Scott Goodfriend a mis douze ans à décrocher ce qu'il appelait son poste de rêve. Arrivé de Los Angeles à New York en 2011, producteur télé freelance fauché du East Village, il entre en 2016 chez Edelman, une grosse agence de communication, avant d'être recruté en juillet 2022 par Meta comme producteur en réalité augmentée. Huit mois plus tard, en février 2023, il fait partie d'une vague de licenciements.
Une activité de week-end née dans le métro
En parallèle, depuis des années, il traçait sur Google Maps des parcours de restaurants dans des quartiers qu'il ne connaissait pas : la cuisine bosniaque à Astoria, la communauté russe de Sheepshead Bay, Borough Park à Brooklyn. Des amis lui demandent de les emmener. Il estime avoir organisé entre 50 et 100 balades de ce type sur environ sept ans, gratuitement.
En 2019, il publie sa visite de Chinatown sur Airbnb Experiences. Elle grimpe rapidement dans les classements de la plateforme, puis le Covid arrête tout pendant plus d'un an. Il la remet en ligne en 2021. En 2022, alors qu'il travaille à plein temps chez Meta, cette activité du week-end lui rapporte plus de 30 000 dollars, environ 28 000 euros.
Un autre poste dans la tech, refusé
Après son licenciement, il reçoit une nouvelle proposition d'embauche. Il a alors environ 20 000 dollars, près de 18 500 euros, mis de côté sur le compte de son activité de guide, qu'il a toujours tenu séparé de son salaire. Il n'a pas eu à toucher à ses indemnités de départ. Il décline l'offre.
« J'ai décidé de couper le filet de sécurité début 2023 » (traduit de l'anglais, propos rapportés par CNBC).
Ce que rapporte vraiment l'entreprise
C'est là que les chiffres méritent d'être lus correctement. Chez Meta, son salaire était d'environ 200 000 dollars par an selon CNBC, 215 000 dollars selon Business Insider, soit autour de 185 000 à 200 000 euros. Une rémunération personnelle, nette de tout risque.
Les sommes citées depuis pour Ultimate Food Tours sont d'une autre nature : ce sont les recettes de l'entreprise, avant les guides à payer, la publicité et l'ensemble des charges. CNBC a chiffré plus de 145 000 dollars encaissés entre mai 2023 et mai 2024, soit environ 134 000 euros. Interrogé quelques mois plus tôt par Entrepreneur, il donnait un ordre de grandeur différent, sur une autre période de référence.
« Aujourd'hui, je génère environ 200 000 dollars par an » (traduit de l'anglais, dans Entrepreneur, avril 2024).
Aucune de ces sommes ne correspond à ce qu'il met dans sa poche. Les titres anglophones qui parlent d'un homme « gagnant 145 000 dollars » se trompent de catégorie comptable.
Le prix réel du changement
Le modèle est simple et vérifiable : six visites différentes réparties dans la semaine, 90 dollars par personne, repas compris, avec en moyenne six à huit participants par départ. Il a dû recruter pour encadrer les sorties et gérer la promotion.
Le temps de travail, lui, a doublé. Quand l'activité était accessoire, il y consacrait environ 20 heures par semaine. Depuis qu'elle est son métier, il déclare travailler entre 50 et 60 heures. Il dit ne pas regretter le confort du salaire, tout en assumant le choix.
Il a aussi transformé son goût pour l'histoire en outil commercial, avec une série vidéo consacrée aux origines de plats new-yorkais emblématiques, qui envoie des clients vers les restaurants qu'il fait visiter.
