Grâce aux manœuvres audacieuses de la sonde Juno, la NASA a découvert qu’elle s’était trompée sur la taille de la planète Jupiter.
Plus grosse planète du système solaire, Jupiter est en réalité plus petite que l’on pensait. Jusqu’à présent, nos connaissances reposaient sur les données des sondes Pioneer et Voyager, lancées dans les années 70. Ces ancêtres de l’exploration spatiale n’avaient fourni que six points de données exploitables lors de leurs survols rapides. C’était une estimation grossière, suffisante pour l’époque, mais lacunaire pour la science moderne.
Ainsi, la NASA a envoyé la sonde Juno en 2016, en orbite autour de Jupiter. Après la prolongation de la mission en 2021, les ingénieurs de la NASA ont modifié sa trajectoire pour qu’elle réalise une manœuvre inédite : passer derrière Jupiter par rapport à la Terre.
Cette manœuvre est appelée une occultation. La sonde envoie des signaux radio vers la Terre alors qu’elle disparaît derrière la planète. Juste avant que le signal ne soit coupé par la masse de Jupiter, les ondes radio traversent la haute atmosphère (l’ionosphère).
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En analysant comment ces ondes sont tordues, ralenties et déviées par le gaz, les scientifiques peuvent déterminer avec une précision chirurgicale où commence « physiquement » la planète. Là où Voyager nous avait donné une esquisse, Juno nous offre une scanographie haute définition avec 26 nouvelles mesures précises.
Une planète plus applatie !
Au final, Jupiter s’avère légèrement plus petite et plus aplatie que prévu comme ils le révèlent dans une étude publiée dans la revue Nature Astronomy. Elle a « fondu » de 8 km en diamètre, avec un rayon à 1 bar de 71 488 km au niveau de l’équateur, et a perdu 24 km en hauteur (avec un rayon polaire désormais évalué à 66 842 km).
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À l’échelle de la planète, c’est finalement une nano réduction de sa taille, et sa forme est plus comparable à une mandarine écrasée qu’à une sphère. Enfin, la précision de la mesure qui a grandement été améliorée, avec une incertitude de 400 m seulement.
« Il va falloir mettre à jour les manuels scolaires. La taille réelle de Jupiter n’a pas changé, bien sûr, mais c’est la façon dont nous la mesurons qui a changé. »
Si la différence reste subtile, elle n’est pas dénuée d’importance pour les planétologues. Parce que la forme et la taille de la planète donne des indices sur sa composition
« Lorsque nous mettons toutes les contraintes que nous avons sur le champ de gravité de la planète, nos modèles aboutissent à une planète dont l’enveloppe devrait contenir très peu d’éléments plus lourds que l’hydrogène et l’hélium. Or ce n’est pas ce que nous observons. Nous cherchons donc des solutions. Peut-être l’intérieur est-il un peu plus chaud que ce que nous pensons. Le fait que Jupiter soit un peu plus dense qu’estimé précédemment ne résout pas tout à fait le problème, mais cela nous autorise à mettre un peu plus d’éléments lourds dans nos modèles, ce qui va dans le bon sens. »
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Ces nouvelles mesures pour Jupiter donnent aussi l’espoir de mieux comprendre à l’avenir les profils de planètes comme Uranus et Neptune, le jour où des missions pourraient s’y rendre. Une question reste en suspens cependant. Si Jupiter est plus plate qu'on pensait, existe-t-il des "sphéristes" ?
