À 14 ans, elle achève seule la maison commencée avec son père : 12 m², une baignoire, une mezzanine et 8 500 euros

À 12 ans, Sicily Kolbeck lance la construction de sa tiny house avec son père. Il meurt un mois plus tard. Elle achève seule les 12 m², pour moins de 10 000 dollars.

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Le devoir devait durer un trimestre. Il a duré un an et demi, et il a changé une famille. En 2012, Sicily Kolbeck a 12 ans, vit à Marietta, dans la banlieue d'Atlanta, et cherche désespérément un sujet pour le projet de fin d'année exigé par sa petite école indépendante. Elle tombe sur des forums d'autoconstructeurs de tiny houses. Elle n'a jamais tenu une perceuse. Son expérience du bâtiment se résume à un carton de téléviseur transformé en cabane. Elle décide de se construire une maison.

Un père marin, une fille de 12 ans, et des débuts compliqués

Son père, Dane Kolbeck, embarque avec elle. Pêcheur professionnel, marin, passionné de travail du bois, il possède l'outillage et le savoir-faire manuel. Ce qu'il n'a jamais fait, en revanche, c'est bâtir une maison. Encore moins en laissant une collégienne diriger le chantier.

Sa mère, Suzannah, qui enseigne dans l'école, devient chef de projet. Sicily, elle, garde les trois casquettes qui comptent : architecte, ouvrière et financeuse. Elle ouvre un blog baptisé La Petite Maison, clin d'œil aux cours de français que sa mère l'oblige à suivre, et lance une cagnotte en ligne avec un objectif de 1 500 dollars. Il est dépassé rapidement.

Elle dessine des plans maladroits, empile les versions, construit des maquettes à l'échelle, puis un nichoir pour apprivoiser les outils électriques. Le chantier démarre pour de bon en janvier 2013. Les premières semaines sont rugueuses. Dane a du mal à ne pas arracher la visseuse des mains de sa fille, et Sicily supporte mal de voir des mains d'adulte prendre le contrôle de sa maison. Ils commencent tout juste à trouver leur rythme.

Février 2013 : le chantier s'arrête net

Un mois après la première planche, Dane Kolbeck est tué dans un accident de voiture.

Ce qui suit ressemble à ce que vivent toutes les familles endeuillées. Des heures assises sur le canapé, des sanglots, des silences, des messages, des voisins qui défilent avec des plats. Sicily et sa mère jouent, selon l'estimation de l'adolescente, vingt millions de parties de gin-rami. Dans le jardin, l'ossature inachevée reste plantée là, visible depuis la fenêtre du salon.

Sicily lâche le projet. Elle décroche à l'école, abandonne le softball, s'éteint. Avec sa mère, elle part cinq semaines sur les routes, chez des amis, sans autre programme que de rouler.

La décision de finir ce qu'ils avaient commencé

Elles rentrent pour la rentrée suivante. Et Sicily décide de reprendre le chantier. Pas pour le devoir d'école, qui n'a plus aucune importance à ce stade. Pour autre chose.

« Je le fais pour lui montrer que je suis capable de faire des choses. »

C'est ce qu'elle explique à CNN, en évoquant ces moments où son père s'énervait parce qu'elle n'arrivait pas à se servir de la perceuse. La phrase résume tout le projet.

Un toit offert, un retraité pour l'électricité

Cette fois, elle ne construit plus à deux. Elle lance des appels à l'aide sur les groupes Facebook d'autoconstructeurs, et la communauté répond. Luke Bair, constructeur de métier et meilleur ami de son père, avait déjà retouché les premiers plans : il reste à ses côtés jusqu'au bout. Un couvreur pose la toiture gratuitement et obtient de son employeur le don des matériaux. Un retraité lui apprend à câbler la maison. Des professionnels lui montrent comment raccorder la plomberie de la cuisine et de la salle de bain. Sicily et sa mère finissent par connaître par leur prénom la moitié des employés de leur magasin de bricolage.

Le chantier avance par à-coups, entre les cours et les week-ends. En avril 2014, les dernières couches de peinture sont sèches, les rideaux gris sont posés, les coussins alignés. Sicily écrit sur son blog que sa maison est terminée. Elle a 14 ans.

Ce qu'il y a dans 12 mètres carrés

La maison mesure 128 pieds carrés, soit un peu moins de 12 mètres carrés, montée sur une remorque. Sur deux niveaux.

Au rez-de-chaussée : une cuisine équipée d'un réfrigérateur et d'un four format réduit, un coin salon, des placards et des rangements taillés au millimètre. Une salle de bain complète, avec toilettes et baignoire, raccordable à un système d'eaux grises. L'escalier qui monte à la mezzanine sert lui-même de rangement, et c'est l'élément dont elle est la plus fière : elle en montrait la photo à tout le monde sur son téléphone.

En haut, sous les combles, un lit deux places. Et une fenêtre qui n'a rien à faire là.

La fenêtre du bateau de son père

Plutôt que d'installer un châssis carré standard au-dessus de son lit, Sicily a récupéré un hublot du bateau de Dane et l'a monté dans la mezzanine. C'est la première chose qu'elle voit en se réveillant.

Sur un mur, elle a accroché un portrait de famille pris en 2006, le jour du mariage de ses parents. Elle a écrit sur son blog qu'un mur vide n'a pas besoin d'être rempli d'images sans signification, et qu'un espace doit raconter une histoire.

Luke Bair, lui, a une formule pour décrire ce que la maison représente. Selon lui, l'hommage n'est pas l'objet fini : c'est le fait de l'avoir construit. Le geste comptait davantage que le résultat, et il fallait qu'il soit accompli.

9 838,69 dollars, au centime près

Sicily a tenu ses comptes jusqu'au bout. La facture totale s'élève à 9 838,69 dollars, soit environ 8 500 euros. Une somme réunie par la cagnotte en ligne, les dons de matériaux et les coups de main gratuits, pour une maison habitable avec cuisine, salle d'eau et couchage.

À titre de comparaison, c'est le prix d'une citadine d'occasion. Et c'est moins que le coût moyen d'une seule année de loyer étudiant dans une grande ville française.

Une conférence TED, puis la Maison-Blanche

L'histoire sort très vite du jardin familial. Sicily est invitée à monter sur la scène d'une conférence TEDYouth à La Nouvelle-Orléans pour raconter aux autres adolescents la construction, mais aussi le deuil. Le Huffington Post lui commande un récit à la première personne. CNN débarque chez elle.

Puis, en juin 2014, la Maison-Blanche l'appelle. Barack Obama organise la toute première Maker Faire à Washington, et il veut la tiny house. Un constructeur, Teal Brown, se charge du convoyage. Après passage des grilles, inspection par les agents et manœuvre millimétrée dans une allée étroite, La Petite Maison est garée sous le portique de l'aile Est. Depuis le salon de réception, on la voyait par la fenêtre. Sicily en repart avec une photo aux côtés de Bill Nye.

C'était la première tiny house de l'histoire à stationner devant la Maison-Blanche. Une maison de 12 mètres carrés dessinée par une gamine de 12 ans.

Ce que la maison est devenue

La suite est plus prosaïque. Un premier convoyeur, engagé pour sortir la maison du jardin, n'y parvient pas et l'abîme au passage. Suzannah et Sicily quittent ensuite la Géorgie pour Baltimore, et La Petite Maison est installée dans le Delaware, à distance de week-end. Elle finit par être mise en vente.

Sur son blog, Sicily avait laissé une phrase qui a beaucoup circulé dans le milieu de l'autoconstruction.

« Si une fille de treize ans peut le faire, pourquoi pas vous ? »

C'est exactement la question que se posent aujourd'hui des milliers de gens coincés par les prix de l'immobilier. Ils sont de plus en plus nombreux à y répondre en construisant eux-mêmes, comme ce garçon de 13 ans qui a bâti seul ses 8 m² dans le jardin de ses parents pour 1 300 euros, ou cet adolescent de 17 ans qui a acheté une remorque et posé sa maison dessus. À une différence près : aucun d'eux n'a eu à finir le chantier sans la personne avec qui il l'avait commencé.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.