« Les gardiens de la forêt » ou quand les Indiens du Brésil prennent le maquis pour sauver l'Amazonie

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Des groupes d’indiens, vivant au Brésil, ont formé des milices pour préserver l’Amazonie des bûcherons illégaux qui accélèrent la déforestation du « Poumon de la planète ».

La récente arrivée au pouvoir de l’extrême droite au Brésil, suite à l’élection du très controversé candidat nationaliste Jaïr Bolsonaro, suscite beaucoup d’inquiétudes dans le pays, notamment chez les minorités, qui font l’objet de saillies régulières de la part du nouveau président.

Parmi ces populations ciblées se trouvent les peuples amérindiens, envers lesquels Jaïr Bolsonaro n’a jamais caché son indifférence et son mépris. Son accession à la présidence a donc de quoi inquiéter les autochtones dont les droits n’ont jamais semblé aussi menacés. « Pas un centimètre de plus pour les indiens » avait ainsi déclaré le chef de l’État en février dernier durant sa campagne électorale, faisant craindre un recul des acquis territoriaux détenus par ces peuples opprimés.

« Nous patrouillons, trouvons les bûcherons, détruisons leur équipement et les renvoyons »

Ajoutez à cela la proximité de l’intéressé avec le monde de l’agrobusiness mais aussi et surtout son souhait de rendre caduque le pouvoir de la Funai - l’agence en charge de la protection des Indiens - et c’est tout l’écosystème des communautés locales, vivant dans la forêt amazonienne, qui s’en trouve menacé.

Des bûcherons empilent des troncs d'arbre dans la forêt amazonienne brésilienne - Crédit photo : Shutterstock / Tarcisio Schnaider

Mais pour ces populations autochtones, exister et dénoncer la déforestation est devenu un combat de tous les instants depuis des décennies. Ainsi, dans l’État du Maranhão, situé au nord est du pays, les populations locales n’ont pas attendu l’élection de Bolsonaro pour organiser la résistance et des milices, baptisées « Les gardiens de la forêt », ont été créées afin de protéger les lieux et chasser les bucherons illégaux qui déciment les arbres.

Issus de la tribu Guajajara, ces indiens patrouillent dans la zone indigène d’Araribóia, l’une des plus vulnérables de l’Amazonie, où réside le peuple awá non contacté, l’un des derniers groupes de chasseurs cueilleurs du continent dont l’existence même est en péril, à mesure que la forêt diminue. Cette population qui vit en autarcie risquerait en effet de disparaître au contact des bûcherons illégaux et autres éleveurs, désireux de repousser les frontières agricoles en empiétant sur la forêt.

Interrogés par le site Survival - qui représente le Mouvement mondial pour les droits des peuples autochtones - ces « gardiens de la forêt » considèrent leur mission comme une nécessité, permettant de préserver les lieux. « Nous patrouillons, trouvons les bûcherons, détruisons leur équipement et les renvoyons. Nous avons arrêté de nombreux bûcherons : c'est efficace. », expliquent-ils ainsi.

Illustration de la déforestation au Brésil - Crédit photo : Shutterstock / Tarcisio Schnaider

L’Amazonie a perdu 7 000 km2 de forêt en 2017

Nos confrères du Monde ont de leur côté rencontré le photographe italien Tommaso Protti, qui a pu accompagner certains de ces gardiens lors de ces patrouilles. Il en a tiré des clichés saisissants - inclus dans un projet intitulé « Terra Vermelha » - et la certitude que ce combat doit être soutenu et relayé, tant la situation devient préoccupante.

« Selon les spécialistes de l’environnement, la prise de pouvoir des tribus autochtones est le moyen à la fois le plus efficace et le moins coûteux pour préserver leurs terres », souligne-t-il ainsi. « Selon les scientifiques, l’Amazonie va bientôt atteindre un point de non-retour (…) Si on la rogne davantage, elle ne pourra plus se régénérer », prévient-il encore.

Pour rappel, l’Amazonie a déjà perdu 7 000 km 2 de forêt en 2017 et malgré leur surnom évocateur, ces « gardiens de la forêt » ne sont pas des superhéros. Tôt ou tard, la force du nombre pourrait venir à bout de leur courage et cette infime poche de résistance aurait des allures d'arbre qui cache la forêt...

Source : Le Monde
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