On pensait que tous les oiseaux devaient se poser pour dormir : celui-ci reste dix mois en l'air sans jamais toucher terre

Le martinet noir peut rester dix mois d'affilée en vol sans se poser une seule fois. Une étude suédoise a suivi treize de ces oiseaux pour le prouver.

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Ils ont quitté nos villes il y a quelques semaines, dans un dernier concert de cris stridents au-dessus des toits. Les martinets noirs ne reviendront pas avant la fin du mois d'avril. Entre-temps, la plupart d'entre eux ne se poseront nulle part. Ni sur une branche, ni sur un fil, ni sur un toit africain. Pas une seule fois en dix mois.

L'idée paraît absurde : un oiseau qui mange, boit, mue, migre et dort sans jamais toucher terre. C'est pourtant ce qu'une équipe de l'université de Lund, en Suède, a mesuré et publié dans la revue Current Biology en octobre 2016.

Treize oiseaux, des capteurs miniatures et un résultat qui a surpris les chercheurs

Les scientifiques ont équipé treize martinets noirs de minuscules enregistreurs mesurant en continu leur activité de vol, leur accélération et la lumière ambiante, ce qui permet aussi de localiser l'oiseau. Verdict : ces martinets ne se posent que deux mois par an, au moment de la reproduction. Les dix autres mois, ils sont en l'air, y compris pendant la traversée du Sahara et tout leur séjour en Afrique subsaharienne.

Certains individus se posent brièvement la nuit en hiver, parfois une nuit entière. Mais cumulé, le temps passé au sol représente moins de 1 % de ces dix mois. Et plusieurs oiseaux de l'étude ne se sont pas posés une seule fois.

« Voler pendant dix mois est la plus longue durée enregistrée chez les oiseaux, c'est un record », expliquait Anders Hedenström, biologiste à l'université de Lund et premier auteur de l'étude, dans des propos rapportés par l'AFP.

Alors, quand dort-il ?

C'est la vraie question, et elle n'est pas entièrement tranchée. Les données montrent que chaque jour, au crépuscule et à l'aube, les martinets grimpent jusqu'à 2 000 ou 3 000 mètres d'altitude, puis redescendent en planant. L'hypothèse des chercheurs est qu'ils dorment pendant cette longue descente. Hedenström le dit lui-même sans détour : ils dorment peut-être en planant, mais rien ne le prouve encore.

Ce qui est prouvé, en revanche, c'est qu'un oiseau peut dormir en volant. En 2016 également, l'équipe de Niels Rattenborg, de l'institut Max-Planck d'ornithologie, a posé des électroencéphalogrammes miniatures sur des frégates du Pacifique aux Galápagos. Résultat : elles dorment bel et bien en vol, tantôt avec un seul hémisphère cérébral, tantôt avec les deux, donc les yeux fermés. Mais très peu : 42 minutes par jour en moyenne, par micro-siestes d'une douzaine de secondes, alors qu'à terre elles peuvent dormir douze heures d'affilée.

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Un corps entièrement fabriqué pour ça

Le martinet noir mesure 16 à 17 centimètres, file à 35 km/h en croisière et peut dépasser les 100 km/h en ville. Son nom scientifique, Apus apus, vient du grec apous, « sans pied ». Ses pattes sont si réduites que, selon la LPO, elles ne lui permettent pas de se percher sur un fil ou une branche, seulement de s'agripper à une paroi verticale.

Tout le reste se règle en vol : la chasse aux insectes, l'eau bue en rasant une surface ou sous la pluie, et même la collecte des matériaux du nid, attrapés au vol parmi ce qui flotte dans l'air. Le seul moment où il lui faut absolument un support, c'est la ponte et l'élevage des jeunes, dans une cavité étroite sous un toit ou dans une façade.

Et c'est précisément là que ça coince

Cet oiseau qui n'a presque pas besoin de la terre ferme dépend entièrement de nos bâtiments pour les deux mois où il s'y pose. Or les trous disparaissent : ravalements, réfections de toiture, isolation thermique par l'extérieur. Le martinet, lui, revient chaque année exactement au même trou.

La LPO avance une chute de 65 % des effectifs de martinets noirs en vingt-cinq ans en France, d'après le suivi STOC coordonné avec le Muséum national d'Histoire naturelle. L'espèce est intégralement protégée : détruire un nid ou perturber la reproduction est interdit, et des travaux sur une façade occupée nécessitent une dérogation. La recommandation est simple : pas de chantier sur les cavités occupées entre la mi-mars et la fin août, et des nichoirs intégrés à la façade quand les trous doivent être bouchés. À Aubervilliers comme ailleurs, des bailleurs l'ont fait lors de rénovations énergétiques, et les martinets sont revenus nicher.

La prochaine fois qu'une bande de silhouettes en forme de faucille traversera votre rue en criant, fin avril, vous saurez d'où elles arrivent : de dix mois passés en l'air.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.