Finistère : estimé 300 000 euros au plus, le trésor trouvé dans le mur d'un manoir part à plus d'un million

En 2019, des artisans trouvent 239 pièces d'or dans un mur de manoir breton. Estimées 300 000 € au plus, elles sont vendues plus d'un million d'euros en 2021.

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En 2019, à Plozévet, dans le Finistère, trois tailleurs de pierre qui travaillent sur un manoir breton découvrent, à l'intérieur d'un mur, une boîte en métal remplie de pièces d'or. Quelques jours plus tard, une bourse cachée au-dessus d'une poutre livre le reste : 239 pièces de l'époque de Louis XIII et de Louis XIV au total.

Estimé entre 250 000 et 300 000 euros, ce trésor a été dispersé aux enchères à Angers le 29 septembre 2021. Résultat : 830 000 euros hors frais, et plus d'un million d'euros avec les frais de vente.

Une boîte coincée entre les pierres d'un mur

Tout commence en 2012, quand un couple achète ce manoir du pays bigouden, à l'ouest de Quimper. En 2019, il lance la restauration et confie les travaux à trois tailleurs de pierre, dont l'un est Compagnon du Devoir. C'est en plein chantier que la découverte tombe.

Le propriétaire, François Mion, 63 ans à l'époque, travaillait à Paris quand le chef de chantier lui a envoyé un message en fin de journée. Il a pris le premier train dès le lendemain avec son épouse pour constater que les pièces étaient bien là. Il a raconté la scène à France 3 Bretagne :

La boîte était encastrée dans le mur, coincée entre les pierres.

Cette première boîte renfermait, selon lui, environ 150 pièces d'or. Quelques jours plus tard, au-dessus d'une poutre, les artisans ont mis la main sur ce qui devait être une bourse contenant un second lot.

Le couple a déclaré la découverte. Le préfet du Finistère a alors mandaté le Service régional de l'archéologie préventive, chargé d'authentifier les pièces, de les analyser et de fouiller les archives. Ses conclusions : la partie la plus ancienne du manoir remonte au XIIIe siècle, et les derniers habitants connus y vivaient au milieu du XVIIIe siècle.

239 pièces frappées entre 1638 et 1692

Toutes les pièces ont été authentifiées : 23 datent du règne de Louis XIII, 216 de celui de Louis XIV. La plus ancienne a été frappée en 1638, la plus récente en 1692. Elles viennent de 19 villes différentes, à une époque où la monnaie était encore fabriquée dans de nombreux ateliers répartis partout en France, avant d'être centralisée à Pessac dans les années 1970.

Qui les avait cachées ? Personne ne le sait. Pour Florian d'Oysonville, commissaire-priseur chez Deloys Angers, l'ensemble est vraisemblablement le fruit d'une épargne, celle d'un riche commerçant ou d'un exploitant agricole. La région, alors prospère grâce au transport des vins de Bordeaux vers l'Angleterre et des céréales vers le nord de l'Europe, rend l'hypothèse plausible. Mais il s'agit d'une déduction d'expert, pas d'une certitude.

Plusieurs pièces sortaient de l'ordinaire. Un louis d'or à la croix des Templiers, frappé à Paris en 1640, était estimé entre 8 000 et 12 000 euros. Un double louis d'or à la mèche longue de 1646, frappé à Dijon, était donné à 15 000 euros : il est si rare qu'il ne figure pas dans le Gadoury, ouvrage de référence des numismates, et n'est répertorié que pour 120 exemplaires dans le Droulers. Ce n'est pas la première fois qu'un chantier fait ressurgir un tel magot : en Angleterre, un couple avait trouvé 264 pièces d'or sous le plancher de sa cuisine.

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Des enchères presque trois fois au-dessus de la fourchette haute

Le 29 septembre 2021, dès 14 h, chaque pièce a été vendue à l'unité, en salle, sur internet et au téléphone. L'estimation globale plafonnait à 300 000 euros. Le marteau s'est arrêté à 830 000 euros hors frais, soit près de trois fois ce plafond.

Les deux pièces vedettes ont battu tous les records de la vente : le louis d'or à la croix des Templiers et le double louis à la mèche longue ont chacun été adjugés 46 000 euros. Selon Barnebys, un double louis à l'écu de 1690, frappé à Troyes et estimé 2 700 euros, est parti à 24 400 euros. Le commissaire-priseur a résumé l'ambiance dans un communiqué :

Les enchères fusaient de partout, en salle, sur internet et au téléphone.

Dix-neuf pièces ont par ailleurs été préemptées par le musée de la Monnaie, à Paris. Au total, 235 pièces ont été vendues sur les 239 découvertes.

Qui a touché quoi ?

Le produit de la vente est partagé en deux : une moitié pour les trois artisans qui ont trouvé le trésor, l'autre pour les propriétaires du manoir. C'est la règle qui s'appliquait en France jusqu'en juillet 2016, et le manoir avait été acheté en 2012. Sur Demotivateur, un ouvrier qui avait déterré 34 lingots d'or avait lui aussi dû composer avec un partage.

Les montants nets versés à chacun n'ont pas été rendus publics dans les sources consultées. On sait seulement que la maison de vente touche environ 20 % sur chaque vente, et que les frais expliquent l'écart entre les 830 000 euros du marteau et le total de plus d'un million d'euros annoncé.

Les propriétaires, eux, ont gardé quatre pièces en souvenir.

Source : Ivoire Angers & AFP via Alouette

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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