Sept mètres de long, trois de large, et une pièce entière réservée aux films. Dans la tiny house qu'Erin Gilbertson et Jake Chapman-Olsen se sont construite en Nouvelle-Zélande, la deuxième mezzanine n'accueille ni bureau ni débarras. On y trouve des coussins, un lit d'appoint et un téléviseur de 55 pouces. Le chantier lui-même est encore plus étonnant : c'est Erin, 27 ans à l'époque, qui l'a mené de bout en bout en douze semaines, pendant que son compagnon travaillait de l'autre côté du détroit de Cook.
L'histoire remonte à 2017 et 2018. Le magazine NZ Life & Leisure l'a racontée en 2018, puis la chaîne YouTube Living Big in a Tiny House a publié une visite de la maison en 2019, qui continue de circuler.
Douze semaines de chantier et quatre jours de repos
Tout commence sur une plage. En mars 2017, le couple trace dans le sable de Lyall Bay, à Wellington, le plan d'une maison de 7 mètres sur 3, pour se rendre compte de ce que représente une telle surface au quotidien. Erin, qui prépare alors un diplôme de technicienne en architecture et possède déjà une formation en design d'intérieur, passe ensuite un an à dessiner le projet. Elle recalcule les coûts, revoit le poids et remanie l'agencement.
La construction a lieu pendant l'été austral 2017-2018 à Nelson, où vivent ses parents. Erin tient le rôle de cheffe de chantier. Son père, Bill, charpentier de métier, supervise les travaux et se charge des éléments les plus délicats, comme les fenêtres et l'escalier. La mère de Jake vient prêter main-forte pendant quelques semaines. Jake, ingénieur logiciel chez Weta, à Wellington, finance une partie des travaux et traverse le détroit dès qu'il le peut.
Le rythme est intense : Erin estime n'avoir pris que quatre jours de congé de tout l'été. Le jour de Noël, le couple pose le plafond en lames d'eucalyptus, un bois venu de la vallée de Motueka toute proche. La toiture, elle, est faite de tôles récupérées sur un bâtiment incendié de Nelson. Erin a reconnu avoir parfois appelé Jake en larmes pour lui annoncer qu'elle abandonnait. En février 2018, la maison traverse le détroit en ferry jusqu'à Wellington.
Une mezzanine entière pour regarder des films
La plupart des tiny houses se contentent d'une mezzanine pour dormir. Celle-ci en compte deux, reliées par un palier. D'un côté se trouve la chambre, avec une penderie conçue pour ce petit espace. De l'autre, un salon perché transformé en salle de cinéma, qui peut aussi accueillir des invités. Pour Jake, qui travaille dans l'industrie du cinéma, c'était une pièce indispensable.
« Beaucoup de gens trouveraient fou de consacrer une pièce entière à la télévision dans un si petit espace. Mais pour nous, c'est génial d'avoir ce nid douillet pour regarder des films. Et la télé ne domine plus notre pièce à vivre. »
Erin Gilbertson a confié cela à NZ Life & Leisure (propos traduits de l'anglais). Autre détail rare : le palier près du lit est assez bas pour qu'on s'y tienne debout. Le couple ne voulait ni ramper ni grimper à une échelle. Pour gagner cette hauteur, Erin a abaissé le plafond au-dessus du réfrigérateur et des plaques de cuisson.
Des rangements jusque dans les marches
Le rez-de-chaussée réunit un grand salon chauffé par un petit poêle à bois, une cuisine et une salle de bain complète avec toilettes sèches. Tout l'espace est exploité. Chaque marche de l'escalier sert de coffre, le canapé fait sur mesure s'ouvre pour stocker des affaires, et une porte de placard de la cuisine se déplie pour devenir une table à manger. Le couple a même installé un lave-vaisselle tiroir, qui libère le plan de travail.
Certains aménagements ont été trouvés en cours de route. Sur le chantier, Erin s'est aperçue qu'un recoin était inaccessible depuis l'escalier. Elle l'a ouvert côté salle de bain, et il est devenu le placard à linge.
Ceux qui s'intéressent aux petits espaces verront des points communs avec cette tiny house de 7,9 mètres à deux mezzanines, où l'escalier sert aussi de rangement.
Environ 24 000 euros, dont un quart pour la remorque
Le couple avait prévu un budget de 40 000 dollars néo-zélandais. La facture finale a atteint environ 47 000 dollars, soit près de 24 000 euros au cours actuel. Ce montant comprend la remorque, les matériaux, la main-d'œuvre, l'aménagement intérieur et le transport. La remorque sur mesure, à elle seule, a coûté 12 000 dollars, soit environ 6 000 euros. Son châssis surbaissé a permis de gagner 50 centimètres de hauteur, et donc de l'espace libre au-dessus de la cuisine et du lit.
Le poids a été une contrainte majeure. En Nouvelle-Zélande, une tiny house doit peser moins de 3 500 kilos pour circuler sur la route. La première version du projet atteignait 4 000 kilos. En modifiant la charpente et en transportant une partie des meubles à part, Erin l'a ramenée à 3 360 kilos.
Une fois arrivé à Wellington, le couple s'est installé sur un terrain loué dans les collines, près d'Owhiro Bay. Il l'a trouvé grâce à Landshare, une plateforme néo-zélandaise qui met en relation les propriétaires de terrains et les habitants de tiny houses. La vie sur place demande quelques habitudes : tous les quelques jours, il faut aller vider les eaux grises et les liquides des toilettes sèches. Les tempêtes du sud, célèbres à Wellington, secouent aussi la maison, même si elle est arrimée au sol.
Le confort a pourtant surpris le couple. Grâce au double vitrage, à l'isolation renforcée et à une conception bioclimatique, la maison est la plus chaude qu'ils aient jamais habitée. Leur facture d'électricité a été divisée par deux. Erin, qui tombait malade chaque hiver, a passé son premier hiver à l'intérieur sans attraper le moindre rhume.
