Des orques attrapent un poisson de 2 tonnes par la queue et le font exploser en milliers de morceaux : les scientifiques n'avaient jamais vu ça

Deux orques ont été filmées en train de faire exploser un poisson-lune de plusieurs centaines de kilos dans le golfe de Californie. Un comportement jamais décrit.

Ajouter Demotivateur en favori sur Google

Katy Ayres était dans l'eau, caméra à la main, quand tout s'est joué en quelques secondes. La biologiste marine a vu une orque femelle tenir fermement un énorme poisson-lune par la nageoire caudale. Puis un mâle est arrivé des profondeurs, lancé à pleine vitesse. Juste avant l'impact, la femelle a lâché prise.

Le choc a été si violent que le poisson a littéralement volé en éclats. Des milliers de fragments se sont dispersés dans la colonne d'eau, comme des confettis. Et un bruit sourd, écœurant, a traversé toute la baie.

« Oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu », a crié la chercheuse dans son tuba, incapable de se retenir.

Un comportement que personne n'avait jamais décrit

La scène s'est déroulée dans le golfe de Californie, au large de San José del Cabo, en Basse-Californie du Sud (Mexique). Elle fait aujourd'hui l'objet d'une étude publiée dans la revue scientifique Frontiers in Ethology, le 23 juillet 2026.

Les auteurs ont donné un nom à cette technique : le « ram-to-fragment », que l'on pourrait traduire par « percuter pour fragmenter ». Une orque maintient la proie, une autre la percute à grande vitesse, et la chair se désintègre.

« Nous documentons comment une orque tient le poisson-lune et le relâche juste avant qu'une autre orque le frappe à grande vitesse, provoquant l'éclatement des tissus en des milliers de morceaux », résume Kathryn Ayres, chercheuse à l'organisation Beneath The Waves et exploratrice National Geographic, qui signe l'étude.

Deux événements distincts ont été analysés. Le premier a été filmé en juillet 2024, en caméra sous-marine. Le second a été capté en septembre 2025 par un autre opérateur touristique, cette fois au drone. Un troisième témoignage, plus ancien, remonte à décembre 2021 : c'est celui d'Erick Higuera, biologiste marin chez Conexiones Terramar et coauteur de l'étude.

« L'énergie de l'impact était stupéfiante », se souvient-il. Sur le moment, il n'avait pas compris ce que faisait l'orque qui retenait le poisson. C'est en revoyant les images qu'il a réalisé : « C'était clairement une cible directe. C'était intentionnel. »

Le poisson-lune, un géant sans défense

Il faut imaginer la taille de la victime. Le poisson-lune à queue pointue (Masturus lanceolatus) fait partie des poissons osseux les plus lourds de la planète. Certains individus dépassent les 3 mètres de long et peuvent peser jusqu'à 2 tonnes.

« Les poissons-lunes comptent parmi les poissons les plus étranges de l'océan », explique Katy Ayres. Un corps aplati, une silhouette de disque géant, une nageoire arrière qui dépasse comme une poignée. C'est précisément cette excroissance, appelée clavus, qui semble offrir une prise idéale aux orques. Elle est plus proéminente chez cette espèce que chez les autres poissons-lunes, et c'est la seule que les scientifiques ont observée dans ce type d'attaque.

Autre détail qui a son importance : ces poissons remontent régulièrement en surface pour se réchauffer ou se débarrasser de leurs parasites. Ils y deviennent des proies faciles. « C'est un poisson pratiquement sans défense », note Erick Higuera.

Point crucial relevé par les auteurs : dans les deux cas filmés, le poisson était déjà mort. Le groupe d'orques l'avait tué en amont, selon leur méthode habituelle, en s'attaquant d'abord aux nageoires pectorales avant d'ouvrir le corps pour consommer les organes. La collision spectaculaire n'était donc pas le coup fatal.

La suite après cette vidéo

Alors pourquoi faire exploser un poisson déjà mort ?

C'est là que les chercheurs divergent.

Première hypothèse : découper le repas pour les petits. Juste après la fragmentation, un jeune individu s'est immédiatement mis à avaler les petits morceaux flottant autour de lui. « Je me suis demandé si les adultes ne cassaient pas le poisson-lune en portions plus faciles à gérer », raconte Katy Ayres. Un peu comme un parent qui coupe la viande dans l'assiette de son enfant.

Deuxième hypothèse : le jeu, tout simplement. « Les orques sont extrêmement intelligentes et sont connues pour jouer avec leurs proies », rappelle la chercheuse. Ces jeux renforceraient les liens sociaux du groupe et permettraient aux plus jeunes d'affiner leurs réflexes de chasse.

Olaf Meynecke, écologue marin à l'université Griffith en Australie, qui n'a pas participé à l'étude, doute de la piste alimentaire. Selon lui, une orque peut très bien tuer et partager ce poisson sans le détruire ainsi. Il souligne en revanche la performance technique : « Ce comportement exige une coordination détaillée, incluant communication, orientation et synchronisation. » Autrement dit, une leçon transmise de génération en génération.

Erick Higuera avance une troisième piste, plus surprenante. Les tissus gélatineux du poisson-lune contiennent beaucoup d'eau, et leur éclatement pourrait libérer des micro-organismes et modifier la composition nutritive de l'eau environnante. Une sorte de shaker protéiné naturel pour les jeunes orques. « Nous, on prend des compléments pour renforcer notre corps », compare-t-il. Une théorie que Meynecke juge pour l'instant difficile à démontrer.

Un sanctuaire à protéger

Au-delà du mystère, les scientifiques insistent sur un point concret. Identifier les zones où les orques transmettent leurs techniques de survie à leurs petits permet de repérer des habitats critiques à protéger. Le golfe de Californie, surnommé « l'aquarium du monde » par le commandant Cousteau, en fait clairement partie.

Reste que ces rencontres tiennent du miracle. « La réalité, c'est que voir des orques ici n'est absolument pas garanti », conclut Katy Ayres. « Et je crois que c'est justement ce qui rend ces moments si spéciaux. »

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.