Quatre chambres, trois salles de bains, près de 280 m² aux abords de Boulder, dans le Colorado. C'est la maison que Jen Gressett a partagée avec son mari, leurs deux enfants et leurs chiens jusqu'en 2018, année où son mariage de 18 ans prend fin. Deux ans et demi plus tard, cette graphiste indépendante emménage dans une tiny house sur roues d'environ 48 m², garée au fond du jardin d'un particulier. Son loyer : 725 dollars par mois, un peu plus de 600 euros, emplacement, internet, eau et électricité compris.
Elle a raconté ce virage en 2023, à 51 ans, dans deux témoignages publiés par CNBC Make It, puis au magazine Newsweek au début de l'année 2024.
Une maison sans terrain, garée chez quelqu'un d'autre
Après le divorce, Jen Gressett cherche à se loger seule, avec un seul revenu, dans un secteur où les prix sont élevés. Les maisons qu'elle visite dépassent son budget. C'est sur les réseaux sociaux qu'elle découvre les tiny houses, et l'idée d'une maison qu'elle pourrait aménager à son goût et déplacer où elle veut.
Son choix repose sur un montage peu connu en France : elle ne possède pas de terrain. Sa maison sur roues occupe un emplacement loué dans le jardin d'un particulier, trouvé grâce à un groupe Facebook local. Un détail technique facilite l'opération : des toilettes sèches à compost, sans eau. Comme la maison n'a pas besoin d'être raccordée à un réseau d'assainissement ou à une fosse septique, trouver un propriétaire prêt à l'accueillir devient beaucoup plus simple, explique-t-elle.
Le principe rappelle celui de ce village texan où chaque femme loue simplement l'emplacement de sa tiny house, à la différence qu'ici, il s'agit du jardin d'un seul foyer.
175 000 dollars et un premier chantier raté
Le prix surprend pour une « petite » maison. En 2019, Jen Gressett achète une structure brute à un constructeur local pour 45 000 dollars et paie 3 000 dollars pour les plans. On lui promet un chantier bouclé en six à huit mois. Huit mois plus tard, rien n'a avancé.
Elle confie alors le projet à une autre entreprise, MitchCraft Tiny Homes, au printemps 2020. La pandémie ralentit les approvisionnements et fait grimper le prix des matériaux. La coque, elle, nécessite de lourdes réparations extérieures avant que l'intérieur puisse être terminé. La maison est enfin livrée en janvier 2021.
Facture finale : environ 175 000 dollars, soit près du double de ce qu'elle avait prévu. Pour payer, elle utilise les 85 000 dollars tirés de sa part de la vente de l'ancienne maison, et un prêt de 90 000 dollars accordé par une amie proche. Une somme qu'elle juge tout de même bien inférieure au prix des maisons classiques qu'elle avait visitées.
À l'intérieur, la cuisine occupe la plus grande place, avec des plans de travail en quartz. Elle se prolonge par une table ronde intégrée qui lui sert aussi de bureau. La salle de bains, qu'elle surnomme le joyau de la maison, abrite une baignoire profonde et un lave-linge séchant. Deux mezzanines, dont une avec un lit king size, complètent l'ensemble. Selon Newsweek, la lumière entre par 14 fenêtres et quatre puits de lumière.
Huit sacs de vêtements et une nouvelle règle d'achat
Sa plus grande crainte, avant d'emménager, était de devoir se séparer d'une grande partie de ses affaires. C'est pourtant ce tri qui, dit-elle, l'a rendue plus heureuse. Après la vente de la maison familiale, en avril 2019, elle constate qu'elle ne porte qu'environ 30 % des vêtements de son dressing. Elle remplit huit grands sacs et les donne à l'association Goodwill. Elle assure aujourd'hui ne même plus se souvenir de ce qu'elle a donné.
Depuis, une règle guide ses achats :
« Je n'achète rien si je ne sais pas exactement où je vais le ranger. » (Jen Gressett, CNBC Make It, traduit de l'anglais)
Ses habitudes ont suivi. Elle privilégie les petits commerces locaux pour éviter les emballages, et regroupe ses commandes en ligne quand elle ne peut pas faire autrement. Là où elle sortait chaque semaine une poubelle géante, elle se contente désormais d'une poubelle et d'un bac de recyclage d'environ 50 litres chacun. Elle peut recevoir jusqu'à cinq invités, et le ménage complet ne lui prend pas plus d'une heure.

Les limites et la liberté de bouger
Tout n'est pas simple pour autant. Auprès de Newsweek, Jen Gressett cite l'hiver du Colorado comme sa principale difficulté : son tuyau d'arrivée d'eau chauffé ne résiste pas toujours au froid, et elle dit apprendre chaque année de nouvelles astuces pour garder l'eau courante et la maison au chaud.
En échange, elle a gagné une liberté qu'une maison classique ne lui offrait pas. Si ses enfants partent vivre ailleurs, elle peut déplacer sa maison pour s'installer près d'eux. Sa fille, étudiante, a d'ailleurs vécu une partie du temps dans la seconde mezzanine lors de sa première année d'université.
Ce sont ses enfants qui résument le mieux le changement, selon elle :
« Maman, on ne t'a jamais vue aussi heureuse. » (propos rapportés par Jen Gressett, CNBC Make It, traduit de l'anglais)
Son parcours rejoint celui d'autres femmes qui ont reconstruit leur logement après une séparation, comme cette Américaine qui a bâti seule une tiny house de 18 m² après avoir perdu sa maison. Avec un budget dix fois plus élevé, Jen Gressett a fait un autre pari : moins de mètres carrés, mais le confort qu'elle voulait, et une adresse qu'elle peut changer quand elle le souhaite. Elle partage aujourd'hui cette vie en format réduit sur Instagram, où elle comptait déjà 160 000 abonnés en 2023.
