Elle n'avait jamais tenu une scie circulaire de sa vie. En 2020, Margo Fairchild décide pourtant de construire sa propre maison, seule, sur le petit terrain de sa mère en Virginie, aux États-Unis. Quinze mois plus tard, elle emménage dans 22 mètres carrés qu'elle a montés de ses mains, du premier panneau d'isolation à la dernière étagère. Facture finale : 43 779 dollars, soit près de 38 000 euros. Presque le double de ce qu'elle avait prévu.
Son témoignage, publié début août dans Business Insider, raconte une aventure beaucoup moins lisse que les émissions de rénovation qu'elle regardait avant de se lancer.
Une coque de cabanon transformée en maison
Le point de départ tient dans une livraison : une simple coque de cabanon, posée sur le terrain de sa mère, moins d'un demi-hectare. Pas de plafond, pas de puits de lumière, pas d'isolation, aucune structure intérieure. Ce sera son plus gros poste de dépense, et le début de quinze mois de travail.
Tout le reste, elle l'a fait elle-même : l'isolation des murs et du plancher, l'électricité, la charpente intérieure, chaque meuble. Sa méthode d'apprentissage tient en un mot, qu'elle emploie elle-même avec ironie : « l'université YouTube ». Elle avait tout de même passé plusieurs années à se documenter sur les techniques de construction avant de commencer.
Le rythme, lui, a été brutal. Des journées de 14 à 18 heures, souvent après son travail salarié et le week-end, sans interruption pendant plus d'un an.
« Ce n'était pas comme une émission de déco où le résultat final apparaît vingt minutes plus tard. J'étais dedans, je bossais dessus tous les jours. »
Elle raconte aussi les moments de doute, qui reviennent sans prévenir quand on est seule sur un chantier : « Je me demandais : est-ce que je peux vraiment faire ça ? Et puis je continuais. »
Le confinement lui a offert des collègues à l'autre bout du monde
Le chantier démarre en pleine pandémie. Impossible de faire venir qui que ce soit pour donner un coup de main. Margo Fairchild ouvre alors un compte Instagram pour documenter l'avancée des travaux, sans autre objectif que de se sortir la tête du guidon.
Le compte trouve son public. Des architectes et des constructeurs des Pays-Bas, du Japon ou de Portland commencent à lui écrire pour répondre à ses questions techniques. « Je ne me sentais plus seule », a-t-elle expliqué à la chaîne américaine WTVR. Sa mère, elle, jouait le rôle de supportrice en chef depuis la maison d'à côté.
La seule chose qu'elle a sous-traitée a tourné à la catastrophe
C'est le paradoxe de cette histoire. Sur l'ensemble du chantier, Margo Fairchild n'a délégué qu'un seul poste : la plomberie. Et c'est précisément celui qui a explosé.
L'entreprise qu'elle engage raccorde son installation à la fosse septique de la maison de sa mère. Le système entier lâche. Les eaux usées des deux habitations finissent par inonder le vide sanitaire de la maison maternelle. Il faut payer une autre société pour réparer, et sortir entre 7 000 et 8 000 dollars, soit environ 6 000 à 7 000 euros, sur une carte de crédit.
C'est en grande partie ce fiasco qui fait déraper le budget initial. Elle avait tablé sur un peu plus de 20 000 dollars. Elle en dépensera plus du double.
22 mètres carrés, une baignoire et un lit au-dessus de la table
Margo Fairchild emménage en 2022. Elle a alors 29 ans, elle est célibataire, et vivre chez sa mère commençait sérieusement à lui peser.
L'intérieur ressemble à un studio très optimisé : une pièce à vivre, une salle de bains équipée d'une vraie baignoire, une banquette de diner américain qui fait office de coin repas, et un lit en 160 installé en mezzanine juste au-dessus. Le tout dans une emprise de 12 pieds sur 20, soit à peine plus de 22 mètres carrés au sol.
Les inconvénients, elle ne les cache pas. Un espace aussi réduit se transforme en capharnaüm en quelques heures si on ne range pas. Et surtout, il n'y a pas de place pour un bureau ou un coin bricolage à l'intérieur. Une partie de ses affaires dort dans un box de stockage, ses vêtements d'hiver dans un placard chez sa mère.
Elle a récemment adopté une chienne, qui passe son temps dans ses jambes. Mais elle décrit le passage d'une maison classique à ces 22 mètres carrés comme quelque chose de plutôt libérateur.
« C'est agréable de se réveiller, de regarder autour de soi et de se dire : c'est moi qui ai fait ça. »
430 euros de loyer par mois, et le chantier s'est remboursé tout seul
Aujourd'hui, Margo Fairchild verse 500 dollars par mois à sa mère pour occuper le terrain, soit environ 430 euros. Ailleurs, elle estime qu'elle paierait entre 2 000 et 3 000 dollars, c'est-à-dire entre 1 700 et 2 600 euros. L'écart part directement sur son épargne retraite.
Mais le vrai retour sur investissement est venu d'ailleurs. Les vidéos du chantier, publiées au fil des mois, ont fini par être monétisées. En deux ans, ces revenus ont couvert la totalité du coût de construction de la maison. La visibilité lui a aussi ouvert les portes du monde de la décoration : elle coanime désormais Worst Yard on the Block, une émission de la chaîne américaine HGTV, et a lancé une activité de conseil en aménagement.
Pourquoi les jeunes se tournent vers les tiny houses
Margo Fairchild a sa lecture du phénomène, et elle est assez directe : les salaires de sa génération ne pèsent plus grand-chose face au prix de l'immobilier, comparé à ce que ses parents ou les générations précédentes pouvaient s'offrir. Elle estime aussi que beaucoup de trentenaires préfèrent mettre leur argent dans des expériences et des voyages plutôt que dans un crédit sur vingt-cinq ans.
Le schéma qu'elle a suivi, construire petit sur un terrain familial pour échapper au loyer, revient de plus en plus souvent. Une autre Américaine a quitté son appartement pour bâtir une tiny house de 28 m² sur le terrain de ses parents pour 39 000 euros. Une autre encore a fait l'inverse avec son mari, en construisant une tiny house pour sa mère au fond du jardin.
Son conseil à celles et ceux qui envisagent de se lancer tient en une phrase : trouvez un réseau de soutien, famille, amis ou forums en ligne, pour les jours où le doute prend le dessus. « Entendre quelqu'un vous dire "je l'ai fait, tu vas y arriver", ça change tout. »
Quinze mois de chantier, un budget qui double, une inondation et des nuits blanches plus tard, elle assure qu'elle recommencerait sans hésiter. « L'une des choses les plus dures que j'aie jamais faites, et l'une des plus gratifiantes. »
