934 pièces d'argent, 3,1 kilos, près de 1 900 ans passés sous un champ de Wesseling, au sud de Cologne. Le trésor romain dévoilé le 22 septembre au LVR-LandesMuseum de Bonn est le plus important de l'époque de l'empereur Hadrien jamais découvert en Allemagne, et le cinquième au monde pour cette période, selon le service d'archéologie du Landschaftsverband Rheinland (LVR).
Celui qui l'a repéré à l'automne 2025 s'appelle Oliver Riedl. Ce père de famille, détectoriste amateur, n'est pourtant propriétaire d'aucune de ces pièces. Et l'argent qu'elles contiennent vaut à peine plus de 6 000 euros.
Un peu plus de 6 000 euros de métal, six ans de solde à l'époque
L'estimation vient de Rahel Otte, référente scientifique du service archéologique, citée par l'agence de presse allemande dpa. La valeur matérielle des 934 deniers dépasse tout juste 6 000 euros. Leur valeur scientifique, elle, est jugée immense, pour tout ce que ce dépôt permet d'apprendre.
Il y a 1 900 ans, la somme pesait autrement plus lourd. Un simple soldat de la légion gagnait 300 deniers par an, dont environ la moitié était retenue pour sa nourriture et son équipement. Il lui en restait donc 150. D'après le calcul du LVR, un légionnaire aurait dû économiser tout son argent disponible pendant environ six ans pour réunir le trésor de Wesseling.
Tous les trésors ne connaissent pas le même sort : dans le Finistère, le trésor découvert dans le mur d'un manoir est parti à plus d'un million d'euros.
Pourquoi le découvreur ne garde aucune pièce
En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, tout se joue dans la loi régionale sur la protection des monuments. Depuis une réforme entrée en vigueur en juillet 2013, elle contient ce que les Allemands appellent un « Schatzregal » : les trouvailles archéologiques présentant un intérêt scientifique deviennent la propriété du Land dès leur découverte. En contrepartie, une récompense est prévue pour le découvreur qui déclare sa trouvaille. Oliver Riedl en recevra une du ministère régional chargé du patrimoine, rapporte dpa, sans en préciser le montant.
Avant 2013, l'histoire aurait été différente. C'est le Code civil allemand qui s'appliquait : un trésor revenait pour moitié à celui qui le découvrait, pour moitié au propriétaire du terrain. Les juristes allemands parlent de « partage d'Hadrien », car cette règle remonte à l'empereur romain du même nom. Celui-là même qui régnait, de 117 à 138, lorsque les pièces de Wesseling ont selon toute vraisemblance été enfouies.
Le détectoriste, lui, était parfaitement en règle. Il possédait l'autorisation exigée pour prospecter, qui suppose de suivre une formation et d'obtenir l'accord des propriétaires des terrains.
Ce que son coup de fil a permis de sauver
Ce jour-là, Oliver Riedl sort de terre une pièce d'argent, puis une autre. À la quinzième, son appareil sonne toujours. Il arrête de creuser et alerte le service archéologique, comme nous le racontions au moment de l'annonce.
Les archéologues ont alors prélevé le dépôt dans un bloc de terre entier, radiographié à l'atelier de restauration du musée de Bonn. Les images ont révélé des fragments de céramique et des restes de paille : les deniers avaient très probablement été rangés dans un pot rembourré de paille. Selon Erich Claßen, directeur du service archéologique, c'est ce prélèvement en bloc qui a permis de recueillir de précieuses informations avant même de dégager les pièces.
Grâce à sa prudence, nous avons pu prélever ce dépôt dans les règles de l'art et dans son intégralité.
L'hommage est signé Erich Claßen (propos traduits de l'allemand). Les pièces elles-mêmes ont déjà livré une information étonnante : la plus ancienne a été frappée en 148 avant J.-C. Elle avait donc plus de 270 ans quand le pot a été enterré, et servait toujours à payer.
Tous les découvreurs n'ont pas ce réflexe. En Basse-Saxe, un autre trésor romain de 450 pièces d'argent, trouvé au détecteur en 2017 près de Hildesheim, n'a été signalé aux autorités qu'en 2025.
Et en France ?
Le cadre est différent. Le code du patrimoine soumet à une autorisation préfectorale l'usage d'un détecteur de métaux pour rechercher des objets pouvant intéresser l'histoire ou l'archéologie. Le ministère de la Culture précise que cette autorisation suppose une compétence scientifique et un projet de recherche. Toute découverte de vestiges doit par ailleurs être déclarée, quelle que soit la façon dont elle a été faite.
À Wesseling, une question reste sans réponse : qui a enterré ce pot, et pourquoi n'est-il jamais revenu le chercher ? Erich Claßen suppose que son propriétaire est mort sans avoir confié sa cachette à personne. Ses économies, elles, doivent rejoindre à partir de mars 2027 l'exposition archéologique permanente du musée de Bonn.
Source : APA/dpa via News.at & Euronews
