit entre 182 et 1524 mètres de profondeur.
La population de poissons a reculé de 64% en 16 ans
Crédit photo : izanbar/ iStock
Dans ces zones atteintes se trouve une qui est riche en poissons, en calmars et autres petits animaux, indique la FIU. Ces espèces représentent 90% du golfe et s’avèrent être « une biodiversité marine extraordinairement riche », poursuit le site.
Pour mesurer le déclin de la population, les chercheurs ont examiné l’évolution de la diversité génétique de trois espèces de poissons-lanternes à travers les filets collectés, entre 2011 et 2023. Résultat : le déclin est de 64 % pour les poissons ; 62 % pour les grands crustacés ; 60 % pour les petits calmars et petits céphalopodes.
C’est pire pour le Krill dont la population a décliné de 73%, les poissons-lanternes (63 %) et les poissons à épines (69%). Quand une espèce disparaît presque complètement, ce sont également les proies qui en pâtissent. Baleine, requins, dauphins et oiseaux marins n’ont plus de quoi se nourrir.
« Nos conclusions sont particulièrement préoccupantes, car il s’agit d’espèces abondantes, largement répandues et qui, par le passé, n’auraient peut-être pas été considérées comme vulnérables », a déclaré l’un des chercheurs de l’étude, Pedro A. Peres.
5 millions de barils de pétrole qui impactent divers écosystèmes
Crédit photo : Wikipedia
Les chercheurs pensent que ce déclin massif est dû à la marée noire de Deepwater Horizon, survenue au même moment. Pour rappel 5 millions de barils de pétrole se sont déversés dans la mer et 770 000 gallons de dispersants chimiques ont été injectés près du puits de la plate-forme.
Des traces de pétrole ont depuis été retrouvés dans des œufs de poissons provenant des eaux profondes et même dans les tissus de céphalopodes. Un taux élevé de contamination peut entraîner la mort des espèces et perturber leurs capacités biologiques, notamment celles leur permettant de trouver un partenaire dans l’obscurité afin de se reproduire.
Enfin, la disparition de ces espèces risque de réduire « la capacité de l’océan à stocker le carbone ». Au final, les conséquences de l’activité humaine impactent de nombreux écosystèmes.
