Blanche, et de loin. En 2025, 29 % des voitures produites dans le monde sont sorties d'usine dans cette teinte, devant le noir (23 %) et le gris (22 %). C'est ce qu'indique le rapport annuel du fabricant de peintures Axalta, publié depuis 1953. Une préférence aussi massive pose une question récurrente : vouloir une voiture blanche en dit-il long sur celui qui la choisit ?
La psychologie des couleurs a ses réponses, surtout symboliques. Mais sur deux points, la sécurité et la chaleur, des chercheurs ont mesuré ce que le blanc change vraiment.
Ordre, clarté, discrétion : ce que le blanc évoque
Dans la symbolique des couleurs, le blanc renvoie à la propreté, à l'ordre et à la simplicité. Appliquée à la voiture, cette lecture dessine un acheteur attaché à un environnement net et maîtrisé. Il préfère une teinte discrète à un rouge vif ou à un jaune qui attirent les regards.
Le blanc passe aussi pour intemporel. Une voiture se garde plusieurs années, et une couleur neutre limite le risque de s'en lasser ou de la voir paraître démodée. Les nuances affinent le portrait. Un blanc nacré est associé à une image plus haut de gamme, une finition mate à une allure minimaliste, un blanc crème à un style plus doux et traditionnel.
Ces interprétations restent des associations, pas des diagnostics. Aucune étude ne permet de déduire un trait de caractère de la couleur d'une carrosserie. Le choix obéit souvent à des contraintes très concrètes : budget, délai de livraison ou revente. Beaucoup de constructeurs proposent d'ailleurs un blanc opaque de série, sans option à payer. Selon une consultante en colorimétrie, seul un quart des automobilistes peut réellement se permettre de choisir la couleur de sa voiture.
Une couleur jugée prudente, et les chiffres d'accidents vont dans ce sens
La psychologie associe le blanc à la prudence. Sur ce point, une vaste étude australienne apporte un éclairage concret. En 2007, le centre de recherche sur les accidents de l'université Monash a analysé les dossiers de police de plus de 855 000 conducteurs accidentés entre 1987 et 2004, dans les États de Victoria et d'Australie-Occidentale.
Les chercheurs ont comparé deux types d'accidents. D'un côté, ceux où la visibilité peut jouer un rôle, entre deux véhicules ou avec un piéton. De l'autre, ceux où elle n'en joue aucun, comme les sorties de route sans autre véhicule impliqué.
Le résultat est net. En plein jour, une voiture noire présentait un risque d'accident 12 % plus élevé qu'une blanche. L'écart atteignait 11 % pour le gris, 10 % pour l'argent et 7 % pour le bleu comme pour le rouge. À l'aube et au crépuscule, il grimpait jusqu'à 47 % pour le noir.
Aucune couleur n'était statistiquement plus sûre que le blanc.
Cette conclusion des auteurs, traduite de l'anglais, doit être remise à sa place. Ils rappellent eux-mêmes que la couleur pèse bien moins que la vitesse ou l'alcool. Ils ajoutent que l'allumage des feux en journée pourrait compenser une partie de l'écart. Les données sont par ailleurs australiennes et anciennes.
Détail savoureux : les chercheurs avaient envisagé que le choix de la couleur reflète le tempérament du conducteur. Dans leur exemple, un acheteur prudent et familial optait pour l'argent, un conducteur plus sportif pour le noir ou le jaune. Leur méthode a justement été conçue pour neutraliser cet effet. Ils voulaient mesurer la visibilité du véhicule, pas le caractère de son propriétaire. Le rapport complet est consultable en ligne.
En plein soleil, un écart qui se mesure en degrés
Autre argument souvent avancé : une carrosserie claire chauffe moins. C'est vérifié. Selon des chercheurs de l'université de Lisbonne, une peinture blanche renvoie entre 75 et 85 % de la lumière du soleil, contre 5 à 10 % pour une noire.
En 2025, cette équipe a mesuré l'air autour d'une voiture noire et d'une blanche garées plus de cinq heures en plein soleil, par 36 °C. La noire a réchauffé l'air voisin jusqu'à 3,8 °C de plus que l'asphalte à côté. L'effet de la blanche était bien plus faible.
À l'intérieur aussi, la différence se ressent. En Californie, le Lawrence Berkeley National Laboratory a comparé deux Honda Civic identiques, l'une noire, l'autre argentée, après une heure au soleil. L'air de l'habitacle de la voiture claire était plus frais de 5 à 6 °C, et son toit jusqu'à 25 °C moins chaud.
D'après les calculs des chercheurs, publiés en 2011, une carrosserie argentée ou blanche permettrait d'équiper la voiture d'une climatisation 13 % moins puissante qu'avec une carrosserie noire. Le laboratoire détaille ces mesures sur son site.
Le blanc perd pourtant du terrain en Europe
Ces atouts expliquent en partie la domination du blanc dans les régions chaudes. Il représente 35 % des voitures produites pour l'Amérique du Sud, où Axalta souligne son intérêt sous les climats chauds.
En Europe, le tableau change. Le gris y est désormais en tête avec 26 %, devant le blanc (25 %) et le noir (22 %). À l'échelle mondiale aussi, le blanc s'érode. Il pesait 34 % dans le rapport Axalta de 2022, contre 29 % trois ans plus tard. Il reste la couleur la plus répandue, mais son avance sur le noir et le gris s'est nettement resserrée.
