Votre couple peut durer sans la passion des débuts : un psychologue explique les 3 piliers de l'amour

Intimité, passion, engagement : découvrez les trois piliers de l’amour selon Robert Sternberg et pourquoi leur équilibre peut évoluer au fil du temps.

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Moins de papillons dans le ventre, davantage de complicité et des projets à deux : un amour qui change n’est pas forcément un amour qui s’éteint. Selon la théorie du psychologue Robert Sternberg, trois composantes permettent de mieux comprendre une relation : l’intimité, la passion et l’engagement. Mais elles n’ont pas besoin d’occuper la même place à chaque instant.

Au début d’une histoire, un message suffit parfois à illuminer la journée. On attend les retrouvailles, on pense souvent à l’autre et tout semble nouveau. Puis le quotidien s’installe. Les conversations accueillent aussi les courses, le travail ou les contraintes familiales. Faut-il en conclure que quelque chose s’est perdu ? La question mérite mieux qu’une comparaison avec les premières semaines.

Dans un article de Gabrielle Kassel publié par Cosmopolitan et repris sur Yahoo, Robert Sternberg et la thérapeute Heather McPherson apportent un éclairage sur ces transformations. Leur point de départ invite à regarder plusieurs dimensions du lien amoureux, au lieu de mesurer toute la relation à l’intensité du désir.

Les trois piliers de l’amour selon Robert Sternberg

En 1986, Robert Sternberg a proposé sa théorie triangulaire de l’amour. Elle distingue trois composantes : l’intimité, qui concerne la proximité émotionnelle ; la passion, qui renvoie à l’élan vers l’autre ; et l’engagement, qui correspond à la décision d’aimer et de maintenir ce lien dans le temps.

Dans ce modèle, leurs différentes combinaisons décrivent différentes formes d’amour. Leur réunion correspond à ce que le psychologue appelle l’amour « accompli ». Cette expression ne doit toutefois pas devenir une injonction : dans l’article, Sternberg précise que chacun possède son propre idéal et qu’aucun modèle unique ne convient à tout le monde.

L’intérêt de ce triangle est donc de rendre une conversation plus précise. Lorsqu’une personne dit qu’il lui manque quelque chose dans son couple, parle-t-elle de tendresse, d’attirance ou de perspectives communes ? Ces besoins peuvent se croiser, mais ils ne se confondent pas.

1. L’intimité : pouvoir montrer ce que l’on vit vraiment

Dans le langage courant, l’intimité évoque souvent la sexualité. Chez Sternberg, elle désigne surtout la sensation d’être proche de quelqu’un, de lui faire confiance et de pouvoir compter sur lui. Elle comprend la complicité, l’attention et la communication.

Elle peut se reconnaître dans des situations très ordinaires. Par exemple, raconter une déception sans devoir immédiatement la minimiser, partager une inquiétude ou sentir que son partenaire s’intéresse à ce qui nous arrive. Un geste de soutien peut également exprimer cette proximité, même lorsqu’il ne ressemble pas à une déclaration romantique.

Partager un logement et un agenda ne raconte donc pas toute l’histoire. Pour prendre un exemple, deux personnes peuvent gérer efficacement leur quotidien et parler rarement de leurs émotions. À l’inverse, une conversation attentive peut leur permettre de retrouver une proximité qu’elles avaient laissée de côté.

Heather McPherson propose de nourrir cette dimension par des questions ouvertes. On peut notamment demander à l’autre ce qui l’occupe en ce moment, ce qu’il aimerait pouvoir partager davantage ou à quels moments il se sent écouté. L’objectif est de lui laisser une place pour répondre, sans présumer que l’on connaît déjà tout de son expérience.

2. La passion : un élan qui ne se limite pas à la sexualité

La passion est probablement la composante la plus facile à associer aux débuts d’une relation. Elle évoque l’attirance, l’excitation des retrouvailles et cette envie de se rapprocher d’une personne qui occupe beaucoup nos pensées.

Dans l’entretien, Sternberg rappelle néanmoins qu’elle peut exister sans être exclusivement sexuelle. Elle recouvre plus largement l’élan qui nous attire vers l’autre. Réduire cette dimension à la fréquence des rapports donnerait donc une lecture trop étroite du modèle.

Son intensité peut aussi varier. Heather McPherson explique que les relations traversent différentes périodes : certaines sont marquées par un désir intense, d’autres par la fatigue, la proximité affective ou les responsabilités communes. Une comparaison permanente avec les débuts risque de faire oublier ce contexte.

Lorsque cette dimension manque à l’un des partenaires, la thérapeute suggère de lui accorder du temps et de l’attention. Cela peut ouvrir une discussion sur les moments que chacun aimerait retrouver à deux. Elle rappelle également l’importance de percevoir son partenaire comme une personne à part entière, avec son univers propre, au-delà des rôles de colocataire ou de parent.

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3. L’engagement : donner un sens partagé à l’avenir

L’engagement paraît parfois moins spectaculaire que la passion. Il occupe pourtant une place centrale dans la théorie de Sternberg. Il comprend à la fois la décision d’aimer quelqu’un et la volonté de maintenir cet amour dans la durée.

Un mariage ou un projet immobilier peuvent le rendre visible, mais ils ne suffisent pas à en décrire toutes les formes. L’engagement peut aussi se traduire par la place accordée à l’autre dans ses décisions et par la volonté de chercher ensemble une issue à un désaccord.

Encore faut-il savoir ce que chacun met derrière ce mot. Se projeter ensemble, respecter certains accords, partager des responsabilités : des partenaires peuvent employer le même terme tout en lui donnant des significations différentes. Sternberg souligne ainsi que l’engagement dépend aussi de la structure et des accords propres à chaque relation.

Pour Heather McPherson, cette dimension gagne à être explicitée. Une conversation peut porter sur les projets communs, les attentes de chacun et les accords que le couple souhaite établir. L’enjeu est de rendre ces choix compréhensibles pour les deux personnes, au lieu de les laisser reposer uniquement sur des suppositions.

Pourquoi ces trois piliers n’ont pas besoin d’être à égalité

C’est la nuance qui change la lecture du modèle : un couple n’a pas à maintenir une quantité identique d’intimité, de passion et d’engagement en permanence. Heather McPherson le précise dans l’article. Le triangle peut changer de forme au fil de la relation.

Une période éprouvante ou l’arrivée d’un enfant peuvent, par exemple, donner davantage de place à l’engagement. À d’autres moments, la complicité ou l’élan amoureux prennent le devant. Ces variations ne constituent pas, à elles seules, un verdict sur la relation.

Le regard de chacun compte également. Selon Sternberg, la proximité entre les attentes des partenaires et entre leur relation vécue et leur relation souhaitée aide à comprendre leur satisfaction. Une forte complicité peut correspondre aux envies de deux personnes, tandis qu’un décalage sur la place du désir ou des projets peut appeler une discussion.

La question devient alors plus concrète : la relation actuelle laisse-t-elle une place à ce qui compte pour chacun ? Elle permet de parler d’une attente particulière sans réduire tout le couple à ce qui manque à un moment donné.

Comment utiliser ce triangle pour ouvrir la discussion

Pour explorer cette idée à deux, on peut commencer par nommer ce que l’on apprécie aujourd’hui dans la relation. Se sentir soutenu, aimer les moments partagés ou avoir confiance dans les projets communs constituent autant de points de départ possibles. Puis chacun peut exprimer une dimension qu’il aimerait davantage nourrir.

Une formulation concrète facilite l’échange. Dire que l’on aimerait retrouver un moment pour discuter de sa journée exprime une attente plus précise qu’un reproche général sur le manque de proximité. De même, parler d’un projet que l’on souhaite clarifier donne un contenu à une conversation sur l’engagement.

Heather McPherson met toutefois en garde contre la tentation de transformer ce triangle en nouvel indicateur de performance amoureuse. Il ne délivre ni note, ni garantie de longévité. Son utilité tient surtout aux échanges qu’il peut susciter : comprendre ce que l’on vit, entendre ce que l’autre souhaite et décider ensemble de ce que l’on veut entretenir.

Une relation durable ne ressemble donc pas nécessairement à ses débuts. Elle peut accueillir une passion différente, une intimité plus profonde et un engagement plus explicite. Le triangle de Sternberg offre des mots pour parler de ces évolutions, sans exiger que l’amour conserve toujours la même forme.

Sources : l’article de Gabrielle Kassel, « The 3 Things Every Lasting Relationship Needs, According to Experts », repris sur Yahoo, et la présentation de la théorie de l’amour par Robert J. Sternberg.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.