Pendant plusieurs décennies, les habitants du Finistère, en Bretagne, ont été témoins d’un phénomène pour le moins surprenant : des bouts de téléphones fixes à l’effigie de Garfield se sont échoués sur les plages.
Le hic ? Personne ne savait d’où ces objets provenaient, jusqu’à ce qu’un agriculteur de la région finisse par lever ce mystère, tristement devenu un symbole de la pollution marine au plastique.
Des téléphones Garfield s’échouent sur les plages bretonnes pendant 30 ans
Cette histoire, qui n’est pas sans rappeler les 28 800 jouets de bain perdus en pleine mer puis retrouvés en Alaska, remonte au début des années 1980.
Selon plusieurs sources de l’époque, dont Franceinfo, des morceaux de téléphone en forme du personnage culte issu de la bande dessinée signée Jim Davis s’échouaient sur les plages bretonnes après des tempêtes.
Ces fragments de plastique orange n’ont pas manqué d’attirer l’attention de la population. En 2001, l’association Ar Viltansoù a été créée par des habitants de la commune du Conquet.
Leur objectif ? Ramasser les déchets et autres débris sur les plages du littoral breton. Pendant 18 ans, des bénévoles, dont Claire Simonin, présidente de l’organisation, ont collecté des restes de ce téléphone en plastique à pratiquement chaque nettoyage.
En 2018, environ 200 pièces ont par exemple été récupérées sur le sable. Malgré toutes ces collectes, une question restait sans réponse : d’où venaient ces objets ?
Une chose était pratiquement certaine : les morceaux de téléphones orange étaient tombés d’un cargo qui les transportait.
Un agriculteur révèle l’emplacement du conteneur
Le voile entourant cette affaire a fini par être levé en 2019 grâce à René Morvan, un agriculteur originaire de Porsmoguer.
Cette année-là, cet homme avait croisé Claire Simonin sur une plage. Il lui avait alors confié quelque chose d’inattendu : il connaissait l’emplacement du fameux conteneur, à savoir une grotte marine située au pied d’une falaise de la plage de Porsmoguer, à Plouarzel.
Ce dernier l’avait découvert après une tempête, au début des années 1980. Le jour de cette trouvaille, René Morvan était avec son frère.
« Il fallait vraiment bien connaître le coin. On a trouvé un conteneur échoué dans une faille. Il était ouvert. Beaucoup de choses étaient parties, mais il y avait un stock de téléphones », a-t-il confié à Franceinfo en 2019.
Contre toute attente, le duo avait décidé de ne rien ébruiter. La raison ? Les deux craignaient de commettre une infraction.
Des morceaux de plastique orange coincés au fond d’une faille
Le 22 mars 2019, cinq bénévoles de l’association Ar Viltansoù ont mené une expédition dans la grotte. Ils étaient accompagnés de deux journalistes de Franceinfo venus immortaliser cette séquence.
Le groupe a dû patienter jusqu’à la grande marée basse pour se rendre dans cette cavité difficile d’accès. À l’intérieur, ils ont découvert les restes du conteneur au fond d’une faille d’environ 30 mètres de profondeur.
« Sous les blocs de rochers qui sont devant l'entrée de la faille on a trouvé 23 combinés complets avec l'électronique et les fils, il y en avait partout », avait indiqué la présidente de l’association.
Depuis cette trouvaille, des morceaux de téléphones Garfield continuent de s’échouer. Certains d’entre eux, notamment ceux présents dans la grotte, ne peuvent pas être récupérés car ils sont coincés sous d’énormes rochers.
Par ailleurs, le nom du navire et la date exacte de la perte de la marchandise demeurent inconnus. Selon certaines hypothèses, deux conteneurs seraient tombés à l’eau.
Une chose est sûre : l’affaire des téléphones Garfield est un triste exemple de pollution marine au plastique, à l'image de ce cargo chargé de cartouches.
« Derrière cette figure sympathique de Garfield, il y a une pollution plastique qui ne se dégrade pas dans l'océan et que nous allons encore subir durant des années », avait conclu Claire Simonin.
