5 jours après son amerrissage, le Starship de SpaceX flotte toujours dans l'océan Indien et les images sont impressionnantes

Cinq jours après son amerrissage dans l'océan Indien, le Starship de SpaceX flotte toujours au large de l'Australie. Une première qui change tout pour la suite du programme.

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SpaceX a l'habitude de récupérer des débris. Cette fois, l'entreprise récupère une fusée entière. Cinq jours après son amerrissage dans l'océan Indien, l'étage supérieur du Starship flottait toujours au large des côtes de l'Australie occidentale, intact, couché sur le flanc, noirci par la rentrée atmosphérique mais parfaitement en un seul morceau. Elon Musk a diffusé la vidéo, et elle a de quoi surprendre : un engin de 52 mètres de long qui se comporte comme une bouée géante.

Un 13e vol qui a tout changé

Retour au vendredi 24 juillet. Après deux reports, l'un lundi à cause de moteurs Raptor qui refusaient de s'allumer, l'autre jeudi pour cause de météo capricieuse, la plus grande fusée du monde décolle enfin de Starbase, la base de SpaceX dans le sud du Texas. Avec ses 124 mètres de haut, le Starship dépasse d'une bonne trentaine de mètres la Saturn V des missions Apollo.

Le décollage se passe à la perfection : les 33 moteurs du premier étage Super Heavy s'allument tous, ce qui n'était pas arrivé lors de l'essai précédent. La suite est plus contrastée. Au moment de freiner pour retomber en douceur dans le golfe du Mexique, le propulseur n'arrive à rallumer que 8 des 13 moteurs prévus. Il percute l'eau bien trop vite et explose.

Pendant ce temps, l'étage supérieur, celui qu'on appelle simplement Ship, poursuit sa route. Il largue 20 satellites Starlink de nouvelle génération, les fameux V3, placés sur une trajectoire suborbitale et donc voués à se consumer comme prévu. Puis il réussit un rallumage moteur dans l'espace de quatorze secondes, contre trois secondes lors des tentatives précédentes. Un détail technique en apparence, mais indispensable si l'engin doit un jour manœuvrer en orbite.

16 000 kilomètres plus loin, l'amerrissage parfait

Après plus de 16 000 kilomètres et une rentrée atmosphérique enveloppée de plasma, le Starship exécute sa manœuvre la plus délicate : un basculement à la verticale suivi d'un allumage de freinage à trois moteurs, puis deux, puis un seul. Et il se pose sur l'eau. Doucement.

Dans le direct de SpaceX, le porte-parole Dan Huot ne cache pas son émotion et lâche qu'il est en train de perdre la tête. Il parle d'un scénario de rêve et souligne que c'est la toute première fois que l'entreprise pose un Starship intact dans l'eau. L'entreprise a ensuite reconnu qu'il s'agissait de son amerrissage le plus doux jamais réalisé dans l'océan Indien. Quarante-cinq minutes plus tard, Elon Musk publie sur X que la fusée est intacte, qu'elle flotte et qu'elle continue de transmettre des données.

Les caméras embarquées ont d'ailleurs continué à filmer depuis la surface de l'eau, offrant des images que personne n'avait jamais vues. Et contrairement aux douze essais précédents, l'engin n'a ni explosé, ni pris feu, ni coulé dans la foulée.

Cinq jours plus tard, il flotte toujours

Le 28 juillet, SpaceX a publié une nouvelle photo de son vaisseau, toujours à flot dans l'océan Indien. L'engin repose largement hors de l'eau, la coque striée de traces de brûlures, avec une silhouette qui évoque autant un sous-marin qu'un orque échoué. Des équipes ont été envoyées sur zone pour le récupérer.

Cette survie prolongée est une aubaine pour les ingénieurs. Jusqu'ici, ils devaient reconstituer le comportement du bouclier thermique à partir de télémétrie et de débris. Là, ils vont pouvoir examiner de leurs propres mains les tuiles qui ont encaissé la rentrée atmosphérique. Musk a d'ailleurs salué publiquement la tenue du nouveau bouclier, longtemps le point faible du programme.

La prochaine fusée sera attrapée par une tour

C'est la conséquence la plus concrète de ce vol. Quelques heures après l'amerrissage, Elon Musk a annoncé que l'atterrissage avait été si précis que la fusée aurait pu être saisie par les bras de la tour de lancement. Sauf mauvaise surprise lors de l'analyse des données, SpaceX tentera donc cette manœuvre dès le prochain vol.

Ce serait une première mondiale. L'entreprise a déjà rattrapé son propulseur Super Heavy à trois reprises, lors des vols 5, 7 et 8, mais elle n'avait jamais tenté le coup avec l'étage supérieur. Musk avait lui-même posé une condition il y a quelques mois : pas de tentative de capture tant que le risque de voir l'engin se désintégrer au-dessus des terres habitées ne serait pas très faible. Le vol 13 vient de faire tomber cet obstacle.

À noter que SpaceX n'est plus seule sur ce créneau : le 10 juillet dernier, l'agence chinoise CALT a réussi à son tour la capture d'un propulseur, devenant la seule autre entité au monde à y parvenir.

Le compte à rebours lunaire est lancé

Aucune date n'a encore été fixée pour le 14e vol. SpaceX espère disposer d'un Starship pleinement opérationnel dès 2027, et la pression est réelle : la NASA compte sur une version dérivée de l'engin pour reposer des astronautes sur la Lune vers 2028, dans le cadre du programme Artemis. L'atterrisseur Blue Moon de Blue Origin reste également en lice pour cette mission.

Il reste beaucoup à faire. Après treize vols d'essai et trois ans de campagne, le Starship n'a toujours pas bouclé une seule orbite complète autour de la Terre. Il devra ensuite démontrer sa capacité à faire le plein en orbite, un exercice de ravitaillement jamais tenté à cette échelle. Quant à l'objectif affiché par Elon Musk d'une colonie humaine permanente sur Mars à l'horizon 2050, il relève encore largement de la déclaration d'intention.

Mais pour la première fois depuis le début du programme, une fusée Starship est revenue de l'espace entière. Et elle attend qu'on vienne la chercher.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.