Un projet visant à alimenter le commerce de la fourrure s’est transformé en catastrophe écologique.
Vous l’ignorez peut-être, mais des castors originaires du Canada introduits en Amérique du Sud dans les années 1940 détruisent les forêts. Un véritable fléau qui préoccupe les autorités.
L'Argentine introduit 20 castors canadiens dans des forêts reculées en 1946
Tout commence en 1946 lorsque vingt castors sont capturés au Canada. Ces grands rongeurs sont ensuite transportés en avion jusqu’à la Terre de Feu, une île située à l’extrême sud de l’Amérique du Sud, entre l’Argentine et le Chili.
Cette décision alors est celle du gouvernement du président argentin Juan Perón. À l’époque, le dirigeant souhaite que ces animaux s’adaptent à leur nouvel environnement et se reproduisent dans un but précis : développer l’industrie de la fourrure dans cette région économiquement peu dynamique, explique le magazine Scientific American.
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Le hic ? Les castors prolifèrent à la vitesse de l’éclair. D’autant plus que cette zone est propice à leur développement, sans compter l’absence de prédateurs, qui leur permet de se multiplier.
Résultat : ils envahissent les îles voisines avant de gagner les terres du Chili. 80 ans plus tard, leur population est estimée à environ 100 000 individus en Patagonie.
80 ans plus tard, ils se multiplient et ravagent les écosystèmes
Depuis leur arrivée en Amérique du Sud, les castors représentent une menace pour les écosystèmes locaux.
Sur place, ces animaux bâtisseurs se sont adaptés à leur environnement. Ils abattent des arbres pour construire des barrages, provoquent des inondations et submergent la végétation environnante.
Malheureusement, les arbres endémiques de la région ne repoussent pas après avoir été rongés ou inondés, ce qui entraîne des conséquences durables.
Selon Christopher Anderson, chercheur au Centre austral de recherche scientifique d’Argentine (CADIC), 50 % des forêts situées au bord des cours d’eau de la Terre de Feu seraient endommagées par les castors.
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Ce n’est pas tout. Les étangs créés par ces animaux retiennent davantage de matière organique, perturbant ainsi l’équilibre de l’écosystème. Une fois les castors partis, ils laissent derrière eux du bois mort, des marécages et des prairies envahies par une flore invasive.
Toujours selon Christopher Anderson, les castors seraient responsables de la plus grande transformation des forêts du sud de la Patagonie depuis la dernière période glaciaire.
Selon certaines estimations, ils auraient ravagé 40 000 hectares de forêt en l’espace de 80 ans.
Comment réparer cette erreur ?
Face à ce fléau, le Chili et l’Argentine ont créé un comité binational en 2006 visant à trouver des solutions pour éradiquer les castors et à restaurer les milieux naturels ravagés.
Depuis, des chercheurs étudient la possibilité de financer le reboisement grâce à des fonds issus de la compensation carbone. Une chose est sûre : le chemin vers la guérison s’annonce long et coûteux. Ailleurs en Argentine, la restauration des écosystèmes passe au contraire par la réintroduction du jaguar dans les marais d’Iberá.
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D’autant plus que le programme est confronté à un autre obstacle : convaincre les habitants de la nécessité d’éliminer les castors.
« Il est difficile pour les écologues spécialisés dans les espèces invasives d’expliquer aux gens que de beaux animaux peuvent représenter un problème majeur. Mignons ou non, ces animaux causent des dégâts considérables à d’autres espèces, et la seule solution à long terme est leur éradication », souligne le chercheur argentin Alejandro Valenzuela.
Avant d’ajouter :
« Ces animaux ne sont pas responsables. Le castor n’est pas le méchant de l’histoire. Les méchants, ce sont les humains. Nous essayons de réparer nos erreurs. »
Si les castors sont devenus nuisibles sur la Terre de Feu, ces animaux ont aussi fait des merveilles ailleurs, notamment dans une vallée aride des États-Unis, où ils ont construit des barrages bénéfiques pour l’environnement.
