« C'est la culture de l'entreprise », quand des salariés de chez Ricard dénoncent la pression qu'ils subissent pour boire au travail

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Des salariés de Ricard dénoncent les pressionsqu’ils auraient subies pour boire au travail.

Pour eux, la coupe est pleine ! Trois personnes, dont l’une travaille toujours pour la société, dénoncent aujourd’hui la «pression permanente» qu’elles ont subie pour boire au travail, chez Pernod Ricard.

Instauré par leur hiérarchie, ce climat néfaste et malsain les aurait contraintes à sombrer dans l’alcoolisme, si l’on en croit des témoignages accablants, publiés ce lundi par nos confrères du Parisien.

Crédit photo : BalkansCat / Shutterstock

« C’est la culture de l’entreprise, si on dit non, on est mal vu »

Les intéressés, sous couvert d’anonymat, racontent ainsi comment l'alcool coule à flot au sein de l’entreprise qui recruterait ses commerciaux, en fonction de leur… seuil de résistance à l’alcoolémie.

«Mes collègues, qui m’avaient observé boire, m’ont expliqué qu’ils avaient analysé ma réaction à l’alcool, si je tenais ou non. La case était cochée», explique ainsi Amélie (le prénom a été changé) qui se dit aujourd’hui «broyée» et «anéantie».

Pourtant, tout avait commencé sous les meilleurs auspices pour cette bonne vivante qui se faisait une joie d’intégrer l’entreprise. Un «rêve», selon elle.

Mais elle va très vite déchanter. En cause, les cadences infernales imposées par la hiérarchie qui forcerait ses employés à boire au travail, ce que la société dément catégoriquement.

«C’est la culture de l’entreprise, si on dit non, on est mal vu (…) on me disait : de quoi tu te plains ? T’es payée pour faire la fête», affirme-t-elle.

Alors, soucieuse de faire bonne figure, elle se plie à ce règlement officieux et donne de sa personne, jusqu’au jour où son corps lui dit stop lorsqu’elle s’effondre dans l’école de son enfant, sous les yeux ébahis de ce dernier.

C’est la goutte d’eau ! Son médecin l’arrête pour «burn-out», non sans la prévenir du danger qui la guette. «Si vous continuez comme ça, dans trois ans, vous êtes morte», lui lance-t-il en guise d’avertissement.

« Si je refusais un verre, mon chef me disait : t’aimes pas les produits que tu vends ? »

Lorsqu’elle retourne travailler, elle décide donc naturellement de ne plus consommer d’alcool, en raison du traitement qui lui a été prescrit.

Mais, très vite, elle se heurte au cynisme de son patron. «À la fin de la réunion, il m’a dit : tu prends un Ricard ? Allez fais pas chier, t’es pas chez Perrier ici !», raconte-t-elle ainsi.

C’en est trop pour Amélie qui décide de saisir les prud’hommes. «C’est fini, je n’y retournerai plus. Les médecins m’ont dit que l’alcool m’avait grillé les neurones, j’ai des hallucinations et j’entends des voix», confie-t-elle dans son témoignage glaçant.

Cette ambiance délétère et propice à l’alcoolisme, Philippe (prénom également modifié) ne la connaît que trop bien.

Cet homme âgé de 50 ans, qui travaillait jadis pour la société, a choisi de témoigner et dénoncer ces pratiques pour éviter que des jeunes intègrent l’entreprise car, «ils risquent de devenir alcooliques, sans même s’en rendre compte », selon lui.

Son expérience fut marquée par le rythme des ferias, où il passait ses journées «à picoler de midi à 16h, puis de 21h à 2h du matin». Pire encore, lors de la fête de l’Humanité où «on buvait plus de 40 Ricard par jour», raconte-t-il encore.

Sa hiérarchie ne l’a jamais encouragé à lever le pied. «Au contraire, si je refusais un verre, mon chef me disait : t’aimes pas les produits que tu vends ?», se souvient le cinquantenaire qui porte encore les stigmates de cette période d’excès.

Source : Le Parisien
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