La France n'a pas fini de compter ses hectares brûlés que la question est déjà sur la table : faut-il autoriser les chasseurs à retourner dans les forêts calcinées à la rentrée ? En quelques jours, des centaines de milliers de Français ont répondu non.
Lancée sur Change.org par Bruno Valentin, gérant d'un refuge pour animaux dans le Cantal, la pétition « Pas de fusils sur les cendres » a dépassé les 330 000 signatures ce vendredi 31 juillet, selon LCP. Elles n'étaient encore que 300 000 la veille. Le texte s'adresse directement au Premier ministre, Sébastien Lecornu.

« Derrière les arbres calcinés, il y a des survivants »
L'argument tient en une image. Après le passage des flammes, il reste des animaux vivants : épuisés, affamés, privés de leurs abris et de leurs points d'eau. Ouvrir la saison de chasse sur ces terres reviendrait, pour les signataires, à achever ce que le feu a commencé.
La pétition formule trois demandes précises. L'interdiction totale de toute forme de chasse dans les massifs touchés par les incendies de l'été 2026. La création d'un périmètre de protection autour des zones brûlées, pour que le gibier puisse se réfugier dans les parcelles épargnées sans être traqué. Et surtout un moratoire d'au moins trois ans, le temps que la végétation repousse et que les cycles de reproduction repartent.
Le contexte, lui, parle de lui-même. Le feu de Saumos, en Gironde, a parcouru plus de 30 000 hectares et entraîné l'évacuation de dizaines de milliers de personnes. Les Landes, l'Aude, l'Ardèche, le Var ont été touchés. Même la forêt de Fontainebleau, à une heure de Paris, a connu une reprise de feu cette semaine.
« Idéologique » : la réponse du patron des chasseurs
Chez les chasseurs, l'accueil a été glacial. Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, a balayé l'idée auprès de La Dépêche du Midi, la qualifiant de « ridicule » et d'idéologique d'écolos qui n'y connaissent rien.
Son raisonnement : les chasseurs n'ont besoin de personne pour savoir ce qu'ils peuvent tirer ou non, et ils n'iront évidemment pas s'acharner sur des populations laminées par le feu. Il rappelle aussi que beaucoup d'entre eux étaient sur le terrain aux côtés des pompiers.
Dans les faits, la profession n'a d'ailleurs pas attendu la pétition. Dans les Landes, après le durcissement de l'arrêté préfectoral le 27 juillet, la fédération départementale des chasseurs a suspendu l'ensemble des chasses jusqu'à nouvel ordre. Schraen n'exclut pas non plus de décaler l'ouverture ou de limiter certaines espèces sur certains territoires.
Matignon renvoie la balle aux préfets
Le gouvernement a tranché vendredi, sans trancher tout à fait. Interrogés par l'AFP, les services du Premier ministre ont indiqué donner mandat aux préfets des départements concernés, en lien avec les fédérations départementales, pour apprécier territoire par territoire les adaptations à apporter au calendrier de la chasse.
Autrement dit, pas de décret national. Le code de l'environnement le permet déjà : en cas de calamité, un préfet peut suspendre l'exercice de la chasse sur tout ou partie de son département, pour tout le gibier ou seulement certaines espèces. C'est ce levier qui avait été activé dans l'Aude après le mégafeu des Corbières.
À l'échelle communale, certains élus n'ont pas attendu non plus. En Haute-Garonne, un maire est parvenu à faire interdire la chasse sur les terrains de sa commune, une première en France arrachée après plusieurs années de bataille juridique.
Une deuxième pétition qui vise l'hémicycle
Un autre texte a été déposé le 27 juillet sur la plateforme officielle de l'Assemblée nationale, cette fois pour suspendre la chasse pendant l'été en période de fort risque d'incendie. Il plafonne pour l'instant sous les 3 000 signatures.
Le seuil à surveiller est celui des 100 000 signatures, qui lui offrirait une vraie visibilité sur le site de l'Assemblée. À 500 000 signataires venus d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer, la Conférence des présidents pourrait décider d'un débat dans l'hémicycle. On en est loin, mais la rentrée parlementaire arrivera avant l'ouverture générale de la chasse.
