Au départ, il y a une remorque de tracteur fatiguée, achetée 60 livres (environ 70 euros) lors d'une vente aux enchères agricole. C'est l'oncle de Jack McKenna qui l'a trouvée, parce qu'il voyait son neveu rêver depuis des années d'une maison miniature. Après trois ans de chantier, ce jeune Anglais vit dans une tiny house de 12 mètres carrés baptisée Acorn (« gland » en anglais), installée sur le terrain familial près de Colchester, dans l'Essex. Coût total : 5 600 livres, soit environ 6 500 euros, terrain non compris.
Sa maison a été présentée à l'automne 2023 par la chaîne YouTube Living Big in a Tiny House, qui le présentait alors comme un jeune homme de 21 ans. Jack a ensuite détaillé son projet au quotidien irlandais Irish Examiner, en avril 2024.
Un lit-bureau à 13 ans, cinquante plans à 16 ans
Tout commence devant une vidéo YouTube. Vers 13 ans, Jack découvre le mouvement des tiny houses et tombe sur la One SQM House de l'architecte berlinois Van Bo Le-Mentzel, une cabane d'un mètre carré qui peut se basculer selon l'usage. Avec son père, il en fabrique sa propre version : un module qui sert de bureau pour les devoirs une fois debout, puis de couchette une fois couché.
Il s'en sert tous les jours, et l'idée ne le quitte plus. Il se constitue un tableau Pinterest d'inspirations et modélise ses idées en 3D avec le logiciel SketchUp, découvert en cours de design au lycée. À 16 ans, il a déjà dessiné une cinquantaine de versions avant d'en retenir une.
Reste à trouver le support. La remorque de l'oncle est à double essieu, longue de 5 mètres pour environ 2,5 mètres de large. Elle est aussi en piteux état : Jack raconte qu'il a fallu la renforcer, la rallonger, la souder et la repeindre avant de pouvoir construire quoi que ce soit dessus.
Un chantier mené entre la fac et les confinements
La construction du châssis démarre quand Jack a 18 ans, selon ses propres mots. Elle se poursuit pendant ses trois années d'université, au rythme de ses retours à la maison et des confinements liés au Covid. Le chantier a commencé en 2020.
S'il parle d'un projet « fait maison », Jack ne l'a pas mené seul. Son père, son oncle et son grand-père, tous issus du bâtiment, ainsi que quelques amis, ont mis la main à la pâte.
« C'était une aventure fantastique, que j'ai adoré vivre avec mon père. [...] Je me sens très reconnaissant d'avoir pu construire quelque chose comme ça en famille. » (Jack McKenna, Irish Examiner, traduit de l'anglais)
Le secret du budget tient dans la récupération. La remorque elle-même, mais aussi la plupart des matériaux, sont d'occasion, récupérés ou recyclés. Jack a même réutilisé une partie de son premier module de 13 ans. C'est aussi ce qui explique la durée du chantier : les matériaux de récupération arrivent au compte-gouttes, et demandent plus de travail que du neuf acheté en magasin.
Pour mesurer l'écart, il suffit de regarder les prix du marché. En France, une remorque neuve conçue spécialement pour une tiny house se négocie couramment entre 5 000 et 8 000 euros. Jack a donc bouclé sa maison entière pour le prix d'un simple châssis neuf.
Ce que cachent les 12 mètres carrés

La surface intérieure est réduite, même pour une tiny house. Pour ne pas dormir collé au toit, Jack a opté pour un aménagement sur deux niveaux plutôt qu'une mezzanine classique. Selon la visite filmée, la cuisine est surélevée et le lit se range en dessous pendant la journée.
Dans ce volume, il a fait tenir :
- un coin bureau qui sert aussi d'espace détente ;
- une cuisine avec une table à manger rabattable ;
- une salle d'eau avec cabine de douche, lavabo et toilettes sèches à compost ;
- un poêle à bois et un chauffe-eau, avec un raccordement au réseau électrique pour l'hiver ;
- un système de filtration des eaux grises, lui aussi fabriqué maison.
Le rangement est glissé partout : étagères flottantes, tiroirs sous le lit et placards logés dans les marches qui montent vers la cuisine. Côté décoration, le carrelage coloré et les boiseries peintes dans des teintes profondes donnent du caractère à l'ensemble.
Jack reconnaît que le plan a un peu évolué en cours de route, pour gagner en ergonomie. Et il l'admet volontiers dans la vidéo : sur le papier, le projet ne paraissait pas si formidable. Une fois construit, il le trouve génial.
Diplômé, propriétaire, et déjà un autre projet
Entre-temps, Jack a obtenu son diplôme en production cinématographique, avec mention très bien. Il vit dans sa tiny house tout en passant beaucoup de temps avec sa famille, à la ferme voisine. Comme d'autres jeunes autoconstructeurs, à l'image de Tom Lear, qui a bâti ses 12,5 m² près de Bristol, il possède la maison mais pas le terrain sur lequel elle est posée. C'est l'une des clés de ce budget.
Il n'a pas l'intention d'en rester là. Il ne prévoit pas de construire d'autres tiny houses pour l'instant, mais il envisage d'aménager un camping-car. Son idée : partir sur la Wild Atlantic Way, la route côtière de l'ouest de l'Irlande, avec sa compagne, pour rendre visite à la famille de son grand-père Harry, arrivé en Angleterre depuis le comté de Monaghan à la fin des années 1950.
