La laisse à peine clipsée, le bras déjà tendu à l'horizontale, le chien qui tracte vers le premier réverbère : pour beaucoup de propriétaires, la promenade ressemble à une épreuve de force. On blâme alors le harnais, les odeurs, les autres chiens. Le dresseur espagnol Víctor Mañero propose de regarder ailleurs, à l'intérieur de la maison.
Invité du podcast espagnol López & López, l'éducateur, à la tête de la structure Adican à Madrid, a livré une analyse qui a beaucoup circulé dans la presse espagnole début septembre. Pour lui, un chien qui tire en laisse ne pose pas seulement un problème de promenade. Il envoie un signal sur son quotidien.
« Un excès d'affection » dans le lot
Le diagnostic du dresseur est direct, et il comporte un élément que peu de maîtres s'attendent à entendre :
Les chiens qui tirent sur la laisse ont sûrement, à la maison, un manque de règles, un manque de discipline, un excès d'affection, de permissivité et, surtout, un stress extrêmement élevé à la maison.
Trop de câlins, donc, au même titre qu'un cadre flou. Ce qu'il vise n'est pas l'amour que l'on porte à son animal, mais l'absence de limites qui l'accompagne parfois. Un chien à qui l'on cède tout à l'intérieur n'a aucune raison de changer de méthode une fois dehors.
Le stress est l'autre pièce du puzzle. Selon Víctor Mañero, l'empressement pendant la balade traduit un niveau d'anxiété élevé, au point que l'animal chercherait avant tout à quitter les lieux. Il résume : « Le chien a hâte de partir de la maison. Une anxiété de séparation. »
Un miroir de ce qui se passe à la maison
Le dresseur va plus loin et renvoie une partie de la responsabilité aux humains. « Le chien ressemble à son maître », affirme-t-il, cité par OKDiario. À ses yeux, ce que l'on tolère chez son chien reflète souvent ce que l'on s'autorise soi-même, et l'animal capte les émotions de son entourage pour les rejouer en promenade.
Son conseil découle de cette logique : avant de corriger le chien dans la rue, observer ses routines, les limites qui existent chez soi et la façon dont la famille interagit avec lui. Face à un comportement qui persiste, il recommande de consulter un professionnel, chaque chien étant différent.
Cette approche centrée sur les maîtres n'est pas isolée. En Suisse, la ville de Bâle impose des cours de dressage aux nouveaux propriétaires, avec au programme la marche sans tirer sur la laisse.
Une explication parmi d'autres
Faut-il en conclure que chaque chien qui tire est un chien trop gâté ? Non, et plusieurs spécialistes le rappellent. Le journal espagnol El Cronista, qui a relayé les propos du dresseur, cite l'organisme vétérinaire américain VCA Animal Hospitals : beaucoup de chiens tirent simplement pour explorer, parce qu'ils réagissent à un autre animal ou à une personne, ou parce qu'ils ont le réflexe de résister quand ils sentent une pression sur la laisse. Marcher au rythme d'un humain ne leur vient pas naturellement. Cela s'apprend.
En France, la SPA pointe aussi l'excitation, fréquente chez les chiens qui manquent d'activité au quotidien et arrivent à la promenade avec toute l'énergie accumulée dans la journée. Chez d'autres, c'est la frustration de ne pas pouvoir rejoindre un congénère qui les fait tirer davantage.
Beaucoup d'éducateurs insistent enfin sur un mécanisme simple : si tirer permet d'atteindre plus vite le buisson convoité, le chien retient que la technique fonctionne. Chaque traction récompensée renforce l'habitude.
Ce qui aide vraiment
Poser des règles ne veut pas dire punir. Les méthodes le plus souvent recommandées consistent à s'arrêter dès que la laisse se tend, à ne repartir que lorsqu'elle se relâche, et à récompenser les moments où le chien marche sans tirer, par une friandise, une attention ou le droit de renifler.
La cohérence compte autant que la technique. Si un membre de la famille laisse le chien tirer pendant que l'autre s'arrête à chaque traction, l'animal reçoit des messages contradictoires. Le calme avant de sortir est aussi recommandé : attendre que le chien se pose avant d'ouvrir la porte évite de démarrer la balade dans l'excitation.
Côté matériel, la SPA conseille de commencer avec un harnais anti-traction, dont l'attache se situe au niveau du poitrail et fait pivoter le chien sur le côté quand il tire. Les colliers étrangleurs, à pointes ou électriques sont en revanche à proscrire : ils font souffrir l'animal et peuvent abîmer sa trachée. Appliquées régulièrement, les bonnes méthodes donnent souvent des résultats en quelques semaines, y compris avec un chien adulte.
Source : Cronista
