Sacré meilleur acteur aux Oscars, Joaquin Phoenix livre un discours poignant et engagé

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Outre le triomphe du film coréen « Parasite », la 92e cérémonie des Oscars, qui s’est déroulée la nuit dernière à Los Angeles, a été le théâtre d'un discours poignant de Joaquin Phoenix, sacré pour la première fois de sa carrière.

Sans surprise, Joaquin Phoenix a remporté l’Oscar du meilleur acteur dans la nuit de dimanche à lundi, pour son interprétation magistrale du Joker dans le film éponyme.

Mais plus que la récompense, c’est son discours à la fois émouvant et engagé qui aura marqué les esprits.

« Le plus beau cadeau que le cinéma m’a offert est l’opportunité d’utiliser ma voix pour celles et ceux qui n’en ont pas »

À peine avait-il rejoint la scène pour y recevoir la prestigieuse statuette que l’acteur a ainsi demandé à l’assistance de cesser les applaudissements, afin d’entamer une longue tirade placée sous le signe de l'écologie et de la cause animale.

« Je suis incroyablement reconnaissant. Je ne me sens pas meilleur que mes co-nommés ou qui que ce soit dans cette salle car nous partageons le même amour, celui du cinéma. Et nous aimons tous cette forme d’expression qui m’a offert une vie sublime », a-t-il d’abord déclaré, non sans une certaine émotion.

« Je ne sais pas ce que je serais sans le cinéma mais le plus beau cadeau que le cinéma m’a offert est l’opportunité d’utiliser ma voix pour celles et ceux qui n’en ont pas », a-t-il poursuivi, avant de livrer un discours bouleversant en faveur de la sauvegarde de la planète et de la protection des animaux.

« J’ai beaucoup pensé à ces questions très préoccupantes auxquelles nous sommes confrontés collectivement. J’ai l’impression que, parfois, on essaie de nous faire croire qu’on se bat pour des causes différentes alors que je vois une cause commune. Qu’on parle d’inégalités entre les genres ou de racisme, des droits de la communauté queer ou des droits des animaux, on parle en fait de la lutte contre l’injustice. On est là pour être unis et un groupe ethnique, un genre ou une espèce ne sauraient dominer les autres en toute impunité. Je crois que nous nous sommes déconnectés de la nature. Beaucoup d’entre nous sont coupables d’avoir un point de vue très égocentrique du monde, nous croyons être le centre de l’univers. Nous détruisons la nature pour en exploiter les ressources. On considère qu’on a le droit de pratiquer l’insémination artificielle sur une vache et quand elle met bas, on vole son bébé, malgré ses cris d’angoisse. Et on prend son lait pour le mettre dans notre café et nos céréales. On a peur de changer à titre personnel, parce qu’on pense que cela rime avec sacrifice. Mais les êtres humains sont tellement créatifs et ingénieux que si on utilise l’amour et la compassion pour nous guider, on est capable de créer des systèmes de changement qui bénéficieraient à tous les êtres vivants et à l’environnement. Je n’ai pas toujours été bon. J’ai été égoïste, cruel parfois, difficile à gérer. C'était pas facile de travailler avec moi. Mais tellement de gens dans cette salle m’ont donné une deuxième chance. Et c’est là qu’on montre le meilleur de nous-mêmes, quand on se soutient les uns les autres. Quand on se pardonne et quand on s'aide, quand on se donne la main et quand on pardonne son prochain. C'est là que l'humanité est grande et belle. ».

Et l’intéressé de conclure par une citation empruntée à son frère River, disparu tragiquement le 31 octobre 1993 : « Cours après l’amour et la paix suivra ».

L’acteur, qui n’avait jusqu’alors jamais remporté le moindre Oscar, avait déjà fait parler de lui lors de la cérémonie des BAFTA, au cours de laquelle il avait fustigé le manque de diversité chez les nommés.

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