Sans avoir jamais planté un clou, elle construit sa maison avec ses 4 enfants grâce à YouTube : 325 m², 5 chambres et 112 000 euros

En 2008, Cara Brookins n'a pas les moyens d'acheter. Avec ses quatre enfants et des tutos YouTube, elle bâtit 325 m² en neuf mois pour 130 000 dollars. Sans expérience.

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Le week-end de Thanksgiving 2007, Cara Brookins conduit ses quatre enfants vers un chalet loué dans les monts Ozark, en Arkansas. Sur la route, ils dépassent une maison éventrée par une tornade. Les murs ont été arrachés, l'ossature est à nu, on voit tout : les montants, les gaines, la plomberie, l'isolant. La voiture ralentit. Et une idée complètement absurde s'installe dans la tête de cette mère de famille qui n'a jamais assemblé quoi que ce soit de plus gros qu'une étagère.

Un an et demi plus tard, elle et ses enfants emménageaient dans une maison de 325 mètres carrés qu'ils avaient bâtie de leurs mains.

Une maquette en brindilles et fil à coudre

Cara Brookins vient de quitter un mariage violent. Elle a quatre enfants à loger : Hope, Drew, Jada et Roman, respectivement 17, 15, 11 et 2 ans. Analyste informatique de métier, romancière à ses heures, elle cherche à acheter. Sans succès. Ce qui est dans son budget est trop petit, ce qui est assez grand est hors de portée.

Ce week-end-là, au chalet, la famille désœuvrée s'amuse à monter une maquette de maison avec des brindilles tenues par du fil à coudre. Le dimanche soir, la plaisanterie a changé de nature. Ils commencent sérieusement à envisager de construire.

Autour d'elle, personne n'y croit. Elle a raconté plus tard que pas une seule personne de son entourage n'a trouvé que c'était une bonne idée, à l'exception de ses propres enfants. Elle a tout de même acheté un terrain de 4 000 mètres carrés à Bryant, dans la banlieue de Little Rock, et décroché un prêt bancaire.

Sa méthode : YouTube le soir, chantier le lendemain

Nous sommes en 2008. Personne dans la famille n'a de smartphone, et YouTube n'a rien à voir avec la plateforme d'aujourd'hui. Le protocole est donc rudimentaire. Chaque soir, Cara tape une requête précise dans la barre de recherche. Comment couler une semelle de fondation. Comment monter un mur d'ossature. Comment encadrer une fenêtre. Elle regarde, elle mémorise, elle note les outils nécessaires. Le lendemain, sur le terrain, elle essaie de restituer ce qu'elle a vu.

Le reste s'apprend par l'échec. Elle a expliqué qu'ils avaient compris comment poser un bloc de fondation petit bout par petit bout, et qu'ils passaient un temps considérable à interroger les employés du magasin de bricolage du coin.

Chacun a son poste. Drew, l'aîné des garçons, dessine les plans et se charge de les faire valider par les services de la ville. Hope et Jada vont chercher l'eau dans un étang voisin pour gâcher le béton à la main, préparent les repas de l'équipe et surveillent Roman, 2 ans, qui adore jouer sur le chantier. Certains jours, la famille enchaîne près de vingt heures d'affilée, en calant le travail entre les cours et les emplois de chacun.

Des sacs plastique en guise de bottes

Le plus dur, ce sont les fondations. Physiquement et mentalement.

Elle a décrit à TODAY des enfants épuisés, trop faibles pour porter les blocs, pataugeant dans la boue. Ils n'avaient pas de chaussures de sécurité : ils enfilaient des sacs plastique par-dessus de vieilles baskets. Elle résume la situation d'un mot : ils étaient totalement impréparés.

Puis quelque chose bascule. Dans son livre, elle raconte que pendant qu'ils avaient les orteils gelés à mélanger le béton dans une brouette, le dos en compote à trimballer des madriers et la peau irritée par la laine de verre, ils étaient aussi en train de réparer une famille en morceaux.

« On a gagné du muscle. On a gagné de la confiance. On a réappris à rire. »

Une fois les fondations terminées, dit-elle, ils se comprenaient presque sans se parler.

Neuf mois, cinq chambres et 130 000 dollars

Le 31 mars 2009, la famille emménage. Neuf mois après le premier coup de pelle.

La maison fait 3 500 pieds carrés, soit environ 325 mètres carrés sur deux niveaux. Cinq chambres, une par enfant, ce qui était l'objectif de départ. Un garage trois voitures, un atelier, et une bibliothèque, parce que Cara écrit. Elle a baptisé l'endroit Inkwell Manor, le manoir de l'encrier. Dans le jardin, les enfants ont construit une cabane sur deux étages.

Ils ont posé les blocs, coulé le béton, monté l'ossature, maçonné les briques, tiré la plomberie et les conduites de gaz. La maison a passé l'inspection des services d'urbanisme sans réserve.

Facture totale du chantier : 130 000 dollars, soit environ 112 000 euros. Lors de la dernière estimation connue, le bien valait plus de 500 000 dollars, autour de 430 000 euros. Un écart qui s'explique simplement : ils n'ont payé que les matériaux et le terrain. La main-d'œuvre, c'était eux.

Ce que la maison a vraiment servi à construire

Cara Brookins n'a jamais présenté le chantier comme une opération immobilière. Pour elle, l'enjeu n'était pas d'avoir un toit, il était de redevenir une famille. Elle s'était persuadée que si ses enfants et elle étaient capables de bâtir une maison, ils seraient capables de se reconstruire.

C'est le message qu'elle adresse aujourd'hui aux femmes bloquées dans une relation violente, et il va à rebours de ce qu'on entend habituellement.

« Oubliez tout ce qu'on vous a dit sur les petits pas. »

Selon elle, avancer d'un centimètre par jour ne fonctionne pas dans ces situations. Il faut un saut, un acte disproportionné, quelque chose d'assez énorme pour se choquer soi-même. Pour eux, ça a été une maison. Pour quelqu'un d'autre, ce sera autre chose.

Un livre vendu aux enchères et deux milliards de vues

Pendant des années, la famille n'en a parlé à personne. Cara a expliqué qu'ils avaient honte d'en être arrivés là, financièrement et humainement, et qu'elle ne l'avait même pas dit à ses collègues de bureau. Elle n'avait aucune intention d'en faire un livre. Elle a fini par écrire, dit-elle, pour se débarrasser de cette honte.

Le manuscrit est parti aux enchères à New York et a été acheté par St. Martin's Press. Rise: How a House Built a Family sort en janvier 2017 et devient un best-seller. En quelques semaines, l'histoire fait le tour du monde : CNN, CBS, le New York Times, People, la BBC. Elle enchaîne les matinales de dizaines de pays. Les droits sont optionnés pour le cinéma et la télévision.

Reste la question que se posent tous ceux qui tombent sur cette histoire : est-ce reproductible ? En France, non, pas dans ces termes. L'autoconstruction intégrale d'une maison de 325 mètres carrés se heurte à l'assurance dommages-ouvrage, à la garantie décennale et aux normes thermiques, autant d'obstacles qui n'existent pas sous cette forme en Arkansas.

Mais le principe, lui, essaime. De plus en plus de gens décident de construire eux-mêmes plutôt que d'attendre un crédit qui ne viendra pas, comme cet adolescent de 13 ans qui a bâti seul ses 8 m² dans le jardin de ses parents pour 1 300 euros, ou ce Danois qui a démissionné pour monter seul sa cabane de 16 m² dans les bois. Cara Brookins, elle, avait une contrainte que les autres n'avaient pas : quatre enfants à installer avant l'hiver.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.