En 2011, Macy Miller a 27 ans, sort d'un divorce, se retrouve sans emploi et voit la banque saisir sa maison de Boise, dans l'Idaho. Une maison de 2 500 pieds carrés, soit environ 232 mètres carrés. Deux ans et demi plus tard, elle vit dans 18 mètres carrés qu'elle a construits de ses mains, sans crédit, pour 11 416 dollars et 16 cents. Le chiffre est exact : elle a publié le détail de chaque dépense.
Tout est parti d'un rêve, au sens littéral
Macy Miller est conceptrice dans une agence d'architecture commerciale. Après la saisie, elle doit repasser par la location, sans plus rien qui lui appartienne vraiment. Elle raconte être restée bloquée un moment sur le problème sans voir de solution.
Puis une nuit, elle rêve qu'elle habite une maison minuscule. Elle se réveille avec l'idée en tête. À ce moment-là, elle ignore totalement que les tiny houses existent, qu'il y a une communauté, des plans, des retours d'expérience. Elle croit inventer quelque chose. Elle se donne une semaine pour réfléchir, puis se met à chercher une remorque.
500 dollars de remorque, et le chantier commence
Elle achète une remorque plateau à col-de-cygne de 24 pieds pour 500 dollars. C'est la fondation de la maison. Ce choix n'a rien à voir avec l'envie de bouger : à Boise, la réglementation impose une surface minimale de 600 pieds carrés pour qu'un logement soit légal. En posant sa maison sur des roues, elle sort du champ du code de la construction.
« L'idée, c'était de prendre une année de loyer et d'en faire une maison. »
Son calcul de départ est simple : investir l'équivalent d'un an de loyer, vivre deux ans dedans, et la maison est amortie. Elle démarre en novembre 2011. Son père vient prêter main forte sur une bonne partie du chantier.
Elle tombe du toit et se casse le dos
Le chantier durera dix-huit mois au lieu des quelques mois espérés. En cause : sa décision de n'utiliser presque que des matériaux récupérés ou achetés en soldes, ce qui rallonge tout. Et un accident.
En plein montage, elle tombe du toit. Résultat : une vertèbre et un pied cassés. Elle en parle sans dramatiser particulièrement.
« Oui, je me suis cassé le dos. Je suis maladroite, je suis tombée du toit. »
Pendant sa convalescence, une amie proche prend le relais sur le chantier pour que la maison continue d'avancer. Macy Miller reprendra les outils dès qu'elle le pourra.
L'électricité apprise dans un manuel à 30 dollars
C'est le poste qui coûte le plus cher en autoconstruction, et souvent celui qu'on sous-traite. Elle a fait autrement : elle a acheté un manuel de câblage électrique Black and Decker pour 30,97 dollars et a tiré elle-même toutes les lignes de la maison.
Le reste du budget est du même acabit. Environ 300 dollars de bois de charpente pour l'ossature complète. Un bardage extérieur composé d'une dizaine d'essences différentes selon ce qu'elle trouvait, du peuplier, du chêne, du sapin, qu'elle a teinté d'une seule couleur pour donner l'illusion d'un ensemble homogène. Total final : 11 416,16 dollars, soit environ 8 600 euros au cours de l'époque.
Ce qu'il y a dans 18 mètres carrés
Sur le papier, 196 pieds carrés paraissent invivables. Dans les faits, la maison est rectangulaire, traversante, et rien n'est perdu. Les marches qui montent au lit en mezzanine sont des tiroirs. L'espace au-dessus du garde-manger est creusé pour servir de rangement. Il y a des étagères derrière le réfrigérateur.
Elle y a fait tenir une vraie salle de bains avec une douche surdimensionnée, des toilettes sèches, une cuisine complète, un lave-linge sèche-linge, et un lit deux places king size en hauteur. Le sol est en bambou, chauffé par un plancher chauffant. Le toit reçoit une végétalisation partielle. L'ensemble est conçu pour pouvoir passer hors réseau une fois relié à des panneaux solaires.
Deux enfants et un dogue allemand plus tard
La suite est peut-être le plus étonnant. Son compagnon James Herndon, rencontré des années après l'école d'architecture qu'ils avaient fréquentée à un an d'écart, emménage. Puis arrive Denver, un dogue allemand. Puis leur fille Hazel. Puis leur fils Miles. Cinq occupants, dont un chien de très grande taille, dans 18 mètres carrés.
La famille y restera environ quatre ans avant de faire un choix radical : réduire encore. Ils reconstruisent une caravane vintage de 84 pieds carrés, environ 8 mètres carrés, baptisée Lil' Beastie, et partent faire le tour des parcs nationaux américains avec les deux enfants.
La maison a fini par payer un terrain
La tiny house, elle, n'a pas disparu. Elle a d'abord été installée en plein centre de Boise, puis déplacée hors réseau sur un terrain que la famille a pu acheter grâce à l'argent économisé pendant les années passées dedans. Elle a fini par obtenir un statut légal, ce qui n'allait pas de soi au départ.
Macy Miller consacre depuis une partie de son temps à faire évoluer la réglementation américaine pour que les tiny houses déplaçables soient reconnues dans le code de la construction. Sa maison a été reprise par la presse américaine, de TIME à Dwell, et sert de référence à toute une génération d'autoconstructeurs.
Son parcours rejoint celui de tous ceux qui ont refusé l'équation classique du logement, comme cette Américaine qui a bâti seule sa tiny house de 22 m² sur le terrain de sa mère, ou cet adolescent de 13 ans qui s'est construit une maison de 8 m² dans le jardin de ses parents. À la différence près que Macy Miller, elle, avait tout perdu avant de commencer.
