SpaceX va construire une base spatiale de 100 milliards de dollars en Louisiane : 10 pas de tir, 3 000 emplois et un premier décollage en 2029

SpaceX va investir 100 milliards de dollars dans une base spatiale géante en Louisiane, sur 50 000 hectares d'anciens terrains Exxon. Dix pas de tir, 3 000 emplois, premier lancement visé en 2029.

Ajoutez-nous à vos sources préférées

C'est un bout de côte plat, humide et presque désert, à une heure de route au sud de Lafayette. Un ancien terrain d'Exxon, des marais à perte de vue, quelques maisons et des alligators. Dans trois ans, si tout se déroule comme prévu, des fusées de 124 mètres de haut décolleront de là plusieurs fois par jour.

SpaceX a annoncé le mardi 25 août, aux côtés du gouverneur de Louisiane Jeff Landry, la construction de Starbase Louisiana, un complexe de lancement et de production dédié à Starship. Montant engagé : 100 milliards de dollars. L'État parle du plus gros investissement industriel de son histoire.

Un site de 50 000 hectares, presque trois fois Washington

Le terrain retenu se situe dans la paroisse de Vermilion, près de Pecan Island, sur le golfe du Mexique. Il s'étend sur environ 125 000 acres, soit un peu plus de 50 000 hectares ou 505 km². Pour donner une idée, c'est plus de deux fois et demie la superficie de Washington, la capitale fédérale américaine.

Le plan prévoit cinq complexes de lancement, chacun équipé de deux tours et de sa propre ferme à ergols. Soit dix pas de tir au total. SpaceX veut aussi y installer sa production de carburant, sa production d'électricité, un port en eaux profondes, des bâtiments de préparation des fusées et, probablement, un aéroport.

« Nous préparons la construction d'un port spatial qui, jusqu'à présent, n'existait que dans la science-fiction », a déclaré Elon Musk lors de l'annonce.

Gwynne Shotwell, présidente et directrice des opérations de SpaceX, a insisté sur un argument très terre à terre : le gaz naturel. Starship brûle du méthane liquide et de l'oxygène liquide. Or la Louisiane, avec son industrie pétrochimique, en regorge. Produire le carburant sur place évite des convois permanents et permet d'enchaîner les vols beaucoup plus vite.

Musk promet « plus de 30 vols par jour »

Sur X, le patron de SpaceX a mis la barre encore plus haut que le plan officiel. Il évoque à terme plus d'une douzaine de tours de lancement, plus de 30 vols de Starship par jour et « le plus grand site de lancement de la Terre ». Trente vols quotidiens, cela représenterait plus de 10 000 décollages par an.

Le chiffre a de quoi faire sourire quand on regarde l'état actuel du programme. Starship n'a effectué que treize vols d'essai depuis avril 2023, avec des résultats très inégaux, et n'a encore jamais réalisé de mission orbitale opérationnelle avec une charge utile. Le vol 14 est attendu ce mois de septembre.

Le tournant a eu lieu cet été. Lors du treizième vol d'essai, le 24 juillet, l'engin s'est posé intact dans l'océan Indien sans exploser, une première pour l'entreprise. Cinq jours plus tard, la fusée flottait toujours à la surface, ce qui a rassuré les équipes sur la solidité du vaisseau.

Pourquoi il faut autant de pas de tir

La démesure du projet s'explique par un problème très concret : le ravitaillement en orbite. Pour envoyer un Starship au-delà de l'orbite basse, vers la Lune ou Mars, il faut d'autres Starship remplis de carburant qui viennent le remplir en vol.

La NASA a confié à SpaceX la conception d'une version alunisseur de Starship pour son programme Artemis. Artemis III est prévue pour la mi-2027, avec un exercice d'amarrage entre la capsule Orion et un Starship en orbite terrestre. Le premier alunissage du programme, Artemis IV, est visé pour 2028. Et selon les projections avancées, cette seule mission pourrait nécessiter jusqu'à une douzaine de vols de ravitaillement.

À cela s'ajoutent le déploiement de la nouvelle génération de satellites Starlink, que SpaceX veut lancer par Starship, et les projets de centres de données en orbite. La position de la Louisiane permet de tirer vers le sud, en direction des régions polaires, ce que ne permet pas la base texane de Boca Chica.

Shotwell l'a résumé sans détour lors de la présentation :

« Mettez tout cela bout à bout et ces missions demanderont des milliers de lancements. Starbase Louisiana est conçue dès le premier jour pour encaisser cette hausse spectaculaire de la cadence. »

3 000 emplois promis dans le deuxième État le plus pauvre du pays

Pour la Louisiane, l'enjeu est économique avant d'être spatial. L'État n'a jamais accueilli le moindre lancement orbital de son histoire. SpaceX s'engage sur 3 000 emplois directs sur dix ans, plus des milliers d'emplois indirects. Dans une vidéo, Elon Musk a évoqué à terme « probablement 10 000 emplois vraiment passionnants ».

Jeff Landry, le gouverneur républicain, a sorti l'artillerie lourde lors de l'annonce, en référence à la vente de la Louisiane par Napoléon aux États-Unis :

« En 1803, la Louisiane a donné un continent à l'Amérique. Aujourd'hui, la Louisiane et SpaceX vont lui donner les étoiles. »

Il a aussi joué la carte du ressentiment local envers les industriels installés dans la région depuis des décennies. Pendant des générations, a-t-il dit, les industries sont venues en Louisiane non pas pour créer une prospérité durable mais pour en extraire la richesse, laissant l'État avec les cicatrices pendant que d'autres empochaient les bénéfices.

Les marais, le vrai obstacle

Reste le principal point d'interrogation. Le site choisi est une zone humide côtière, déjà rongée par l'érosion, et le projet devra passer par des études d'impact environnemental, des autorisations de la FAA pour un port spatial à haute cadence, des validations de zonage locales et des négociations avec les agences de protection de la faune.

SpaceX promet de préserver les zones humides à plus forte valeur écologique et de participer au financement de la restauration du littoral. « Nous sommes déterminés à faire notre part pour que cette terre ne disparaisse pas », a affirmé Gwynne Shotwell, qui annonce un partenariat avec les agences fédérales et de l'État sur la protection du trait de côte et la restauration des marais.

Le précédent texan invite néanmoins à la prudence. À Boca Chica, les évaluations environnementales pour des installations bien plus modestes ont pris près d'une décennie, et des associations écologistes poursuivent encore l'entreprise en justice pour les effets des essais sur les communautés voisines.

Le calendrier officiel table sur un début des travaux en 2027 et un premier décollage en 2029. D'ici là, il faudra que Starship prouve qu'il sait voler, revenir et se faire rattraper. Le reste n'est encore que des marais et des rendus 3D.

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.