Ce papa syrien fait croire à sa fille que la guerre n'est qu'un jeu et lui apprend à rire à chaque bombardement pour la protéger

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Une séquence montrant un père faisant croire à sa fille qu'un bombardement n'est qu'un jeu inoffensif pour la préserver, en Syrie, a beaucoup ému la toile. Certains y ont vu une version moderne et réelle du conte de Roberto Benigni, « La vie est Belle ».

L’histoire de ce père qui apprend à sa fille à rire plutôt qu’à pleurer pendant les bombardements en Syrie, ne cesse d’émouvoir les internautes.

Tout est parti d’une vidéo devenue virale dans laquelle un père de famille syrien, prénommé Abdullah, tente de dédramatiser le quotidien de la guerre en inventant un jeu pour sa fille de 4 ans, qui doit rire quand elle entend une bombe tomber ou un avion vrombir.

Une manière pour cet homme, âgé de 32 ans, de rire de la situation autant que faire se peut et épargner ainsi à son enfant les affres de la guerre.

« Protéger l’état psychologique de Salwa »

Lorsque l’on regarde la vidéo - publiée le 16 février sur Twitter par un journaliste turc - on ne peut s’empêcher de penser aux personnages de Guido et Giosué dans le chef-d’œuvre « La vie est Belle » de Roberto Benigni, grand prix du jury à Cannes en 1999.

À ceci près que nous ne sommes pas en 1943 dans un camp de concentration nazi, mais à Sarmada en Syrie.

C’est là, à une cinquantaine de kilomètres de la ville d’Idlib - l’un des derniers bastions de l’opposition - qu’Abdullah, sa femme et leur petite Salwa se sont réfugiés après avoir fui leur village de Saraqeb, il y a quelques années.

Cette zone à risque est souvent bombardée par les troupes régulières de Bachar al-Assad. Des bombardements incessants que doivent subir les civils, presque habitués aux pilonnages.

C’est donc pour ne pas accepter la fatalité et rendre ce quotidien un peu moins morose qu’Abdullah a préféré inventer ce jeu pour sa fille.

« Nous avons décidé (avec sa femme) de procéder de cette façon pour protéger l’état psychologique de Salwa », explique ainsi Abdullah, que nos confrères du Parisien ont réussi à joindre.

« L’idée m’est venue de mon enfance. Quand j’étais jeune, je jouais avec des fusils jouets. J’ai donc pensé pouvoir dire à ma fille que ce qui se passe dehors, c’est une pièce de théâtre. Le son des explosions n’est qu’un jeu. Quand on entend un bombardement ou un grondement d’avion, on rit. Elle suppose alors qu’il s’agit vraiment d’un jeu », précise-t-il.

« J’observe beaucoup de problèmes psychologiques traumatisants chez les enfants syriens. Ils ne rient pas ou peu et ils ont peur pour la plupart. Je pense que jusqu’à présent, nous avons protégé notre fille », conclut-il.

Quant à l’avenir, Abdullah n’a aucune certitude et, lucide, ignore ce qu’il adviendra des siens.

Malgré son optimisme et la bulle de confort qu’il a construite pour sa fille, il n’est pas dupe et sait que cela ne durera pas, tant la situation demeure critique.

« Nous ne sommes pas en sécurité. Ma famille et moi avons atteint la ville frontalière de Sarmada mais le régime baasiste a parfois pris cette ville pour cible. Nous nous sommes échappés d’Idlib mais l’armée continue d’avancer », explique-t-il ainsi.

Il continuera néanmoins à protéger son enfant et à préserver son innocence, en l’éloignant le plus longtemps possible des considérations d’un conflit qui dure depuis trop longtemps.

Depuis mars 2011 et le déclenchement de cette guerre civile, au moins 600 000 personnes, dont 220 000 civils, auraient péri en Syrie.

Source : Mehmet Algan
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