Le centre de données d'intelligence artificielle Colossus 2 de xAI, la start-up d'Elon Musk, situé à Memphis, dans le Tennessee, fait face à de lourdes accusations de pollution atmosphérique et sonore massive.
Aux États-Unis, les centres de données d’intelligence artificielle sont en plein boom. Le pays concentre la plus grande part des infrastructures mondiales, mais fait désormais face à un retournement politique et citoyen sans précédent. Donald Trump a d’ailleurs payé cette tendance lors des élections midterm cette semaine, avec une cinglante défaite électorale.
Le rejet de la population et des nouveaux élus repose sur des critères écologiques et structurels devenus insoutenables à l'échelle locale.
Elon Musk au cœur de la tourmente
C’est notamment le cas du centre de données Colossus 2 de la start-up xAI, propriété d’Elon Musk, situé à Memphis, dans le Tennessee. En effet, pour contourner les délais de raccordement au réseau électrique et alimenter ses supercalculateurs, l'entreprise utilise une méthode controversée : la modification de moteurs de Boeing 747 convertis en turbines à gaz.
Crédit photo : Reuters
Ce sont huit turbines de moteurs d’avion General Electric autrefois montées sur des Boeing 747 et 767 que xAI exploite pour alimenter son immense centre de données Colossus 2. Si cette modification permet d’apporter jusqu’à 400 MW au site, les émissions inquiètent les associations environnementales avec déjà plusieurs procédures en cours.
C’est la société ProEnergy qui les a modifiées pour en faire des générateurs au gaz naturel capables de produire jusqu’à 50 MW chacun avec une puissance combinée de 400 MW. Pour donner un ordre de comparaison, c’est à peu près l’électricité qu’il faut pour alimenter 120 000 foyers.
Des moteurs de Boeing 747 qui polluent beaucoup trop
Bien malheureusement cette installation s’accompagne de sa pollution. Le permis du centre de données autorise un plafond de monoxyde de carbone deux fois plus élevé pour ces huit turbines que pour certaines autres installations du site et 25 % de composés organiques volatils en plus. On parle donc là de gaz qui dégradent la qualité de l’air et des documents parlent même du formaldéhyde, une substance cancérogène.
L’organisation étasunienne de défense de l’environnement Southern Environmental Law Center conteste l’autorisation accordée par l’État. Les avocats de l’organisme estiment que xAI a sous-estimé les rejets prévus et n’a pas démontré le respect de certaines limites. Ils critiquent également le choix de moteurs de Boeing reconditionnés alors que des turbines récentes émettent bien moins.
Le permis a été validé en mars dernier malgré une forte opposition locale. Et xAI est dans la tourmente depuis longtemps. Il y a plusieurs mois, l’association de défense des droits civiques NAACP et des associations environnementales ont attaqué l’entreprise en justice pour 27 turbines temporaires utilisées sans les permis fédéraux qu’elles jugeaient obligatoires.
Les habitants multiplient les recours en justice
Selon Reuters, 57 turbines à Southaven alimentent Colossus 2 et 30 d’entre elles pourraient rejeter près de 2 500 tonnes courtes d’oxydes d’azote et 4 000 tonnes courtes de monoxyde de carbone par an, en fonctionnant en continu à 80 % de leur capacité.
Le mois dernier, un juge fédéral a refusé d’écarter cette procédure. Mais les habitants aux alentours dénoncent aussi la situation avec un bruit constant, jour et nuit, à quelques centaines de mètres des maisons. En juin dernier, ce sont trois riverains qui ont lancé une action collective contre xAI et SpaceX pour nuisance sonore et perte de valeur immobilière.
Pour faire taire la grogne, Elon Musk a proposé de racheter plusieurs maisons du quartier Colonial Hills à proximité avec une clause qui interdit aux vendeurs de rejoindre la procédure. Pour l’homme le plus riche du monde, chaque problème a une solution toujours qualifiée en dollars.
