Le geste prend moins d'une seconde. On sort, on tire la porte derrière soi, on entend le petit claquement du pêne dans la gâche et l'on s'en va, persuadé que le logement est fermé. Il l'est, mais beaucoup moins qu'on ne l'imagine.
Faut-il se contenter de claquer la porte ou la verrouiller complètement ? Sur cette question, les serruriers sont unanimes. Une porte simplement claquée n'oppose presque aucune résistance à quelqu'un qui sait s'y prendre. Et le jour où le logement est visité, ce détail peut aussi peser très lourd face à l'assureur.
Ce qui retient vraiment une porte claquée
Pour comprendre, il faut regarder la serrure. Quand on claque la porte sans clé, une seule pièce est engagée : le pêne demi-tour. C'est la petite pièce métallique en biseau, montée sur ressort, qui rentre et sort quand on actionne la poignée. Les pênes dormants, eux, ne sortent qu'avec un tour de clé. Une serrure trois points en compte trois.
Or ce biseau est précisément le point faible. Une feuille de plastique rigide, souvent une vieille radiographie, glissée entre la porte et son cadre, peut suffire à le repousser dans son logement. Les serruriers utilisent cette technique au quotidien pour dépanner les personnes enfermées dehors. Un professionnel expérimenté en vient à bout en quelques secondes, et plusieurs d'entre eux précisent qu'elle fonctionne dans la grande majorité des cas, y compris sur des portes blindées.
Dès que la porte est verrouillée à clé, la méthode devient inutile, car le pêne dormant n'a pas de biseau à repousser. Il faut alors s'attaquer au cylindre, par crochetage ou perçage. Cela demande un autre outillage, davantage de temps, et laisse souvent des traces.
C'est d'ailleurs la consigne officielle. Dans ses supports de prévention contre les cambriolages, le ministère de l'Intérieur est limpide :
Fermez la porte à double tour, même lorsque vous êtes chez vous.
Le jour du cambriolage, c'est vous qui devez vous justifier
Le problème ne s'arrête pas au vol. Une porte ouverte de cette façon ne présente ni serrure forcée ni montant abîmé. Or c'est justement ce que l'assureur va chercher.
La garantie vol n'est pas automatique dans une assurance habitation, rappelle Selectra dans un article publié le 8 septembre 2026. Quand elle est souscrite, elle ne joue que dans les situations listées au contrat : effraction, escalade, menaces ou violences, introduction clandestine, usage de clés volées ou perdues. Beaucoup de contrats ajoutent une clause sur le vol facilité par une négligence manifeste, qui cite parfois noir sur blanc l'absence de fermeture à clé.
Pour les avocats qui défendent des assurés, la porte simplement claquée sans double tour fait partie des arguments que les assureurs opposent le plus souvent après un cambriolage. L'indemnité peut alors être réduite, voire supprimée.
Il existe pourtant une nuance juridique de taille. Le Code pénal assimile à l'effraction l'usage de tout instrument pouvant être frauduleusement employé pour actionner une fermeture sans la forcer ni la dégrader (article 132-73). Un cambrioleur entré avec une simple feuille de plastique commet donc, en théorie, un vol avec effraction. Encore faut-il pouvoir le démontrer quand la porte ne porte aucune marque.
Qui doit prouver quoi
Tout dépend alors de la rédaction du contrat. Si le vol lié à une porte non verrouillée figure parmi les exclusions, c'est à l'assureur de prouver la négligence. Si le contrat fait au contraire de l'effraction une condition pour déclencher la garantie, c'est à l'assuré de démontrer que son sinistre entre dans le cadre prévu.
Les assurés ne sont pas totalement désarmés. Le Code des assurances impose que les exclusions soient écrites en caractères très apparents, et la Cour de cassation exige qu'elles soient suffisamment précises. Elle a validé une clause excluant le vol facilité par des clés laissées sur la porte, sous le paillasson ou dans la boîte aux lettres. Elle a en revanche écarté en 1996 une formule jugée trop vague, qui visait une clé laissée dans un lieu aisément accessible de l'extérieur. En cas de refus, le médiateur de l'assurance peut être saisi.
616 000 victimes sans la moindre serrure forcée
Le phénomène passe largement sous les radars. Selon le bilan du service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI) publié en juillet, la police et la gendarmerie ont enregistré 211 600 cambriolages ou tentatives de cambriolage de logements en 2025, en baisse de 3 % sur un an. Mais ce décompte ne retient que les vols commis par effraction, ruse ou escalade.
L'enquête de victimation du même service montre une autre réalité. Pour l'année 2023, 616 000 personnes déclarent avoir été victimes d'un vol sans effraction dans leur résidence principale, contre 1 013 000 pour des vols et tentatives avec effraction. D'après ces données reprises par Selectra, seules 26 % des victimes de vol sans effraction portent plainte, contre 57 % après un cambriolage avec effraction abouti. Or le dépôt de plainte est une condition pour être indemnisé par son assurance.
Enfin, fermer à clé ne suffit pas si la clé reste sur la serrure côté intérieur. L'assureur Generali le rappelle dans ses conseils de prévention : un cambrioleur n'aurait alors qu'à casser un carreau pour entrer et ouvrir la porte d'entrée de l'intérieur.
Source : morbihan.gouv.fr
