Décès de Jacques Chirac : retour sur ses plus belles punchlines et autres moments cultes

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Jacques Chirac est décédé ce jeudi à l’âge de 86 ans. Outre sa carrière politique bien remplie, l’ancien président de la République – en poste de 1995 à 2007 - laissera le souvenir d’un homme au verbe acéré et spontané, qui a gratifié la sphère politico-médiatique de quelques punchlines et autres cocasseries dont il avait le secret. Petit florilège.

Véritable animal politique, autant respecté par ses pairs que ses adversaires, Jacques Chirac est et restera, à n’en pas douter, l’une des figures majeures de la Cinquième République.

De ses inénarrables joutes verbales avec son rival de toujours, François Mitterrand, à ses petites phrases assassines, en passant par ses attitudes grivoises et parfois drôlement maladroites, l’ex-chef de l’État n’avait pas son pareil pour dégainer sa gouaille dès que l'occasion se présentait.

Certaines de ses formules sont d’ailleurs passées à la postérité pour le meilleur et, parfois, pour le pire.

1 – Un duel de « Messieurs » avec Mitterrand, en avril 1988

Aux yeux de beaucoup d’observateurs, ce fut le summum de l’affrontement politique entre les deux hommes.

Lors de ce débat télévisé d’avril 1988 resté dans les annales, Jacques Chirac – alors Premier ministre – affronte le président en poste François Mitterrand dans la dernière ligne droite qui conduira les deux protagonistes au second tour de l’élection présidentielle.

Alors que la tension est palpable sur le plateau, l’ancien maire de Paris tente de déstabiliser son adversaire, en remettant les deux candidats sur un pied d’égalité avec une phrase restée célèbre :

« Permettez-moi juste de vous dire que ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n’êtes pas le Président de la République. Nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des Français, le seul qui compte. Vous me permettrez donc de vous appeler Monsieur Mitterrand. ».

Ce à quoi François Mitterrand répondra avec brio, et non sans une certaine ironie : « Vous avez tout à fait raison… Monsieur le Premier ministre ».

Une manière de remettre son interlocuteur à sa place sans effusion de « sang ».

Autre temps, autres mœurs diront certains.

2 – Quand la « dame de fer » devient « mégère »

Toujours en 1988, en plein sommet européen à Bruxelles, Jacques Chirac et son homologue britannique Margaret Thatcher s’écharpent sur la question d'un remboursement de certaines contributions du Royaume-Uni, lors de pourparlers relatifs au budget de la politique agricole commune.

Alors que chacun campe sur ses positions et que l’échange prend fin, l’ancien président se livre alors à une saillie qui provoquera par la suite l’ire de la presse anglaise.

Pensant son micro débranché, il déclare en effet à propos de la « dame de fer » : « Mais qu’est-ce qu’elle me veut de plus cette mégère ? Mes couilles sur un plateau ? ».

Si de nombreuses sources affirmaient à l’époque que le terme employé était « ménagère », Jacques Chirac, lui-même, confirmera plus tard avoir bien utilisé le mot « mégère ».

3 - « Le bruit et l’odeur » font grincer des dents

C’est l’une de ses plus célèbres citations, si ce n’est la plus connue, tant elle aura fait couler beaucoup d’encre.

Bien que la levée de boucliers de l’époque ne soit en rien comparable à ce que de telles paroles auraient pu provoquer, si elles avaient été prononcées aujourd’hui, cette petite phrase sur l’immigration, lâchée lors d’un discours à Orléans en 1991, restera comme l’une de ses plus « belles » bourdes.

« Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte d’or (…) qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou ! », déclare-t-il devant une assistance conquise…

Toute ressemblance avec des discours actuels ne serait que pure coïncidence.

4 – « Mangez des pommes », le fruit de ses efforts

Alors que la campagne électorale de 1995 bat son plein, Jacques Chirac – qui remportera l’élection – fait de la pomme l’un des symboles de sa candidature.

La formule « Mangez des pommes », qu’il prononcera ici et là, lors de ses meetings, deviendra d’ailleurs un slogan désormais connu de tous, contribuant à lui conférer une image sympathique, bien aidé – il est vrai – par sa marionnette dans l’émission satirique de Canal + « Les Guignols de l’info ».

5 – « What do you want ? Me to go back to my plane ? », Jacques Chirac et son Frenglish

La scène a fait le tour du monde ! En déplacement officiel à Jérusalem en octobre 1996, le président de la République s’agace devant le zèle du service de sécurité israélien, qui l’empêche d’aller prendre un bain de foule auprès de la population palestinienne.

Très remonté, Jacques Chirac va alors offrir aux caméras présentes une scène culte en recadrant sèchement les membres de l’escouade dans la langue de Shakespeare, avec un accent que l’on qualifiera d’approximatif.

« Qu'est-ce qu'il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez ! What do you want ? Me to go back to my plane, and go back to France ? Is that what you want ? Then let them go. Let them do. No, that's... no danger, no problem. This is not a method. This is provocation ».

6 - Jacques Chirac le « footix »

Chaque année, la séquence fait les choux gras des bêtisiers en tout genre et il faut reconnaître que c’est très drôle.

Pour tous les Français, le 12 juillet 1998 restera à jamais le jour de la première victoire en Coupe du monde de l’équipe de France de football.

Mais pour Jacques Chirac, présent au Stade de France lors de la finale, cette folle soirée fut aussi marquée par un grand moment de solitude, lorsque le speaker annonça les noms des futurs champions du monde.

Incapable de se souvenir de ces derniers, le président tente alors de faire bonne figure, mais son improbable play-back nous donne une séquence mythique et aussi drôle que ridicule.

7 – Jacques Chirac, ce magicien

Nous sommes en septembre 2000. Empêtré dans le scandale du financement occulte du RPR - révélé par l’un des membres du comité central du parti -, Jacques Chirac est interrogé sur le sujet au cours d’un entretien télévisé sur France 3.

Visé par les révélations, le président va alors contre-attaquer en utilisant un terme inédit qui est depuis rentré dans le langage commun.

« Je suis indigné par le procédé, indigné par le mensonge, indigné par l'outrance... Il doit y avoir des limites à la calomnie... Aujourd'hui on rapporte une histoire abracadabrantesque. ».

Encore ignoré du grand public lorsque Jacques Chirac en fit l'usage, cet adjectif « abracadabrantesque » est pourtant bien connu des amateurs de poésie. La paternité du terme étant en effet attribuée à Arthur Rimbaud, qui l'utilisa  en 1871, dans le poème intitulé Le Cœur supplicié.

8 – Quand Chirac rime avec Irak

C’est probablement sa décision la plus forte prise sur la scène internationale, une mesure radicale et courageuse, davantage motivée par un choix personnel plutôt que politique.

Nous sommes alors en 2003 et le monde a basculé dans une nouvelle ère depuis déjà 2 ans, suite aux terribles attentats perpétrés sur le sol américain le 11 septembre 2001.

Contre toute attente, alors que l’armée américaine s’apprête à envahir l’Irak prétextant la présence sur place d’armes de destruction massive, Jacques Chirac refuse d’accompagner ses alliés pour participer à cette guerre.

Cette décision lui vaudra beaucoup d’inimitiés outre-Atlantique mais aussi le respect de nombreux pays arabes, avec lesquels il avait noué des liens solides par le passé.

Son Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, racontera bien plus tard que Jacques Chirac avait justifié son geste avec la phrase suivante : « On n'exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé ».

9 – « Comment on devient chef, chef ? »« Un chef, c’est fait pour cheffer ». Cette petite phrase, prononcée lors d’un entretien accordé au Figaro Magazine en juin 1992, a beaucoup fait rire à l’époque mais elle avait pourtant le mérite d’être claire et n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Elle est par ailleurs devenue son adage favori par la suite !

10 - Jacques Chirac le fraudeur

Encore une scène cultissime et qui a grandement contribué à sa popularité. Jacques Chirac en train de frauder dans le métro parisien. Incroyable mais vrai ! Le cliché a été pris en 1980 à la station Opéra.

Le photographe qui accompagnait l’ancien président racontera que ce dernier, tête en l’air sur le moment, avait tout simplement oublié son ticket.

Bloqué, il avait alors enjambé le tourniquet offrant aux objectifs de l’AFP une photo presque iconique.

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