« À partir de combien de preuves commence un crime ? » : La lettre ouverte de Yann Moix à Emmanuel Macron interpelle

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Ce dimanche 21 janvier, Yann Moix, écrivain et chroniqueur pour On n'est pas Couché, a publié une lettre ouverte, sur Libération, coup de poing adressée à Emmanuel Macron, pointant du doigt des « actes de barbarie » perpétrés à Calais, sur les migrants.

À la lecture de sa lettre ouverte, on peut facilement croire qu'il en avait gros sur le cœur depuis un moment et qu'il attendait les preuves nécessaires pour interpeller le président de la République quant au traitement réservé aux exilés de Calais. « Monsieur le président de la République, chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez 'migrants' : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin ». Dès les premières phrases, le ton est donné, la colère apparente et les revendications nombreuses.

Et si Yann Moix, connu pour sa rhétorique sans pareille, mobilise sa plume pour éveiller la conscience du chef de l'État, il n'est pas le seul à affirmer que le quotidien des migrants oscille entre actes de violence et conditions indignes. En effet, la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) avait alerté le gouvernement sur le traitement des personnes migrantes. Des déclarations qui viennent appuyer les propos de l'écrivain : « les instructions données par le ministère de l’Intérieur se sont traduites sur le terrain par des formes de harcèlement de la part des forces de l’ordre à l’encontre des personnes migrantes. Ces violences - destruction systématique des abris, projection de gaz sur les migrants adultes et enfants, sur leur nourriture et leurs vêtements…. - ont été dénoncées et documentées à maintes reprises par les associations notamment à Paris, à Calais et dans la vallée de la Roya » avait écrit la CNCDH lors de sa déclaration le 17 octobre 2017. De son côté, Yann Moix affirmait que « des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé. »

Entrave à l'aide humanitaire

À ces affirmations, s'ajoute l'accusation d'entrave aux aides pour les réfugiés. Yann Moix accuse le manquement du Président aux promesses faites aux associations, déplorant ainsi le fait que « ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites (...) ces associations préfèrent l’aide que vous leur avez ­refusée à celle que vous leur promettez. À Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas ». Mais si Yann Moix accuse, Catherine Lazerges, le 24 février 2017, affirmait déjà. Présidente de la CNCDH, elle avait écrit une lettre à Bernard Cazeneuve, premier ministre à l'époque. Une lettre qui ne fait que confirmer les dires et les inquiétudes de l'écrivain quant à la situation des réfugiés.

Pire encore, elle dénonçait l'intention du gouvernement d'empêcher les associations de donner aux migrants de Calais, de quoi accéder à des conditions de vie ne serait-ce qu'un peu moins insalubres ; « les hommes et les femmes qui développent des actions concrètes de solidarité sont surveillés, contrôlés, interpellés, parfois poursuivis en justice. En particulier depuis quelques jours, des mesures d'entrave graves sont dirigées, par exemple, à l'encontre de l'action du Secours Catholique à Calais : une benne à ordures a été déposée illégalement devant l'entrée de l'association, des salariés et des bénévoles sont interpellés. Plusieurs mineurs ont été - sur quelle base ? - arrêtés et amenés au commissariat alors qu'ils s'apprêtaient à entrer dans les locaux de l'association pour se laver ». 

www.cncdh.fr

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Enfin, la CNCDH précisait que « ces atteintes portées aux droits fondamentaux constatées sur le terrain et l’absence de réponses efficientes des pouvoirs publics conduisent à une détérioration de la confiance démocratique et contribuent à nourrir un sentiment de xénophobie. »

La préfecture de Calais dément

Si ces révélations, soutenues par Yann Moix et la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme, ont été reportées, critiquées et semblent trouver sens lors de plusieurs documentaires, la préfecture de Calais ne s'est pas fait attendre pour démentir les propos de l'écrivain. Ainsi, la préfecture rappelle que « le gaz lacrymogène est utilisé pour mettre fin également aux tentatives de montées dans les poids lourds. Il ne se fait pas en direction des points d'eau ou pendant la distribution des repas » et de rajouter que « les policiers n'exercent pas de violences physiques à l'encontre des migrants ». Des affirmations en lien avec ce qu’Emmanuel Macron avait déclaré concernant les violences policières à l'encontre des exilés : « Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» 

De son côté, Yann Moix n'a pas hésité a révélé la colère du préfet à son encontre, déclarant que « le préfet du Pas-de-Calais m’a appelé, furieux, osant se réclamer de Jean Moulin , mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix , cesse de faire la guerre aux martyrs vivants ».

Et de finir, n'hésitant pas à provoquer un peu plus le Président, certain de détenir toutes les vérités : « A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une « fake news », vous nous rappelez de manière salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, ­arrive Pinocchio. » Et de finir avec un phrasé qui témoigne de son amertume :  « Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour diffamation , la postérité portera plainte ­contre vous pour infamie. » 

Source : Libération
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