Désastre sans précédent pour une colonie de manchots d'Adélie : deux bébés rescapés sur une colonie de 40 000 individus

Par
2 509
Partages
inscription newsletter

Newsletter

partager sur twitter

Partager sur Twitter

C'est un véritable drame qui s'est déroulé pour cette colonie de manchots d'Adélie située sur la côte Est de l'Antarctique. Les oiseaux ont en effet souffert d'une « catastrophe reproductive » qui a décimé les rangs de leurs bébés : sur une colonie de 40 000 individus, seuls deux oisillons ont survécu.

Il s'agit de la seconde fois, en seulement quatre ans, qu'un phénomène aussi terrible frappe ces animaux. En plus de cinquante ans d'observation des manchots d'Adélie, cela n'avait encore jamais été vu. 

La découverte de la mort massive et systématique de ces bébés manchots a provoqué un véritable branle-bas de combat du côté des biologistes et des spécialistes de l'environnement, qui réclament de toute urgence l'établissement d'une réserve marine protégée dans la zone maritime concernée.

 Crédit photo : Y Ropert-Coudert/CNRS/IPEV

En Terre-Adélie, sur l''île des Pétrels, des scientifiques français ont fait une bien macabre découverte : des milliers de cadavres de bébés manchots, morts de faim, ainsi que des multitudes d'œufs non éclos jonchaient le sol glacé. Sur cette colonie d'une quarantaine de milliers de manchots d'Adélie, la quasi-totalité des oisillons sont morts de faim, à l'exception de deux d'entre eux, miraculeusement épargnés. Un événement très inquiétant, dans cette zone faisant partie des terres australes et antarctiques françaises (TAAF), où se trouve la base antarctique française de Dumont-d'Urville.

En  l'espace de cinquante ans d'observation, c'est la seconde fois qu'un fléau d'une telle ampleur frappe la colonie de manchots d'Adélie :  le premier et dernier drame de ce type en date remontant à tout juste quatre ans, en 2013. Cette année-là, aucun bébé n'avait survécu, ce qui avait eu un impact très grave sur les effectifs démographiques de la colonie. 

Yan Ropert-Coudert, responsable du Programme Institut Polaire français, avait à l'époque publié un papier sur ce phénomène de mort massive avec son groupe de chercheurs. Selon lui, les manchots seraient morts de faim et de fatigue, à cause des conditions climatiques inhabituelles : une hausse record de la banquise estivale, conjuguée à un « épisode pluvieux sans précédent ».

Tous les étés, au moment de la naissance des bébés manchots, les femelles les laissent en compagnie des mâles : elles partent pour de longs mois, s'empiffrant de poissons, avant de revenir le ventre plein à craquer pour régurgiter le stock de nourriture aux petits. Mais la banquise étant plus avancée que d'habitude cette année-là, les femelles manchots ont été forcées de parcourir 100 kilomètres de plus, avant d'atteindre la côte et de pouvoir plonger pour trouver de la nourriture. Elles sont donc revenues avec un bien maigre butin.

De son côté, les fortes pluies auraient achevé de décimer les oisillons dont les plumes du duvet ne sont pas encore imperméables, incapables de se tenir chaud à cause de l'humidité persistante doublée du manque de nourriture.

Cette année, la taille des glaces de la banquise serait également en cause. Au niveau global, les chercheurs pensent que tout cela est provoqué par la rupture du glacier de Mertz : un morceau de glace immense, gros comme le Luxembourg s'était détaché, ce qui aurait sévèrement affecté la région en provoquant une modification importante des courants marins et de la formation de la glace polaire.

À l'heure actuelle, le lien entre cet événement et le réchauffement global n'est pas clairement établi : en effet, si la taille de la banquise a augmenté au cours des dernières années en Terre-Adélie, la tendance générale sur l'ensemble du continent Antarctique serait plutôt à la fonte des glaces. Or, l'augmentation de la taille de la banquise dans cette région pourrait être due à une concentration en eau douce plus importante, qui serait justement causée par la fonte des glaces, ainsi que par les perturbations générées par la rupture du glacier de Mertz. 

Mais, même s'il convient pour l'instant de rester prudent avant d'avancer l'hypothèse du changement climatique, une chose reste certaine : l'événement est exceptionnel... et malheureusement pour les manchots, la situation risque de ne pas aller en s'améliorant. 

« Lorsque des événements météorologiques inhabituels, conduits par des variations climatiques de grande ampleur se produisent, cela conduit à des problèmes massifs, plusieurs années après », a expliqué Yan Ropert-Coudert au journal britannique the Guardian. « En d'autres termes, certaines années le taux de natalité pourra être correct, ou même bon, mais les éléments sont réunis pour qu'il y ait des impacts massifs de ce genre qui frappent la colonie de manière régulière ».

En conséquence, Yan Ropert-Coudert et ses confrères appellent à l'établissement urgent d'une zone maritime protégée dans la région. Ils ont prévu de proposer et de défendre ce projet lors de la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR), qui se tiendra la semaine prochaine à Hobart, en Australie. La convention rassemblera les représentants de 24 nations, ainsi que de l'Union Européenne.

De l'avis des chercheurs, l'instauration d'un statut d'aire marine protégée (AMP) permettrait de réduire au maximum la pression sur les espèces, les préservant de potentielles menaces telles que la pêche et le tourisme.

Commentaires