Il achète 1 150 bobines à la NASA pour 217 dollars afin de les revendre vides : son père en repère trois, adjugées 1,82 million

En 1976, Gary George, stagiaire à la NASA, achète 1 150 bobines pour 217,77 dollars dans une vente de surplus.

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Le break est presque chargé. Gary George empile des cartons de bobines vidéo qu'il n'a pas réussi à revendre et qu'il s'apprête à donner à une église du Texas, histoire de les déduire de ses impôts. Son père, venu lui donner un coup de main, s'arrête sur trois boîtes. Une étiquette collée sur la tranche indique : "APOLLO 11 EVA | July 20, 1969 REEL 1 [-3]".

Quarante-trois ans plus tard, ces trois bobines ont été adjugées 1 820 000 dollars chez Sotheby's, à New York. Soit environ 1,6 million d'euros, et près de 8 000 fois ce que leur propriétaire avait payé pour l'intégralité du lot.

217,77 dollars pour 1 150 bobines, dont certaines valaient 260 dollars pièce

En juin 1976, Gary George est étudiant en ingénierie à Lamar University et vient d'effectuer un stage au Johnson Space Center de Houston. Il se rend à une vente de surplus du gouvernement organisée sur la base aérienne d'Ellington. Il en repart avec un lot unique d'environ 1 150 bobines de bande magnétique dont l'organisme propriétaire mentionné sur le bordereau est la NASA.

Prix payé : 217,77 dollars. Parmi ces bobines figurent une soixantaine de boîtes de bandes Ampex 2 pouces, le format utilisé à l'époque par les chaînes de télévision. Une bobine neuve de ce type coûtait alors environ 260 dollars. Autrement dit, un seul rouleau valait plus cher que l'ensemble du lot.

Le plan de l'étudiant n'a rien de sentimental : revendre ces bandes réenregistrables aux stations locales, qui effaceront le contenu pour enregistrer par-dessus. Il en écoule huit à 50 dollars l'unité, en donne une partie à son université et le reste à une paroisse. C'est ce dernier chargement que son père l'aide à transporter quand il tombe sur les trois étiquettes.

Il était passionné par le programme spatial et il m'a dit : "Je crois que je garderais celles-là. Elles vaudront peut-être quelque chose un jour."

Gary George les met de côté. Il les trimballe ensuite de déménagement en déménagement, sans jamais les regarder. "C'est comme ça qu'elles ont survécu", résumera-t-il plus tard à Reuters.

En 2006, la NASA reconnaît avoir perdu ses propres enregistrements

Trente ans passent. En 2006, l'agence spatiale américaine admet publiquement qu'elle ne retrouve plus les bandes originales de la sortie extravéhiculaire d'Apollo 11. Les enregistrements en balayage lent reçus par les stations de poursuite, notamment en Australie, avaient été réutilisés pour d'autres missions, à une époque où la bande magnétique coûtait cher et où personne n'imaginait qu'un jour on les chercherait.

À l'approche des 40 ans de la mission, une équipe est chargée de remettre la main dessus. En 2008, Gary George part en vacances avec un ami qui travaille à la NASA. La conversation tombe exactement là où il ne l'attendait pas.

Il semble que nous ayons perdu nos bandes originales de l'EVA d'Apollo 11.

L'ancien stagiaire prend contact avec l'agence. Les deux parties ne parviennent à s'entendre ni sur le sort des bobines, ni même sur la manière de les visionner. George se débrouille seul.

Octobre 2008 : les bobines tournent enfin

Il faut trouver une machine capable de lire du 2 pouces Quadruplex, un format mort depuis longtemps. Le studio DC Video, à Burbank en Californie, en possède encore. En octobre 2008, les trois bandes sont chargées sur le lecteur. Selon Sotheby's, il s'agit très probablement de la première lecture depuis leur enregistrement.

Elles sont en état impeccable. Et l'image est meilleure que toutes les copies connues de cette nuit-là : ce que montrent ces bandes, c'est le signal tel qu'il arrivait sur les moniteurs du centre de contrôle de Houston, avant les multiples retransmissions de tour micro-ondes en tour micro-ondes qui ont dégradé la version vue par les téléspectateurs. Deux heures et vingt-quatre minutes en continu : le premier pas d'Armstrong, les sauts de Buzz Aldrin, la plantation du drapeau, l'appel téléphonique de Richard Nixon.

En décembre, le contenu est numérisé en 10 bits non compressé sur un disque dur d'un téraoctet. Ce disque sera d'ailleurs vendu avec les bobines. Puis George attend. Dix ans.

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Trois enchérisseurs, cinq minutes, 1,82 million de dollars

La vente a lieu le 20 juillet 2019, jour du cinquantenaire de l'alunissage, dans la vente Space Exploration de Sotheby's à New York. Estimation : 1 à 2 millions de dollars. Les enchères démarrent à 700 000 dollars. Trois acheteurs, en ligne et au téléphone, se disputent le lot pendant près de cinq minutes.

Marteau à 1 820 000 dollars. L'acquéreur, un particulier, est resté anonyme. Gary George, 65 ans à l'époque, ingénieur mécanicien à la retraite installé à Las Vegas, n'a pas commenté publiquement le résultat.

Ce que la NASA a tenu à préciser

Avant la vente, l'agence a publié une mise au point pour couper court à une confusion largement reprise dans la presse. Ces bobines ne sont pas les enregistrements en balayage lent perdus en 2006.

Si les bandes correspondent à leur description dans les documents de vente, il s'agit de bandes 2 pouces enregistrées à Houston à partir de la vidéo convertie dans un format diffusable à la télévision commerciale, et elles ne contiennent aucun élément qui n'ait été conservé par la NASA.

Aucune image inédite, donc. Ce que ces trois bobines apportent, c'est la qualité : une génération de copie en moins que tout ce qui subsistait ailleurs. Le collectionneur Robert Pearlman, fondateur de collectSPACE, rappelait d'ailleurs avant la vente qu'il s'agit d'une copie du signal de diffusion finale, et non des données brutes reçues depuis la Lune.

Une nuance technique qui n'a visiblement pas refroidi les enchérisseurs. Les véritables bandes originales, elles, ont bel et bien été effacées et réutilisées par l'agence dans les années qui ont suivi la mission.

Source : CBC

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.