Les spécialistes sont formels : mal dormir à côté de son partenaire ne veut pas dire qu'on est incompatibles, ce qui compte se joue au réveil

Une mauvaise nuit à côté de son partenaire ne condamne pas le couple. Deux spécialistes expliquent ce qu'il faut vraiment surveiller.

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Les premières nuits à deux ressemblent rarement à ce qu'on avait imaginé. L'un a trop chaud, l'autre veut dormir la fenêtre ouverte. L'un ronfle, l'autre se réveille au moindre bruit. Et au matin, après quelques heures de mauvais sommeil, une question s'invite : si l'on dort aussi mal ensemble, est-on vraiment faits l'un pour l'autre ?

Si vous vous êtes déjà posé la question, deux spécialistes interrogées par le magazine américain Real Simple ont une réponse rassurante : une mauvaise nuit ne suffit pas à juger un couple. Ce qui compte vraiment se joue après, une fois réveillés.

Le vrai signal, c'est la réaction de l'autre

Daniella Marchetti est psychologue clinicienne, spécialisée dans les troubles du sommeil. Elle intervient aussi comme experte pour Mattress Firm, une grande enseigne américaine de literie. Son avis est net (propos traduits de l'anglais) :

Je ne verrais pas le fait de mal dormir chez un nouveau partenaire comme un signe d'incompatibilité.

Un lit inconnu, des habitudes qui ne sont pas les siennes, un peu de trac : il existe beaucoup de raisons de mal dormir chez quelqu'un que l'on connaît depuis peu. La psychologue y voit surtout une bonne occasion de parler franchement des préférences de chacun, puis de chercher ce qui peut être ajusté.

Julie Nguyen, coach en relations amoureuses pour l'application de rencontre Hily, va dans le même sens. Elle parle de « compatibilité de sommeil » pour désigner des habitudes qui permettent aux deux partenaires de se reposer vraiment : la température de la chambre, l'heure du coucher, le bruit de fond. Pas besoin d'avoir les mêmes goûts, à condition que chacun récupère.

Pour elle, le point à surveiller n'est donc pas la nuit elle-même, mais ce qui se passe quand on aborde le sujet. Votre partenaire vous écoute-t-il ? Cherche-t-il une solution avec vous ? Cette capacité à régler le problème à deux en dit bien plus sur la relation que le nombre d'heures dormies.

Ronflements, couette, horaires : ce qui peut se régler

Encore faut-il être précis. La coach conseille de nommer ce qui gêne vraiment : les ronflements, les mouvements pendant la nuit ou le besoin d'avoir son propre espace. Une fois le problème identifié, les solutions sont souvent simples. Deux couettes au lieu d'une, des bouchons d'oreilles, des heures de coucher décalées, ou quelques nuits de moins passées ensemble.

Un cas mérite toutefois plus d'attention. L'Académie américaine de médecine du sommeil (AASM) rappelle que des ronflements importants peuvent être le signe d'une apnée du sommeil. Ce trouble toucherait près de 30 millions d'adultes aux États-Unis et ne serait pas diagnostiqué dans environ 80 % des cas. Si votre partenaire ronfle très fort, s'étouffe ou cherche son air en dormant, mieux vaut l'encourager à en parler à un médecin.

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Près d'un Américain sur trois a déjà fait lit à part

Quand rien n'y fait, certains couples choisissent de dormir séparément. Les Américains appellent cela le « sleep divorce », le divorce du sommeil. La pratique est loin d'être marginale. Selon une enquête de l'AASM menée en juin 2025 auprès de 2 007 adultes, 31 % des Américains disent y avoir eu recours, que ce soit dans un autre lit de la même chambre ou dans une autre pièce. Les 35-44 ans sont les plus concernés (39 %), les 65 ans et plus les moins nombreux (18 %).

La même enquête montre que 37 % des personnes interrogées se couchent à une autre heure que celle qu'elles voudraient pour s'adapter à leur partenaire. En France, la chambre à part reste plus rare : elle concerne environ un couple sur dix d'après les enquêtes de l'Ifop (8 % en 2015, 10 % en 2021).

Les deux spécialistes n'aiment pas beaucoup le mot « divorce », qui donne à un arrangement pratique des airs d'échec. Daniella Marchetti préfère parler de compromis. Elle rappelle que la séparation peut n'être que temporaire, par exemple le temps qu'un des deux partenaires suive un traitement contre l'insomnie, et que partager un lit et partager de l'intimité sont deux choses différentes. Plusieurs couples qui ont fait ce choix le racontent sans tabou.

Faire lit à part n'est pas pour autant la solution idéale pour tout le monde. En 2020, des chercheurs de l'université de Kiel, en Allemagne, ont fait dormir douze jeunes couples en laboratoire, ensemble puis séparément. Lorsque les partenaires partageaient le même lit, ils gagnaient environ 10 % de sommeil paradoxal, la phase des rêves, et celui-ci était moins haché, même s'ils bougeaient davantage. L'échantillon est petit, mais il suggère que la présence de l'autre peut aussi faire du bien.

La docteure Seema Khosla, porte-parole de l'AASM, résume l'enjeu dans le communiqué de l'organisme :

Un sommeil sain est essentiel à une relation saine, quelle que soit la manière d'y parvenir.

Source : American Academy of Sleep Medicine & Frontiers in Psychiatry

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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