Ils vendent leur maison pour ne plus jamais avoir de crédit : deux conteneurs empilés, 38 m² et 60 000 euros

Jaimie et Dave ont empilé deux conteneurs maritimes pour vivre sans crédit. 38 m², dix mois de chantier et une hémorragie cérébrale en plein milieu du projet.

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Ils avaient vendu leur maison, acheté cinq acres de forêt sur une colline de l'État de Washington et un plan bien clair en tête : construire eux-mêmes, payer comptant, ne plus jamais rembourser un crédit immobilier. Un mois après la pose des conteneurs, Dave s'est effondré dans l'allée, à moitié paralysé.

Jaimie et Dave vivent près de Kalama, dans le comté de Cowlitz, au sud-ouest de l'État de Washington. Leur maison tient dans deux boîtes en acier : un conteneur maritime de 40 pieds (12 mètres) au sol, un autre de 20 pieds (6 mètres) posé dessus. Environ 38 m² habitables, deux chambres, une salle de bains, et une terrasse qui donne sur toute la vallée.

Un terrain trouvé sur Craigslist, décrit comme « un sentier à chèvres »

Tout commence par une vente. Le couple se sépare de sa maison de Vancouver, ville de l'État de Washington, s'installe temporairement dans une maison de ville et achète un terrain repéré sur Craigslist auprès d'un particulier, pour pas cher. À l'époque, ce n'est rien d'autre qu'un chemin de terre qui grimpe le long d'une colline. Jaimie le décrit elle-même comme un sentier à chèvres. Le terrassement, ils l'ont fait eux-mêmes, à la pelle et à la brouette pour l'essentiel, avec une mini-pelle louée deux ou trois fois.

Dave est soudeur depuis plus de vingt-cinq ans. Jaimie est comptable. Le choix du conteneur vient de là : elle aime l'acier, il sait le travailler. Ils dessinent la maison eux-mêmes, au centimètre près.

Quatre refus du service d'urbanisme avant le premier coup de pelle

C'est là que le rêve se heurte à l'administration. Leur maison est la première de ce type dans le comté, et le service Bâtiment et Urbanisme ne sait pas dans quelle case la ranger. Premier refus : il faut un ingénieur structure pour calculer la résistance des conteneurs et des murs de refend. Le premier devis tombe à 9 500 dollars, Jaimie négocie et fait descendre la facture à 5 000 dollars (environ 4 300 euros) pour les seuls calculs.

Deuxième refus : les soudures doivent être réalisées par un soudeur certifié WABO. Dave repasse l'examen après quelques semaines d'entraînement sur des plaques d'un pouce d'épaisseur, et le décroche du premier coup. Troisième refus : toutes les soudures structurelles devront être contrôlées par un inspecteur agréé indépendant. Il faudra aussi une dérogation de la commission d'État pour l'escalier en colimaçon, non conforme au code en vigueur.

Au quatrième passage, le permis est accepté. Sur les conseils de l'ingénieur, ils achètent des conteneurs « one trip », qui n'ont fait qu'une seule traversée et sont donc quasi neufs : près de 10 000 dollars pour les deux, plus du double du prix de conteneurs d'occasion.

Le 18 juillet 2015, une grue pose les deux boîtes en une matinée

La journée de levage est la plus spectaculaire du chantier. Le conteneur de 40 pieds est en place en une heure. Pour le petit, l'opérateur annonce qu'il ne passera pas : la portée dépasse la tolérance de l'engin. En modifiant l'élingage et en repositionnant la grue, il finit par le déposer pile au bon endroit, sans un centimètre de marge. L'escalier extérieur, fabriqué par Dave dans un profilé en C de 12 pouces, est « survolé » par la même grue et posé sur sa dalle. À midi, la maison ressemble à une maison.

« Je n'ai pas le temps de mourir, j'ai une maison à finir »

Un mois plus tard, en août 2015, Dave appelle Jaimie à son travail. Il n'arrive plus à tenir son téléphone. Elle le retrouve debout dans l'allée, le côté droit du visage affaissé, le bras pendant. Hémorragie cérébrale spontanée. Il a 46 ans, il ne fume pas, ne boit pas, et personne ne saura jamais pourquoi.

Transféré par hélicoptère vers Portland pour une opération d'urgence, il murmure à sa compagne deux phrases qu'elle raconte encore aujourd'hui. La première concerne les fers à béton du garde-corps, mal coupés selon lui. La seconde, alors que les médecins parlent d'un pronostic très sombre :

« Je n'ai pas le temps de mourir, j'ai une maison à finir. »

Il survit à la nuit. Les crises d'épilepsie commencent trois semaines plus tard. La famille et les fidèles de leur paroisse prennent le relais sur le chantier pour mettre la maison hors d'eau avant l'hiver : peinture des conteneurs, murs de refend, toiture. Jaimie et leurs enfants posent les sept fenêtres, à raison d'environ une journée par fenêtre, chaque cadre ayant été fabriqué sur mesure en cornière et en tube acier puis soudé dans la paroi.

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Poser une terrasse comme séance de rééducation

L'ergothérapeute de Dave a une idée qui va changer la suite : intégrer le chantier au protocole de rééducation. La terrasse et l'escalier extérieur deviennent son exercice quotidien. Choisir les boulons, viser les lames, découper les marches en cèdre. Il ne sent plus sa main droite et doit surveiller des yeux chacun de ses gestes. Ce qui lui aurait pris un week-end avant l'hémorragie lui prend près de huit semaines, à raison de six jours sur sept.

À l'intérieur, le couple construit ce que Jaimie appelle une boîte en bois dans une boîte en métal : une ossature de 2x4 montée à 2,5 cm des parois d'acier, retenue par du fil de fer sur les anneaux d'arrimage d'origine, pour que le bois ne touche jamais le métal. Sans cette précaution, la condensation transforme un conteneur en champignonnière. L'isolation en mousse projetée à cellules fermées leur coûte 7 000 dollars pour 400 pieds carrés, soit environ 6 000 euros. Le poseur oublie une zone entre les deux conteneurs : de la moisissure apparaît en vingt-quatre heures sous le placo, qu'il faut redécouper.

Certificat d'occupation le 8 avril 2016, mariage le 9

Dix mois après le début du chantier, la maison passe l'inspection finale. Le lendemain, Jaimie et Dave se marient sur leur terrasse, face à la vallée, leurs enfants pour témoins. Il l'avait demandée en mariage deux mois plus tôt, assis sur une planche posée sur deux rondins pendant la pause déjeuner.

Le rez-de-chaussée abrite le séjour, une cuisine en longueur, un lave-linge, la salle de bains et une petite seconde chambre. L'escalier en colimaçon, celui qui a nécessité une dérogation, monte dans le conteneur de 20 pieds transformé en chambre parentale, avec une porte qui ouvre directement sur les six mètres de terrasse. Les conteneurs, d'abord peints en gris, sont aujourd'hui orange vif.

Le bémol que Jaimie assume : ça n'a pas coûté moins cher

C'est la partie que les vidéos virales gardent rarement. Interrogée par le site spécialisé Discover Containers, Jaimie chiffre le projet à environ 175 dollars le pied carré, sans compter leur propre main-d'œuvre. Soit autour de 70 000 dollars, près de 60 000 euros, pour une maison de 38 m² construite quasiment entièrement par eux-mêmes.

« Honnêtement, avec ce qu'on a dépensé pour cette petite maison en métal, on aurait pu avoir une très belle petite maison en bois pour la moitié du prix. »

Elle le répète sur son blog : construire en conteneurs revient plus cher qu'une construction bois classique de même surface. Les économies théoriques ont été mangées par l'ingénieur, la certification du soudeur, l'inspection des soudures, les conteneurs neufs et l'isolation. La logique du couple était ailleurs : ils ont volontairement limité le projet à deux conteneurs pour tenir dans leur budget disponible et emménager sans emprunt. Objectif atteint, ce qui n'est pas si courant chez ceux qui se lancent dans l'autoconstruction. D'autres font le même calcul avec une tiny house sur le terrain familial, pour les mêmes raisons.

Dix ans plus tard, un atelier, un pont suspendu et des vaches écossaises

Le terrain est passé de cinq à douze acres. Dave a eu son atelier en 2018, avec une grue à l'intérieur et un logement à l'arrière que le couple loue désormais sur Airbnb. Un pont suspendu de quinze mètres relie l'étage de la maison à une terrasse près de l'atelier. Des vaches Highland broutent le terrain, qui a fini par leur donner son nom.

Tous les deux ont gardé leur emploi. Jaimie résume leur situation d'une phrase simple : quand ils ont envie d'ajouter un muret de pierre ou une serre, ils le font, parce qu'il n'y a pas de crédit à rembourser. Dave, lui, garde des séquelles. Il bégaie quand il est fatigué, cherche ses mots, et Jaimie raconte qu'en découvrant le montage du reportage, il a répété plusieurs fois qu'il n'était plus l'homme qu'il avait été. Ils vivent quand même exactement là où ils voulaient vivre.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.