Alors que la Syrie se prépare à l'après-Daesh, la France ne sait pas quoi faire des enfants de djihadistes

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Syrie : alors que la destruction totale de Daesh est imminente, les djihadistes français, faits prisonniers par les soldats syriens, irakiens ou par les Kurdes du PKK, implorent aujourd'hui leur retour dans l'hexagone, afin d'être jugés par la justice française. Mais l'État français est aujourd'hui bien embarrassé par ces repentis, dont il ne sait trop que faire. Au-delà du sort des combattants français, un véritable dilemme éthique est posé par les enfants de Daesh, ces bébés nés sur place pendant le conflit ou emportés avec eux par leurs parents. 

En Syrie, le « califat » autoproclamé par l'EI est quasiment réduit à néant. Après avoir perdu 90% du territoire qu'elle occupait depuis 2014, l'organisation vient de perdre son dernier bastion, à l'est de la Syrie. Hier, à Abu Dhabi, Emmanuel Macron annonçait que la guerre contre les terroristes était « gagnée » et envisageait la liquidation totale de Daesh dans les mois à venir.

Mais une question perdure, et elle risque de donner encore bien du fil à retordre à la justice française : la question de l'hypothétique retour des djihadistes français, qui aujourd'hui faits prisonniers en Irak ou en Syrie, veulent désormais rentrer au pays. Capturés par les Kurdes du PKK, par l'armée syrienne ou irakienne, ils implorent à présent leur rapatriement en France, afin d'y être jugés.

Un problème d'autant plus épineux que bien des Français partis combattre en Syrie ont également amené avec eux femmes et enfants. Ainsi, la justice française estime à environ 700 le nombre d'adultes français encore vivants dans la zone djihadiste irako-syrienne. À leurs côtés, 500 mineurs — la moitié de ces enfants sont nés sur place et sont âgés de moins de 5 ans.

Or, que faire des enfants des djihadistes ? Si les adultes ayant sciemment quitté l'hexagone pour s'enrôler aux côtés de l'EI seront évidemment jugés et incarcérés dans le cas de leur hypothétique extradition, que faire des jeunes enfants, nés sur place ou emportés avec eux par leurs parents ? Difficile de vouloir réserver le même sort à ces bambins, entraînés dans une guerre sanglante bien malgré eux. Et les familles de ces djihadistes sont de plus en plus nombreuses à réclamer que l'on rapatrie au moins les enfants.

Mais c'est là que la pensée humaniste se retrouve confrontée à la dure épreuve de la réalité. Car, bien que très jeunes, de nombreux enfants ont été soumis à la propagande, ont assisté voire été contraints de participer à des exécutions. Certains ont même été entraînés à tirer avec des armes à feu ou à faire exploser des bombes. C'est ce que l'organisation terroriste appelait les « lionceaux du califat » — des petits soldats en herbe, censés incarner la relève  de l'EI, et garants d'une certaine pureté idéologique puisqu'ayant baigné depuis leur plus jeune âge dans la société théocratique voulue par Daesh.

Dans ces conditions, et malgré leur âge, ces enfants peuvent représenter une menace s'ils ne parviennent pas à s'intégrer dans la société française après ce qu'ils ont vécu, voire même devenir potentiellement de véritables bombes à retardement. 

Pour l'instant, Emmanuel Macron a évoqué une politique de « cas par cas » suivant l'âge, l'état psychologique et le degré de radicalisation. Les mineurs de moins de 8 ans pourraient ainsi être placés en familles d'accueil, ou encore confiés à des membres de leur famille dont le profil aura au préalable été évalué. Les enfants et adolescents de plus de 8 ans, eux, seront passés au crible afin d'analyser leur degré d'embrigadement.

Quoi qu'il en soit, les enfants font « d'ores et déjà l'objet  d'une procédure toute particulière et d'un suivi très particulier sur le plan médical et psychiatrique », a assuré le président français. Reste à voir si, après les atrocités vues et les lavages de cerveau subis, ces enfants parviendront à avoir une vie normale et à s'intégrer au sein de la société française.

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