Lien entre super-ouragans et réchauffement climatique : pourquoi la question divise la communauté scientifique

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Hausse des températures océaniques, élévation du niveau des mers, inondations, événements météorologiques violents : de nombreux facteurs semblent indiquer que le dérèglement climatique global est aujourd'hui à la source d'un nombre accru de catastrophes.

Ces chiffres inquiètent les climatologues, et ils ne sont pas les seuls : sur les réseaux sociaux, bon nombre d'internautes ont fait le rapprochement entre les dégâts occasionnés par les super-ouragans Irma et Havrey, et le changement climatique induit par les activités humaines.

Pourtant, même si bon nombre de scientifiques sont intimement convaincus de la chose, ils restent néanmoins extrêmement prudents lorsqu'il s'agit d'établir un lien de cause à effet.

Vue d'artiste réaliste en 3D de trois ouragans / Shutterstock

L'amplification de ces systèmes cycloniques semble coïncider avec l'approche du fameux seuil critique des 2 °C. Le consensus scientifique s'accorde à dire, depuis un rapport publié par le GIEC en 2007, que l'intensité des cyclones tropicaux risquait d'augmenter « avec une probabilité supérieure à 66 % » à cause du réchauffement global. Avec l'émergence de phénomènes climatiques d'une ampleur exceptionnelle, à l'instar d'Irma et d'Harvey qui ont battu de bien tristes records, tout porte à croire que cette prédiction est d'ores et déjà d'actualité.

Mais si certains scientifiques pensent que l'augmentation de l'intensité des cyclones constitue un effet du réchauffement climatique, si les preuves s'accumulent dans ce sens, alors pourquoi ne le disent-ils pas clairement ? Tout simplement parce que, malgré un solide dossier à charge, ils manquent encore d'une preuve de « flagrant délit » pour pouvoir inculper définitivement le changement climatique. En effet, il n'existe pas à ce jour de relevés d'observation de ces cyclones sur une période suffisamment longue pour permettre d'obtenir un résultat indiscutable.

« C'est incroyablement frustrant », confesse Dann Mitchell, spécialiste de la circulation atmosphérique à l'Université de Bristol (Grande-Bretagne), à l'AFP. « Nous ne pouvons toujours pas dire avec 100 % de certitude qu'Irma a été renforcée par le changement climatique, alors que dans le cas d'autres événements -- par exemple les canicules -- nous pouvons le dire ».

L'ouragan Irma à Miami / Shutterstock

Si le lien entre les ouragans et le changement climatique peut sembler étrange à première vue, il est pourtant assez clair si on l'examine d'un point de vue scientifique : les cyclones tropicaux tirent en effet leur énergie cinétique de la chaleur de l'océan. C'est justement l'augmentation de la température globale des océans qui est l'un des effets les plus inquiétants du réchauffement climatique, puisqu'une augmentation de quelques degrés suffit à augmenter l'acidité des océans, à détruire la grande barrière de corail, à entraîner une fonte des glaces polaires, et à entraîner des différences de pression qui peuvent avoir des répercussions sur les événements météorologiques.

Alors, la succession des trois tempêtes, Harvey, Irma puis José, est-elle provoquée par le réchauffement climatique ? Évidemment, il convient de ne pas tout mélanger : la présence de cyclones à cette époque de l'année est plutôt normale, comme certains ne se privent d'ailleurs pas de le préciser. En soi, les cyclones sont provoqués par des événements météorologiques cycliques et naturels, qui agissent à échelle planétaire, à l'instar du phénomène El Niño. Ce que peut faire le réchauffement climatique, en revanche, c'est de rendre ces cyclones plus violents et plus destructeurs.

« Les émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion du charbon, du pétrole et de gaz augmentent les températures sur notre planète, et apporteront de l'énergie à des tempêtes tropicales toujours plus fortes », rapporte ainsi Anders Levermann, professeur à l'Université de Potsdam.

Graphique mettant en évidence les différentes anomalies climatiques / NASA Goddard Institute for Space Studies

S’il est certain que le réchauffement climatique peut rendre les tempêtes plus puissantes, il reste cependant impossible de savoir avec certitude si, à ce stade, la puissance des derniers ouragans ayant déferlé sur les Antilles constitue bien le début d'une telle augmentation : « L'intensité accrue des tempêtes est une marque attendue du changement climatique, mais il est trop tôt pour dire si cet ouragan en particulier a été renforcé par ce phénomène », explique Dann Mitchell.

Mais malgré ces limites, de grandes tendances apparaissent déjà clairement, soulignent des scientifiques.

« Au niveau mondial, nous avons observé que ces 30 dernières années, les tempêtes les plus fortes se sont renforcées du fait du réchauffement des océans, » explique à l'AFP James Elsner, professeur de science atmosphérique à la Florida State University. « Les preuves sont déjà robustes ».



Source : AFP
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