Face à la gronde des femmes, le gouvernement polonais suspend la loi anti-avortement

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Le 22 octobre dernier, le gouvernement polonais votait en faveur de l’interdiction de l’avortement en cas de malformation du fœtus, une nouvelle qui a été très mal perçue par la population de ce pays qui applique déjà les lois anti-avortement les plus restrictives d'Europe.

Depuis cette décision, des manifestations d’une ampleur inédite ont fait rage aux quatre coins de la Pologne, à tel point que le tribunal constitutionnel local a fait le choix de suspendre la nouvelle réforme.

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Crédit : Grzegorz Zukowski / Shutterstock

Face à la pression populaire visible chaque jour dans les rues, les autorités ont fait un pas en arrière dans le durcissement de l’accès à l’avortement.

En effet, mercredi, le gouvernement habituellement mené d’une main de fer par le président ultraconservateur Andrzej Duda a annoncé renoncer à publier la loi votée en octobre au journal officiel. « Il y a une discussion au sein du gouvernement et il est bon que l'on se donne un peu de temps pour dialoguer et travailler sur une nouvelle position » a déclaré Michal Dworczyk, le chef de cabinet du Premier ministre.

Pour rappel, cette dernière prévoyait l’interdiction de l’avortement en cas de malformation du fœtus, réduisant ainsi ce droit aux seuls cas d'inceste, de viol et de mise en danger pour la santé de la mère. Pour réaliser l’impact colossal de cette loi auprès des femmes, il est nécessaire d’avoir à l’esprit que si elle était mise en application, elle rendrait impossible près de 98% des avortements légaux pratiqués chaque année en Pologne.

Des manifestations d'une ampleur inédite

Après plusieurs jours de marée humaine dans les rues et à force d’exprimer leur mécontentement, les Polonais ont donc obtenu la suspension de cette loi particulièrement liberticide, mais cela ne veut pas dire que cela sera réellement le cas dans le futur.

En effet, si l’ambiance est à l’apaisement, plusieurs analystes se posent des questions quant à l’authenticité de ce geste. Et la principale cause qui mène à cette réflexion est la crise sanitaire.

Vendredi dernier, par exemple, ce sont environ 100 000 personnes qui étaient rassemblées à Varsovie, au moment même où de nouvelles mesures pour lutter contre la propagation du Covid-19 étaient prises. Il faut dire que l’épidémie de coronavirus n’épargne pas le pays puisque 251 993 nouveaux cas ont été enregistrés au cours de ces depuis le 23 octobre, dont 27 143 dans la seule journée d’hier.

Crédit : Tomasz Kudala / Shutterstock

Crédit : Lena Ivanova / Shutterstock

Selon certains experts, la décision de suspendre cette loi aurait pour simple but d’éviter que les manifestations se reproduisent et non pas de l’annuler définitivement, ni même de la repenser. Olgierd Annusewicz, politologue à l'Université de Varsovie, a déclaré dans Les Échos : « ce délai ressemble à une manœuvre dilatoire, le gouvernement espère que les manifestantes vont se fatiguer ».

Il y a quelques jours, alors que la Pologne était plongée dans le chaos, le président a proposé une nouvelle adaptation Andrzej Duda de cette loi en gardant l’interdiction de l'avortement dans un cas de malformation du fœtus, sauf dans le cas où des tests médicaux établiraient une forte probabilité que le bébé soit mort-né ou touché par une maladie en phase terminale.

Un ajustement très léger qui n’a évidemment pas convaincu les défenseurs des droits des femmes. « C'est une proposition du genre : je vous ai volé 100 euros mais j'en rendrai 50 » a réagi la députée Katarzyna Lubnauer sur la chaîne d’info nationale TVN24.

Si la décision du gouvernement de suspendre la loi anti-avortement votée au tribunal constitutionnel le 22 octobre dernier, les Polonais ont donc de quoi se montrer vigilants en ce qui concerne l’évolution du dossier. Malheureusement, à ce stade, rien n’est encore gagné.

Source : POSITIVR
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