Une fusée de SpaceX va s'écraser sur la Lune le 5 août à 8 700 km/h, et les scientifiques ne savent pas ce qui va se passer

Le 5 août à 8h34, un étage de fusée SpaceX de 4 tonnes percutera la Lune à 8 700 km/h. Les astronomes du monde entier seront à l'affût du nuage de poussière.

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C'est un rendez-vous que personne n'avait programmé, et pourtant il est calculé à la seconde près. Le mercredi 5 août 2026, à 6h34 et 33 secondes en temps universel, soit 8h34 heure de Paris, un étage supérieur de fusée Falcon 9 abandonné par SpaceX va s'écraser sur la Lune à environ 8 700 km/h. Une vingtaine de chercheurs ont publié un appel à observation, la NASA a confirmé la trajectoire, et personne ne sait vraiment à quoi va ressembler le spectacle.

Un déchet spatial qui tourne en rond depuis dix-huit mois

L'objet porte un nom peu poétique : 2025-010D. C'est le deuxième étage d'une Falcon 9 partie de Cap Canaveral le 15 janvier 2025, avec deux atterrisseurs privés à son bord. D'un côté Blue Ghost, de la société américaine Firefly, qui s'est posé sans encombre sur la Lune le 2 mars 2025. De l'autre Resilience, la mission Hakuto-R 2 de la société japonaise ispace, qui s'est écrasée le 5 juin de la même année.

Une fois sa mission accomplie, l'étage s'est retrouvé coincé. Trop haut pour retomber sur Terre, pas assez rapide pour s'échapper vers le Soleil. Il a donc entamé une orbite bancale de 26 jours autour de notre planète, entre 220 000 et 510 000 kilomètres de nous. Un objet de la taille d'un immeuble de cinq étages, 12 mètres de long pour 4 mètres de diamètre, pesant entre 4 et 5 tonnes selon les estimations, qui dérive depuis un an et demi.

Le tir de la gravité terrestre, celle de la Lune, celle du Soleil, plus la pression très légère mais constante de la lumière solaire ont fini par faire le travail. Les deux orbites se croisent. Le 5 août, elles se croiseront au même moment.

L'homme qui a repéré la collision un an à l'avance

C'est un astronome américain, Bill Gray, du site Project Pluto, qui a tiré la sonnette d'alarme dès septembre 2025. Son logiciel de calcul d'orbites, nourri par les observations de télescopes de surveillance d'astéroïdes et d'astronomes amateurs répartis du Mississippi à Pékin en passant par l'Angleterre, a sorti une date : 5 août 2026. Ce n'est pas la première fois qu'il repère un morceau de ferraille en route vers notre satellite, il avait déjà fait le coup en 2022.

Ses derniers calculs, mis à jour le 17 juillet, placent l'impact par 19,4 degrés de latitude nord et 93,6 degrés de longitude ouest, tout près du cratère Einstein. Autrement dit à l'extrême bord du disque lunaire visible depuis la Terre, vers 10 heures si vous imaginez la Lune comme un cadran d'horloge. La NASA, via son Centre d'études des objets géocroiseurs, a confirmé de son côté que l'impact aurait bien lieu ce jour-là.

La vitesse d'arrivée sera de 2,43 kilomètres par seconde, soit 8 700 km/h. Sept fois la vitesse du son, s'il y avait de l'air là-haut. L'énergie libérée avoisinera les 14,5 milliards de joules, l'équivalent de trois tonnes de TNT ou de 15 000 bâtons de dynamite. Le cratère creusé devrait mesurer entre 17 et 30 mètres de diamètre selon les modèles.

Le vrai sujet, ce n'est pas le flash

Beaucoup de curieux s'attendent à voir un éclair. Ils risquent d'être déçus. Bill Cooke, du bureau de la NASA chargé de l'environnement météoritique, rappelle qu'un caillou naturel qui percute la Lune file en général à 10 km/s, parfois 70. Plus l'impact est rapide, plus l'énergie sort sous forme de lumière visible. Avec ses 2,43 km/s, notre étage de fusée fait figure de tortue. La luminosité du flash pourrait atteindre la magnitude +3 dans le meilleur des cas, ou rester tout simplement indétectable. Précédent peu encourageant : en 2009, la NASA avait volontairement précipité un étage sur la Lune dans le cadre de la mission LCROSS, et les grands télescopes n'ont rien vu du tout.

Le vrai enjeu se joue juste après. Un panache d'éjectas, ce nuage de poussière et de roche projeté hors du cratère, devrait s'élever pendant plusieurs minutes. Et comme l'impact se produit pile sur le bord du disque lunaire, en terrain éclairé par le Soleil, cette poussière pourrait se détacher sur le fond noir du ciel.

C'est là que les avis divergent sérieusement. William Jo, doctorant à l'université du Texas à Austin, a fait tourner des simulations de physique des impacts. Ses résultats, publiés sur le serveur de prépublication arXiv, donnent une colonne centrale d'éjectas montant à 75 voire 100 kilomètres d'altitude, et un panache plusieurs ordres de grandeur plus lumineux que le fond de ciel pendant les premières minutes. Il tempère lui-même en précisant qu'il s'agit d'un scénario unique et plutôt optimiste, mais son message est clair : le flash n'est pas l'histoire intéressante ici.

Bill Gray, lui, est nettement plus prudent. Son calcul au dos d'une enveloppe donne des roches éjectées à environ 100 mètres par seconde, montant trois kilomètres en une minute avant de retomber. À la distance de la Lune, cela représente une séparation d'à peine 1,5 seconde d'arc. Il ne se fait donc guère d'illusions, tout en reconnaissant que ses hypothèses reposent sur une pile de suppositions et que certains fragments pourraient partir bien plus vite.

Faut-il sortir son télescope ?

Depuis la France, la réponse est malheureusement non. À 8h34 du matin, il fera grand jour et l'événement sera hors de portée. Les mieux placés seront les observateurs de l'est de l'Amérique du Nord et d'une bonne partie de l'Amérique du Sud, où la Lune sera au-dessus de l'horizon en pleine nuit. Dans tous les cas, oubliez l'œil nu ou les jumelles : il faut un télescope équipé d'une caméra vidéo rapide.

Une équipe de 23 chercheurs menée par Benjamin Fernando, du laboratoire national de Los Alamos au Nouveau-Mexique, a publié mi-juillet un véritable mode d'emploi à destination des astronomes professionnels comme amateurs. Objectif : tester une méthode de localisation des impacts lunaires en vue des futures expériences sismiques, mieux comprendre la dynamique des poussières, et évaluer les risques que représentent ces débris artificiels pour les astronautes de demain. L'équipe calcule d'ailleurs que les particules les plus rapides pourraient retomber à un peu moins de 1 000 kilomètres du point d'impact, une portée loin d'être anecdotique quand on projette d'installer des humains sur place.

Les images du cratère, elles, arriveront plus tard. Le Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA doit survoler la zone environ une semaine avant et une semaine après la collision, explique Brent Garry, responsable scientifique de la mission au centre Goddard. En 2022, il avait fallu plusieurs mois à la sonde pour photographier le double cratère de 16 et 18 mètres laissé par un étage supérieur de la mission chinoise Chang'e 5-T1, tombé lui sur la face cachée.

Le vrai problème est ailleurs

Cet impact ne présente aucun danger et n'a rien d'exceptionnel dans l'absolu. Les étages supérieurs des missions Apollo 13 à 17 avaient été volontairement écrasés sur la Lune au début des années 1970, pour calibrer les sismomètres laissés sur place. Et les astéroïdes s'en chargent en permanence : au printemps 2024, un simple caillou a creusé un cratère de 225 mètres de diamètre, environ mille fois plus de matière éjectée que ce que produira notre Falcon 9.

Ce que cette histoire raconte, c'est plutôt la désinvolture avec laquelle on abandonne du matériel dans l'espace cislunaire. Bill Gray note tout de même une évolution : l'étage supérieur lancé en novembre 2025 pour la mission EscaPADE a été placé sur une trajectoire l'envoyant en orbite autour du Soleil, et la Chine fait de même depuis quelques années sur ses tirs lunaires. Un choix commercial, pas une obligation réglementaire. Reste que SpaceX, qui multiplie les vols et enchaîne les essais de son gigantesque Starship, produit aussi une quantité croissante de débris qu'il faudra bien apprendre à ranger.

Rendez-vous mercredi matin, donc. Avec une inconnue de taille : personne ne sait vraiment ce qu'on va voir.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.