Il y a quelques années, la mère de Linda Barton et son mari étaient encore des octogénaires actifs. Aujourd'hui, cette Texane de 55 ans dit d'eux qu'ils sont devenus « des enfants ». Sa mère, atteinte de démence, ne peut plus s'occuper d'elle-même. Son beau-père, dont la santé a également décliné, se comporte selon elle comme un enfant de 6 ans. Elle a raconté leur quotidien à Business Insider, dans une enquête publiée le 27 septembre 2026 sur ces familles américaines qui préfèrent le jardin à la maison de retraite.
Le trajet pour aller les voir, une heure à l'aller et autant au retour depuis son travail, a fini par l'épuiser. Les accueillir sous son toit ? Impossible, faute de place. Elle a donc choisi une solution intermédiaire : les faire venir dans son jardin, dans les environs de Houston.
Deux tiny houses pour trois parents
Avec son mari, Justin, elle achète d'abord une tiny house pour 37 000 dollars, soit environ 32 000 euros. Poser la maison ne suffit pas : il faut des mois de travaux pour installer une fosse septique, tirer une ligne électrique, construire une rampe d'accès et équiper l'intérieur de l'essentiel. Sa mère et son beau-père peuvent ensuite emménager.
Un an plus tard, le couple recommence. Une seconde tiny house, achetée 43 000 dollars (environ 38 000 euros), rejoint le terrain pour accueillir Jimmy, le père de Justin. Au total, les Barton ont déboursé environ 80 000 dollars, soit près de 70 000 euros, pour l'achat des deux maisons. Le coût des travaux de raccordement n'a pas été communiqué.
Pour mesurer l'écart, il suffit de regarder le prix d'une maison de retraite aux États-Unis. Selon l'enquête annuelle de l'assureur CareScout, une chambre individuelle y coûtait en 2025 un tarif médian de 355 dollars par jour, soit 129 575 dollars par an, environ 114 000 euros. Autrement dit, les deux tiny houses des Barton ont coûté moins qu'une seule année d'hébergement pour une seule personne. Et ce tarif a bondi de 16,4 % entre 2022 et 2025.
Moins cher, mais loin d'être gratuit
Le calcul n'est pourtant pas si simple. Les trois parents ont besoin d'une présence régulière, et le couple a embauché des aides à domicile. Leur tarif reste inférieur à celui d'une résidence avec services pour seniors, ce qui rend la situation plus supportable. Mais Linda Barton se dit « noyée » sous les factures. Ni Medicare, l'assurance santé publique des plus de 65 ans, ni les services de soins palliatifs ne lui ont apporté beaucoup d'aide financière. Medicare ne couvre en effet que des séjours courts en établissement après une hospitalisation, pas l'accompagnement quotidien de longue durée.
Si nous ne payons pas d'aides-soignants, c'est notre travail que nous sacrifions dès qu'ils ont besoin de quelque chose. C'est épuisant, et nous avons peur de ne pas vivre assez longtemps pour connaître notre propre retraite, à cause du stress.
(Propos de Linda Barton rapportés par Business Insider, traduits de l'anglais.)
Elle estime malgré tout que l'arrangement fonctionne bien, pour elle comme pour ses parents. Elle peut veiller sur eux au quotidien tout en gardant une certaine distance, chacun chez soi.
Un phénomène qui prend de l'ampleur aux États-Unis
Les Barton ne sont pas un cas isolé. Face à l'envolée des coûts de la dépendance, des Américains construisent des petites maisons, rénovent des abris de jardin ou achètent des mobil-homes pour loger un parent âgé. Ces logements annexes portent un nom outre-Atlantique : les ADU, pour « accessory dwelling units », parfois surnommés « granny flats ». Au Texas, un autre couple avait construit lui-même une tiny house pour sa mère, pour moins de 28 000 euros.
En Californie, l'entreprise Villa, spécialisée dans ces constructions, indique que 75 % de ses ventes en 2026 concernent des foyers multigénérationnels, souvent pour s'occuper d'un proche. Mais tous les projets n'ont pas le budget modeste des Barton. Une ADU construite sur mesure coûte généralement entre 100 000 et 300 000 dollars, sans compter l'architecte, les raccordements et les permis.
À Long Island, Lena Koropey, 48 ans, fait ainsi bâtir une maison de 70 m² estimée à environ 450 000 dollars. Sa mère souffre d'Alzheimer à un stade avancé. Le plan est inversé : c'est la fille qui s'installera dans le jardin, pour laisser la maison principale à sa mère et à son aide à domicile à temps plein, facturée entre 520 et 550 dollars par jour. En Californie, Shalini Karnani Bonjour a, elle, engagé 475 000 dollars pour loger sa mère, veuve depuis 2024. Nous avions raconté son histoire il y a quelques semaines.
Une solution qui a ses limites

La plupart des familles interrogées par Business Insider, plus d'une douzaine, décrivent un parcours administratif pénible pour obtenir les permis. Certaines ont découvert des frais qu'elles n'avaient pas anticipés. D'autres regrettent leur investissement, leur proche étant parti peu après son installation. Mildred Warner, professeure d'urbanisme à l'université Cornell, rappelle que ces logements conviennent surtout quand les besoins de soins restent limités, ou quand un membre de la famille a le temps d'assurer une aide plus lourde. Dans les autres cas, une résidence adaptée aux seniors peut être plus pertinente.
L'histoire d'Alison George l'illustre. Cette habitante de Raleigh, en Caroline du Nord, a acheté une maison dotée d'une maison d'amis, dans laquelle elle a investi 45 000 dollars de rénovations pour y installer sa mère. Au début, celle-ci se débrouillait seule. Puis la maladie d'Alzheimer a progressé : médicaments pris de façon irrégulière, vie sociale qui s'étiole, jours de congé qui s'accumulent pour sa fille.
Après quelques années, sa mère est partie en résidence pour seniors autonomes, puis dans une unité spécialisée dans les troubles de la mémoire en 2021. En 2025, ses soins coûtaient 7 800 dollars par mois. À mesure que ses économies fondaient, Alison George a fini par la confier à un établissement financé par Medicaid, le programme public destiné aux plus modestes. La petite maison, elle, est toujours là, vide, sur sa pelouse.
Source : CareScout et Business Insider
