La ville lui ordonne de retirer d'un parc ses minimaisons pour sans-abri : un an et demi plus tard, il construit un village de 10 maisons sur un parking loué 1 dollar par an.

Expulsées d'un parc de Toronto en 2025, les minimaisons de Ryan Donais pour sans-abri renaissent sur un parking de Scarborough, loué 1 dollar par an.

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Ryan Donais, un Torontois issu du bâtiment, installe une première minimaison sur roues dans le parc St. James, en plein centre-ville de Toronto. Au cœur de l'hiver, cinq abris y sont alignés, chacun occupé par une personne qui dormait jusque-là sous une tente. En février 2025, la ville lui envoie une mise en demeure : les structures doivent partir.

Un an et demi plus tard, son association, Tiny Tiny Homes, prépare un village de dix minimaisons à Scarborough, dans l'est de la ville. Le terrain est un parking inutilisé, loué pour 1 dollar par an.

Des abris que l'on peut tirer à vélo

Au départ, Ryan Donais s'inspire du charpentier Khaleel Seivwright, qui avait construit des cabanes en bois pour les sans-abri de Toronto au début de la pandémie. Il construit son prototype sur huit samedis, en y mettant ses propres économies.

Le principe tient en quelques mots : un abri minuscule, isolé et étanche, monté sur une remorque qu'un vélo peut tracter. Les premiers modèles comprennent un lit, un chauffage, de l'électricité produite par des panneaux solaires et de l'eau courante grâce à une pompe reliée à un réservoir. Ils ont aussi un détecteur de fumée, un détecteur de monoxyde de carbone et un extincteur.

Ses modèles actuels mesurent 48 pieds carrés, soit environ 4,5 m², ou le double pour les plus grands. Le financement vient surtout de dons collectés en ligne, puis l'association obtient le statut d'organisme de bienfaisance.

Une mise en demeure en plein hiver

Au parc St. James, tout le monde n'est pas convaincu. Un groupe de riverains réclame le départ des abris en invoquant la sécurité. Le 7 février 2025, la ville envoie une mise en demeure à l'association : les structures occupent illégalement un terrain municipal, présentent des risques et empêchent le public d'utiliser le parc. Tout en saluant ses « bonnes intentions », la ville explique qu'elle ne peut pas autoriser des abris habités sur ses terrains.

Ryan Donais répond que son équipe cherchait justement un emplacement autorisé. L'association lance une pétition et rappelle que, selon elle, 273 personnes se voient refuser chaque nuit une place dans les refuges de Toronto. Les abris ne sont pas enlevés tout de suite. Ils sont retirés un par un, à mesure que leurs occupants trouvent un logement.

Quatre occupants sur cinq relogés, selon l'association

Selon le bilan publié par Tiny Tiny Homes, ce projet pilote a duré d'octobre 2024 à juin 2025. Quatre des cinq personnes qui ont vécu dans les abris du parc ont ensuite obtenu un logement permanent. Ce chiffre vient de l'association elle-même.

Parmi elles, Brent Blake, 64 ans. Il vivait dehors alors qu'il était atteint d'un cancer au stade 4. Il meurt le 27 juin 2025, quelques semaines après avoir emménagé dans un logement permanent. Ryan Donais a raconté son histoire au média CP24 :

Brent était quelqu'un que le système avait oublié. Il dormait dehors avec un cancer au stade 4. Il n'est pas mort sans-abri.

Après le parc, l'association installe quatre minimaisons dans la cour d'un centre d'hébergement de transition du quartier de Leslieville, géré par la Seeds of Hope Foundation, puis deux cabanes dans une ferme de la région de York. Paul Corbett Greer Jewell, 65 ans, s'installe dans l'une d'elles fin 2025. À la CBC, il résume l'effet que ça lui a fait : « Ça m'a sauvé la vie. » Ryan Donais, lui, ne présente pas ses abris comme une solution miracle. Il les voit comme une étape entre la tente et un vrai logement.

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Brent's Place, un village sur un parking loué 1 dollar par an

Le nouveau projet porte le nom de Brent Blake : Brent's Place. Il doit s'installer derrière le bâtiment de l'entreprise de restauration Sefonias Catering, près des rues Danforth et Birchmount, à Scarborough. Les propriétaires louent le terrain à l'association pour 1 dollar par an pendant trois ans.

Le plan prévoit dix minimaisons individuelles de 48 à 96 pieds carrés, soit entre 4,5 et 9 m² environ. Les animaux y seront acceptés. Deux bâtiments communs doivent accueillir des toilettes, des douches, un espace de rencontre et des bureaux. Une travailleuse ou un travailleur social sera présent du lundi au vendredi, et Sefonias Catering fournira les repas.

Le budget total est estimé à environ 350 000 dollars canadiens, soit environ 20 000 dollars par maison selon CP24. Mi-septembre 2026, l'association en avait réuni environ 20 %. En août, deux unités étaient déjà terminées. Le premier résident annoncé, Eric Williams, 52 ans, vit sans logement depuis trois ans.

Ce qu'il manque encore

L'objectif est d'accueillir les premiers résidents d'ici le 31 décembre 2026. La ville indique que le projet est en cours d'examen et qu'il doit respecter les règles d'urbanisme et de construction.

Toronto a entre-temps changé de position sur ces abris. La ville a lancé un projet pilote de deux ans sur les « micro-refuges », avec financement de la construction et de l'exploitation, mais à une condition : les associations doivent trouver elles-mêmes un terrain privé. Les 44 terrains municipaux étudiés ont tous été jugés inadaptés. Tiny Tiny Homes fait partie des candidats, avec une proposition de 50 logements sur environ un demi-hectare.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.