Un escalier creusé dans la terre s'enfonce sous une parcelle de La Romana, un village d'environ 2 500 habitants de la province d'Alicante, en Espagne. En bas, on trouve un petit salon, puis une chambre avec un lit, des sièges pour les amis, un chauffage et même le wifi. Andrés Cantó a creusé tout cela sous le terrain de ses parents. Il avait commencé à 14 ans, le jour d'une dispute familiale.
L'histoire date de 2021, quand le jeune homme, alors âgé de 20 ans, l'a racontée sur Twitter. Son fil a été vu dans toute l'Espagne, puis repris par la presse internationale.
Tout commence par une histoire de survêtement
En mars 2015, Andrés veut aller au village en survêtement. Ses parents refusent et lui demandent de se changer. Vexé, l'adolescent reste à la maison. Il prend la pioche de son grand-père, part au fond du terrain et se met à frapper le sol pour passer ses nerfs.
9 mars 2015 : après une crise de préado, je me suis mis à donner des coups de pioche dans la parcelle, je ne gérais pas très bien mes émotions.
Il pensait s'arrêter là. Mais le lendemain, il revient au petit trou, puis le jour suivant. Pendant des mois, il y retourne presque chaque soir après les cours. Le trou se creuse à côté d'une cavité qui existait déjà, où la famille avait prévu une piscine jamais construite faute d'argent.
6. Ya me pongo serio y empiezo a empedrar y adobar paredes. Muy pringoso pero divertido, como follar. pic.twitter.com/APT5Zty539
— Kokomo (@andresiko_16) April 26, 2021
Un ami, un marteau-piqueur et des poulies faites maison
Pendant plusieurs années, Andrés creuse surtout à la main et remonte la terre dans des seaux. En 2018, il rencontre Andreu Palomero et lui parle de son projet. Selon Andrés, son nouvel ami vient bientôt tous les après-midi avec un marteau-piqueur. Le chantier avance alors beaucoup plus vite.
Pour sortir la terre, Andrés fabrique ensuite un système de poulies. D'après lui, il ne soulève plus qu'un quart de la charge réelle, au prix de 18 mètres de corde pour remonter 3 mètres. Pour creuser, il utilise toujours une pioche et un burin fixé au bout d'un manche.
Il n'a aucune formation dans le bâtiment et apprend en avançant. En 2019, la première salle apparaît, sous une voûte de 2 mètres de haut. Il comprend vite une règle de base : il faut creuser en arrondi, car les angles droits finissent par s'effondrer. Il pose des piliers, consolide les parois et monte des murs en béton.
Une chambre de 4 m² finie pendant le confinement
Andrés commence ensuite sa chambre, au centre de la voûte. Au début, il n'y a que la place de s'allonger. Il installe aussi des tuyaux pour chauffer la pièce. Le confinement de 2020 accélère le chantier, car il a alors tout son temps. D'après son récit, la pièce mesure 4 m² et se trouve à 4 mètres sous terre. Certains médias anglo-saxons parlent plutôt d'environ 3 mètres de profondeur.
Aujourd'hui, la grotte a de l'électricité, un chauffage, une chaîne hi-fi qui lit les cassettes et une connexion wifi. Pour le wifi, Andrés utilise un téléphone posé à l'entrée. Selon lui, il fait entre 20 et 21 degrés à l'intérieur de mai à septembre. Il reconnaît quelques inconvénients : le lieu est humide, l'air manque parfois, la grotte peut être inondée quand il pleut, et il croise souvent des insectes, des araignées et des escargots.
Le jeune homme a aussi aménagé l'extérieur. Il s'est servi de toute la terre retirée pour rehausser la parcelle d'un demi-mètre. Il y a ensuite installé une terrasse avec un bassin et une fontaine.
Côté budget, les matériaux lui auraient coûté environ 50 euros, soit une soixantaine de dollars.
Des gendarmes venus inspecter la grotte
Fin avril 2021, Andrés raconte son chantier dans un fil Twitter. Il pense surtout intéresser ses quelque 300 abonnés. Le fil devient viral et récolte des dizaines de milliers de réactions. Le succès attire aussi l'attention des autorités.
Une patrouille de la Guardia Civil et un agent du Seprona, le service espagnol de protection de la nature, viennent sur place pour rédiger un rapport. Le jeune homme explique que des habitants s'inquiétaient d'une possible chute. Il leur répond que la grotte se trouve sur un terrain privé où personne n'entre sans autorisation. Quelques voisins ont aussi estimé qu'il devrait payer des impôts pour ce « logement ».
Andrés annonce ensuite qu'il doit demander un permis de construire et que le maire du village suit le dossier. Reste à savoir lequel, car son projet ne rentre dans aucune catégorie :
Ils ne peuvent la classer ni comme sous-sol, ni comme abri de jardin, ni comme maison, et elle se trouve sur le terrain de ma famille.
Des parents qui ne sont pas surpris
Ses parents, eux, sont habitués. Andrés raconte à CNN en español qu'il a toujours construit des cabanes et des « trucs bizarres ». D'après lui, ils lui demandaient chaque jour si le chantier avançait et s'il creusait toujours. Il ajoute que son voisinage compte sept ou huit autres grottes, du moins parmi celles qu'il connaît.
Son parcours rappelle celui d'un autre adolescent qui, à 13 ans, avait construit seul sa maison dans le jardin de ses parents. Andrés, lui, a construit la sienne sous terre.
En 2021, il étudiait pour devenir comédien et vivait à environ une heure de route du village. Il revenait pourtant le week-end pour continuer à creuser. À ce moment-là, il venait de terminer les colonnes de la pièce la plus profonde, qui mesure 1,80 mètre sur 2,50 mètres. Il pensait aussi déjà agrandir la grotte.
