Un retraité a brûlé ses propres rouleaux de papyrus chez lui : son expérience pourrait rendre lisibles 1 800 manuscrits ensevelis par le Vésuve

Un retraité a fait écrire des répliques de Star Wars sur du papyrus, l'a brûlé dans un four et tient peut-être la clé des rouleaux carbonisés du Vésuve.

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Sur le papyrus, des adolescents recrutés pour l'occasion ont recopié à la plume de roseau des répliques de Star Wars, des versets de la Bible et une phrase tirée d'une vieille série de science-fiction des années 1960, The Outer Limits. Une fois l'encre sèche, Douglas Seiler a roulé la feuille, l'a glissée dans un conteneur en acier presque hermétique et l'a enfournée dans un four à très haute température, chez lui. Le rouleau en est ressorti noir, cassant, réduit à l'état de charbon.

C'était exactement le but. Ce retraité californien, ancien professionnel de l'immobilier et de la banque devenu inventeur, aujourd'hui affilié au programme Berkeley SETI, cherchait à reproduire en laboratoire ce qui est arrivé à la bibliothèque la plus frustrante de l'histoire de l'archéologie. Ses résultats ont été publiés le 16 septembre dans la revue PLOS ONE.

Une bibliothèque entière que personne n'ose ouvrir

En 79 après J.-C., l'éruption du Vésuve ensevelit Herculanum, voisine de Pompéi. Dans une villa somptueuse, plus d'un millier de rouleaux de papyrus sont saisis par la chaleur dans une pièce quasiment privée d'oxygène. Ils ne brûlent pas vraiment : ils se carbonisent. Résultat, la seule bibliothèque de l'Antiquité parvenue intacte jusqu'à nous a survécu sous la forme de bûches noires et friables.

Redécouverts à partir de 1752, ces rouleaux ont d'abord été ouverts à la main. Les tentatives ont surtout produit des tas de cendres, au point que les autorités italiennes ont fini par interdire ces manipulations. Il reste aujourd'hui environ 1 800 rouleaux et fragments, conservés en Italie, en France et en Angleterre. Une poignée seulement a été déroulée virtuellement et lue.

Le problème est d'une simplicité cruelle : l'encre est faite de noir de fumée, donc de carbone, et elle est posée sur un papyrus lui aussi devenu carbone. Aux rayons X, l'un et l'autre se ressemblent presque parfaitement. C'est ce que les chercheurs appellent le problème du contraste.

Le pari de Douglas Seiler : chercher du plomb

Seiler a fait une hypothèse. Si certaines encres antiques contiennent du plomb, ne serait-ce qu'à l'état de traces, alors les lettres devraient ressortir violemment sur un scanner à rayons X. Restait à le vérifier sans toucher à un seul rouleau d'Herculanum.

D'où l'expérience. Papyrus et calames achetés en Égypte, encre traditionnelle au noir de fumée venue du Japon, et l'aide de deux chimistes de Berkeley à la retraite, David et Elena Kreimer, pour y ajouter des quantités calibrées de nitrate de plomb. Les enfants d'amis ont écrit les textes, la papyrologue Leah Packard-Grams et l'archéologue Jesse Obert ont vérifié les concentrations, puis le rouleau est parti au four.

Doug a eu une très bonne idée scientifique en créant un modèle. Pourquoi ? Parce que si vous abîmez un modèle, ce n'est pas grave. Si vous abîmez un objet vieux de 2 300 ans, vous aurez une bande d'archéologues prêts à vous sauter dessus.

C'est Leah Packard-Grams qui résume ainsi, dans le communiqué de l'université, l'intérêt de la démarche.

Des lettres qui s'allument dans le noir

Le rouleau carbonisé, long d'une dizaine de centimètres, a ensuite été confié à Jake LaManna, physicien au Center for Neutron Research du NIST, dans le Maryland. Il l'a monté sur un support bricolé, l'a fait tourner dans un faisceau de rayons X et en a tiré des milliers de coupes, recomposées en un objet 3D.

Le plomb absorbe jusqu'à 25 fois plus de rayons X que le papyrus carbonisé. Les caractères sont apparus comme des points brillants sur un fond sombre, et ce même avec des concentrations très faibles, de l'ordre de 25 microgrammes par centimètre carré.

Si vous regardez les images, les lettres s'illuminent comme un sapin de Noël.

Il manquait encore une étape : dérouler le tout. Par coïncidence, un chercheur postdoctoral du NIST, Michael Cyrus Daugherty, avait développé un programme pour analyser les spirales enroulées à l'intérieur des batteries lithium-ion. Quelques ajustements de code plus tard, pour tenir compte de l'épaisseur irrégulière du papyrus, le rouleau modèle s'affichait à plat, lisible.

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Ce que ça change pour les vrais rouleaux

L'étude ne dit pas combien de papyrus d'Herculanum contiennent du plomb. C'est précisément le point : personne n'a encore cherché systématiquement. Un seul chercheur en avait repéré autrefois dans un fragment issu des anciennes tentatives de déroulement.

Or Leah Packard-Grams travaille sur une autre collection, les papyrus de Tebtunis conservés à Berkeley, datés entre 300 avant J.-C. et 300 après J.-C. Avec un simple scanner portable à fluorescence X, elle a confirmé que certains d'entre eux, surtout ceux écrits après le premier siècle de notre ère, contiennent du plomb ou du cuivre dans l'encre. De quoi rendre l'hypothèse crédible pour Herculanum.

La méthode proposée est donc très concrète : passer les rouleaux au scanner portable, peu coûteux, pour repérer ceux dont l'encre contient du métal, puis réserver les longues et onéreuses sessions de tomographie haute résolution à ces candidats-là.

Avec du plomb dans l'encre, on obtient une signature énorme. Il faut vraiment chercher les rouleaux qui en contiennent.

Une course déjà lancée depuis 2023

Cette piste arrive en pleine accélération. Depuis 2023, le Vesuvius Challenge, lancé par l'informaticien Brent Seales, de l'université du Kentucky, et financé par des investisseurs de la tech, met en compétition des équipes du monde entier. Le premier mot lu à l'intérieur d'un rouleau fermé, en 2023, était πορφύραc : « pourpre ». Le grand prix de 700 000 dollars a été attribué début 2024.

Le 25 juin 2026, l'étape la plus spectaculaire a été franchie à Naples : la partie conservée du rouleau PHerc. 1667 a été déroulée virtuellement et lue de bout en bout, soit près d'un mètre cinquante de texte grec continu réparti sur une vingtaine de colonnes. Un rouleau jugé totalement illisible depuis une tentative d'ouverture dans les années 1980. Le texte ressemble à un commentaire de philosophie stoïcienne et pourrait remonter au IIIe ou au IIe siècle avant notre ère.

Toutes ces lectures reposent pour l'instant sur un signal extrêmement faible, que des algorithmes apprennent à repérer dans la texture du papyrus. Le plomb, lui, offrirait un signal massif. Douglas Seiler, qui a financé lui-même ses travaux, ne cache pas qu'il aimerait que son équipe poursuive, sans en faire une affaire personnelle.

Si une autre équipe reprend cette idée, ce qui est très bien, ça nous est égal.

Source : berkeley.edu

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.